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[blu-ray :] MASKS – Andreas Marschall

2 avr
Ed. Filmédia

Ed. Filmédia

On voit depuis quelque temps que l’influence souterraine du giallo, thriller horrifique italien, irrigue des œuvres aussi diverses qu’Amer ou Berberian Sound Studio. Son aura se fait donc sentir en Belgique et en Angleterre, mais aussi en Allemagne, Andreas Marschall en est la preuve.

A priori, beaucoup de choses pouvaient faire peur à l’idée de découvrir un néo-giallo teuton. Et les premières minutes du film ne font que confirmer nos craintes : une introduction se déroulant dans les années 70 filmée "façon Grindhouse", c’est-à-dire une pellicule griffée par de multiples rayures. Cet effet tarte à la crème, qui se multiplie paradoxalement sur des films tournés en HD, n’est pas des plus heureux.

Pourtant, cette faute de goût et une entrée en matière plutôt poussive ne sont pas représentatives du reste du film. Andreas Marschall, ancien réalisateur de clips et illustrateur de pochettes de disques, parvient à faire beaucoup avec peu. En inscrivant l’histoire de son héroïne dans une étrange école d’art dramatique, le cinéaste se place évidemment dans les pas du Dario Argento de Suspiria.

Malgré un budget que l’on devine minime et des comédiens pour la plupart néophytes, le réalisateur de Tears of Kali parvient à rendre un hommage sincère et inspiré aux classiques du giallo. Un peu de psychanalyse, un peu de sadisme et une intrigue suffisamment minimaliste font le prix d’une œuvre où l’on retrouve le parfum d’un genre aujourd’hui disparu.

 Si la copie proposée sur le Blu-Ray est très nette, on regrettera l’absence totale de suppléments.

 François-Xavier Taboni

Journal d’un CUTien à Cannes (saison 5, ép.4)

20 mai

Tape m’en cinq

Révélé au public avec The Road, adapté de Cormac McCarthy, John Hillcoat, réalisateur australien, semble s’intéresser de près aux mythes du cinéma américain. Après The Proposition, sa relecture de western, il s’attaque au film de gangster avec Des hommes sans loi (photo), présenté en Compétition. Ses précédents films, de belle facture, nous avaient prouvé qu’il savait s’entourer d’excellents techniciens. Son dernier opus le confirme et on peut trouver un certain plaisir à admirer la beauté diapahne de Jessica Chastain et le talent de Tom Hardy pour manier le poing américain. Malheureusement, le brio technique du cinéaste est au service d’un académisme étouffant et l’absence totale d’originalité du scénario fait que le spectateur un tant soit peu au fait du genre a au minimum 25 minutes d’avance sur l’histoire. Un ennui poli s’installe, à peine troublé par la violence de certaines scènes.

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[dvd :] FORT INVINCIBLE – Gordon Douglas

10 avr

Ed. Artus

Un capitaine de la cavalerie américaine, aidé par un groupe de soldats récalcitrants, doit protéger un fort, menacé pour une attaque imminente d’Indiens. On le voit, le scénario de ce western ne brille pas par son originalité. De plus, il est réalisé par Gordon Douglas, qui a longtemps eu la réputation peu gratifiante de n’être qu’un honnête faiseur de studio. Enfin, Gregory Peck, qui collabora une seule fois avec le cinéaste, aurait déclaré que c’était le film qu’il aimait le moins dans sa filmographie.

Toutes ces craintes sont pourtant balayées dès le début d’un film assez surprenant. La versatilité de Gordon Douglas, cinéaste qui s’adapte facilement à différents genres, fait ici merveille. Fort invincible, tourné dans un décor dépouillé, devient très vite un film de siège à l’ambiance quasi-fantastique.

Le cinéaste soigne ses atmosphères et concentre rapidement son film sur les conflits d’ego entre les fortes personnalités des militaires. Gregory Peck, avec sa raideur naturelle, incarne à merveille l’officier droit dans ses bottes chargé de diriger une bande de soudards parmi lesquels on retrouve les gueules de Ward Bond, Neville Brand ou Lon Chaney Jr.

Dans le bonus Le Fort des insoumis, Eddy Moine relativise le discours de Gregory Peck, qui se serait surtout plaint du film pour des raisons triviales liées à son cachet. Il revient également de façon encyclopédique sur les carrières de l’essentiel de l’équipe technique et artistique. Dans cette présentation un tout petit peu trop longue, qui rappelle la regrettée Dernière séance, le digne fils d’Eddy Mitchell se livre également à une analyse pertinente du film et tente de replacer Gordon Douglas à sa juste place dans l’histoire du cinéma hollywoodien.

François-Xavier Taboni

[cinép(h)age :] LE CHINOIS (ép. 5/25)

16 jan

Un  roman : Le Chinois signé Henning Mankell (2008)

Un film : Le Chinois réalisé par Peter Keglevic (2011)

Dans un paysage de neige, un loup solitaire qui erre dans la campagne s’approche d’un village silencieux. Entre les maisons, il flaire, renifle et sent la mort. Un cadavre. Tout et écrit dans le roman de Henning Mankell, l’auteur suédois créateur des aventures de l’inspecteur Wallander. Mais à ce début très cinématographique, Peter Keglevic a préféré une entame beaucoup plus classique, à la Derrick. Un photographe descend de sa voiture, jette un œil dans une maison et aperçoit un corps étendu. Voilà qui donne le ton de la transposition, ou comment transformer un polar à l’intrigue mondialisée, engagé politiquement, en un long thriller sans relief (deux parties d’une heure trente).

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[cinép(h)age:] INVASION LOS ANGELES (ép. 3/25)

26 déc

Une nouvelle : Les Fascinateurs, signée Ray Nelson (1963)

Un film : Invasion Los Angeles (They Live), réalisé par John Carpenter (1988)

En 1963, Ray Nelson publie une nouvelle intitulée Eight o’clock in the morning (8 heures du matin), retitrée en France, dans la revue Fiction n°125, Les Fascinateurs. Elle raconte comment un citoyen américain découvre que toute la population vit hypnotisée par des créatures extraterrestres. La conscience endormie, les humains ingurgitent à longueur de journée des messages diffusés par la radio, la télévision et les panneaux publicitaires : « Travaillez huit heures, distrayez-vous huit heures, dormez huit heures », « Mariez-vous et multipliez-vous » ou encore « Obéissez au gouvernement ».

Les extraterrestres aux allures reptiliennes vivent paisiblement au milieu des gens, qui ne les voient pas sous leur véritable apparence. George Nada, qui assiste à un spectacle d’hypnose, lui, se réveille d’un coup. Il voit, il comprend et cherche un moyen de révéler la vérité. Evidemment, personne ne le croit.

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[agitation :] LE VAGABOND D’UN NOUVEAU MONDE – James Agee

13 jan

ed. Capricci

Ça suffit assez traîné, ça craint, ça fait trois mois que j’achoppe sur ce bouquin : à force de reculer, reculer, reculer pour mieux sauter je sens venir, oui, le minable saut de puce… Et voilà que d’entrée de jeu je sombre dans ce que je reproche au livre de James Agee : je temporise. Je préviens que je vais commencer. Je m’excuse parce que ça ne va pas être suffisamment abouti. Vous m’avez suivi jusque-là ? Vous pensez pouvoir supporter le reste ? Vous êtes un lecteur tout désigné pour Le vagabond d’un nouveau monde !!! Pour faire bonne mesure il ne me reste plus qu’à vous détailler ce qui va suivre en vous prévenant que vous aurez droit à plusieurs versions de la chose. Et oui, c’est comme ça avec James et Jenny.

Non, bon, je fais ma maligne, mais évidemment, James Agee n’a pas acquis son excellente réputation littéraire –prix Pulitzer posthume, s’il vous plaît- en jouant les fumistes. Et puis Le vagabond d’un nouveau monde est un objet un peu particulier puisqu’il s’agit d’une ébauche d’un scénario destiné à Charlie Chaplin. Pour moi ce fut globalement une expérience pénible, mais j’ai horreur du côté work in progress qui, pour d’autres, peut s’avérer passionnant.

Bref, je reprends depuis le début –surtout qu’au début ça se passe bien. Donc d’abord, une introduction signée par un certain John Wranovics, éditeur du texte d’Agee aux USA. On en apprend plus sur James Agee l’écrivain, mais aussi le scénariste (L’odyssée de African Queen de John Huston, La nuit du chasseur de Charles Laughton…) et enfin l’éminent critique cinématographique qui défendit becs et ongles le Monsieur Verdoux de Chaplin attaqué par le reste de la presse (et là, j’abonde dans le sens de James, un point commun supplémentaire, moi aussi j’aime BEAUCOUP Monsieur Verdoux). S’en est suivi un premier contact entre les deux hommes. Puis Agee a imaginé Charlot, dernier survivant sur Terre après qu’une bombe atomique ait explosé… Réflexion sur le consumérisme, mise à l’épreuve des utopies, mise en garde contre la course au progrès… Hum j’ai un peu cherché, je n’ai pas trouvé de traces d’éventuelles démêlées de J.A. avec les maccarthistes, mais ça m’étonne (il est mort avant que ça barde vraiment, peut-être ?Même pas). Dans un autre de ses livres, le fameux Louons maintenant les grands hommes co-signé avec le photographe Walker Evans (livre qui prend la poussière sur ma table de chevet depuis des années : James et moi ça ne date pas d’hier), dans ce livre donc, après avoir temporisé, expliqué comment ça va se passer et que c’est prévu pour s’inscrire dans un projet plus grand, plus abouti (il ne peut pas s’en empêcher), James cite ces quelques vers : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous et luttez. Vous n’avez rien à perdre que vos chaînes, et un monde à gagner ». Et de mettre en garde illico le lecteur orienté ou malveillant ou bête par un petit paragraphe qui se conclut sur « (…) étant donné les dangers auxquels s’expose à présent tout homme honnête, ou intelligent, ou subtile, il peut convenir de déclarer explicitement que ni ces mots ni les auteurs ne sont la propriété d’aucun parti politique, d’aucune foi, d’aucune faction ». Dont acte. N’empêche que si on resitue Le projet « Vagabond » dans le contexte –1947, bientôt la chasse aux sorcières- ça reste, oui allez, explosif (tout le monde fait la blague, j’en suis certaine, alors moi aussi).

Mais à cause du contexte –1952, la chasse aux sorcières, plus quelques soucis annexes- Chaplin finit, lui, par quitter les USA et malgré un échange de lettre plein de bonne volonté entre 1947 et 1953, lettres partiellement inclues dans le présent livre (Agee en est embarrassant d’admiration devant le maître), le film ne se fera jamais… Agee est mort en 1955, jeune, d’une crise cardiaque… Et voilà, il reste cette/ces ébauches devant lesquelles j’ai tant renâclé mais où, c’est indéniable, j’ai aussi, par moments, été captivée par quelques fulgurances. Je laisse aux curieux le soin de découvrir le lien établi entre ce film mort-né et Wall-E, je signale au passage que l’éditeur Capricci fait des livres bien pensés entre fond et forme –c’est le genre de choses qui se soulignent. Et puis je suis quand même contente d’avoir eu l’occasion de faire cette lecture car par esprit d’association ça m’a amené à lire des choses sur les contemporains « muets » de Chaplin : un roman biographique drôle et glauque sur Roscoe « Fatty » Arbuckle (Moi, Fatty de Jerry Stahl) et un essai sur le merveilleux Buster Keaton (si quelqu’un sait où trouver son autobiographie épuisée me semble-t-il, Slapstick, je suis preneuse !!! Ou si Capricci veut la rééditer ?). Voilà, c’est terminé, vous pouvez retourner vaquer à vos occupations ou bien aller faire un tour sur le site des éditions Capricci pour commander Le vagabond d’un nouveau monde. (Masochistes).

Jenny Ulrich

LES CHAUSSONS ROUGES – Michael Powell & Emeric Pressburger

21 mai

Il y a une quinzaine d’années de cela, je tentais désespérément de découvrir cette œuvre vantée par mes idoles, Martin Scorsese et Brian De Palma.
Deux possibilités s’offraient alors à moi : une VHS de Médiathèque qui avait dû souffrir un bon millier de visionnages, ou un enregistrement ARTE aux sous-titres jaunes couvrant la moitié de l’écran.

Je l’avais donc vu, ce grand film de Michael Powell et d’Emeric Pressburger.
Et puis non, quelque part, je ne l’avais pas vu.
Je l’ai découvert cette semaine, dans une copie 35 mm sublime, restaurée par UCLA Film and Television Archive sous la supervision de Martin Scorsese et Thelma Schoonmaker (au demeurant veuve de Michael Powell et monteuse de Marty).

Les chaussons rouges, production anglaise de 1948, détaille l’obsession d’un homme, son dévouement total et exceptionnel à son art.
Il tente d’inculquer cette dévotion, ce sens du sacrifice, à l’une de ses danseuses.
Elle devra, comme dans le conte d’Andersen, danser jusqu’à la mort, renoncer à sa jeunesse et à l’ivresse de l’amour.

Le film s’attache donc à la  quête de perfection, à  l’abnégation, à la soumission à un art. Et il est fondamental de comprendre qu’ici, la démarche des personnages se confond avec celle des auteurs.

Powell, Pressburger, Cardiff ont réalisé une œuvre sublime, et quelque part définitive.
Pour saisir la passion absolue de Boris Lermontov, pygmalion despotique et totalitaire, ils ont su porter à l’écran la notion d’exigence.
Emeric Pressburger soigne les dialogues, Michael Powell s’occupe de la mise en scène, et Jack Cardiff met en lumière.
Chaque élément ne trouve son sens que dans la complémentarité.
S’il s’agit là d’un principe élémentaire du cinéma, qui se doit d’être choral, peu d’œuvres peuvent prétendre à une union aussi miraculeuse de talents.

La nouvelle copie permet ainsi de prendre la mesure du travail de  Jack Cardiff sur les tons, les cadres, d‘infimes rappels visuels, et des plans résolument lyriques.

La flamboyance de l’image n’est pas anodine. Cardiff donne corps à l’idéal de beauté des personnages, il affranchit le fond et la forme de leurs frontières.

Le cinéma est un art complet, total. Et Les chaussons rouges est sans doute un des plus beaux arguments pour plaider l’exhaustivité du 7ème art.

Greg Lauert

NB / un documentaire intitulé Cameraman The Life and Work of Jack Cardiff et signé Craig Mc Call a été projeté cette semaine dans la section Cannes Classics. Il reste à espérer une diffusion prochaine sur le câble, ou un rapport détaillé de notre envoyé spécial au festival.

[dvd :] La Campagne de Cicéron

9 mai

Il y a encore peu de temps, quand on évoquait la disparition d’un film pour des problèmes techniques ou des questions de droits, on songeait aux films muets perdus de Ford ou de Hawks, aux inextricables problèmes juridiques et techniques qui empêchent de voir certains films de Welles. Maintenant, grâce au travail de la Cinémathèque de Toulouse et aux suppléments du DVD, on sait qu’un film français sorti en salles en 1990 aurait pu totalement disparaître, sans l’intervention obstinée de certains acteurs de la vie culturelle.

C’est, entre autres, ce qu’on apprend  en découvrant la partie éditoriale du DVD consacré au film de Jacques Davila. Un court texte d’Eric Rohmer, publié à l’époque dans les Cahiers du cinéma et reproduit ici, montre l’attachement du pilier de la Nouvelle Vague pour le troisième et dernier film de Jacques Davila, disparu en 1991.

On peut en effet penser aux marivaudages rohmériens en voyant cette partie de campagne qui tourne vite au chassé-croisé amoureux. Mais la personnalité singulière de Davila, la fluidité de sa mise en scène, faite d’élégants mouvements de caméra, et son attrait pour une forme de poésie légèrement fantastique, marquent la différence entre ce film et les œuvres de Rohmer. On y retrouve une troupe de comédiens habitués de la bande constituée, entre autres, par Davila, Gérard Frotz Coutaz, Paul Vecchiali, signataires du film omnibus Archipel des amours. Tous jouent le jeu de l’élégant décalage du cinéaste, servi par des dialogues très précis et une prédilection pour les situations inattendues.

A noter que le film, ressorti en DVD le 25 mars 2010 (nous sommes légèrement en retard), sera présenté dans la section Cannes Classics, en présence de l’équipe du film.

François-Xavier Taboni

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