Archive | &tc. RSS feed for this section

Journal d’un CUTien à Cannes (saison 5, ép.4)

20 mai

Tape m’en cinq

Révélé au public avec The Road, adapté de Cormac McCarthy, John Hillcoat, réalisateur australien, semble s’intéresser de près aux mythes du cinéma américain. Après The Proposition, sa relecture de western, il s’attaque au film de gangster avec Des hommes sans loi (photo), présenté en Compétition. Ses précédents films, de belle facture, nous avaient prouvé qu’il savait s’entourer d’excellents techniciens. Son dernier opus le confirme et on peut trouver un certain plaisir à admirer la beauté diapahne de Jessica Chastain et le talent de Tom Hardy pour manier le poing américain. Malheureusement, le brio technique du cinéaste est au service d’un académisme étouffant et l’absence totale d’originalité du scénario fait que le spectateur un tant soit peu au fait du genre a au minimum 25 minutes d’avance sur l’histoire. Un ennui poli s’installe, à peine troublé par la violence de certaines scènes.

(Lire la suite…)

[dvd :] FORT INVINCIBLE – Gordon Douglas

10 avr

Ed. Artus

Un capitaine de la cavalerie américaine, aidé par un groupe de soldats récalcitrants, doit protéger un fort, menacé pour une attaque imminente d’Indiens. On le voit, le scénario de ce western ne brille pas par son originalité. De plus, il est réalisé par Gordon Douglas, qui a longtemps eu la réputation peu gratifiante de n’être qu’un honnête faiseur de studio. Enfin, Gregory Peck, qui collabora une seule fois avec le cinéaste, aurait déclaré que c’était le film qu’il aimait le moins dans sa filmographie.

Toutes ces craintes sont pourtant balayées dès le début d’un film assez surprenant. La versatilité de Gordon Douglas, cinéaste qui s’adapte facilement à différents genres, fait ici merveille. Fort invincible, tourné dans un décor dépouillé, devient très vite un film de siège à l’ambiance quasi-fantastique.

Le cinéaste soigne ses atmosphères et concentre rapidement son film sur les conflits d’ego entre les fortes personnalités des militaires. Gregory Peck, avec sa raideur naturelle, incarne à merveille l’officier droit dans ses bottes chargé de diriger une bande de soudards parmi lesquels on retrouve les gueules de Ward Bond, Neville Brand ou Lon Chaney Jr.

Dans le bonus Le Fort des insoumis, Eddy Moine relativise le discours de Gregory Peck, qui se serait surtout plaint du film pour des raisons triviales liées à son cachet. Il revient également de façon encyclopédique sur les carrières de l’essentiel de l’équipe technique et artistique. Dans cette présentation un tout petit peu trop longue, qui rappelle la regrettée Dernière séance, le digne fils d’Eddy Mitchell se livre également à une analyse pertinente du film et tente de replacer Gordon Douglas à sa juste place dans l’histoire du cinéma hollywoodien.

François-Xavier Taboni

[cinép(h)age :] LE CHINOIS (ép. 5/25)

16 jan

Un  roman : Le Chinois signé Henning Mankell (2008)

Un film : Le Chinois réalisé par Peter Keglevic (2011)

Dans un paysage de neige, un loup solitaire qui erre dans la campagne s’approche d’un village silencieux. Entre les maisons, il flaire, renifle et sent la mort. Un cadavre. Tout et écrit dans le roman de Henning Mankell, l’auteur suédois créateur des aventures de l’inspecteur Wallander. Mais à ce début très cinématographique, Peter Keglevic a préféré une entame beaucoup plus classique, à la Derrick. Un photographe descend de sa voiture, jette un œil dans une maison et aperçoit un corps étendu. Voilà qui donne le ton de la transposition, ou comment transformer un polar à l’intrigue mondialisée, engagé politiquement, en un long thriller sans relief (deux parties d’une heure trente).

(Lire la suite…)

[cinép(h)age:] INVASION LOS ANGELES (ép. 3/25)

26 déc

Une nouvelle : Les Fascinateurs, signée Ray Nelson (1963)

Un film : Invasion Los Angeles (They Live), réalisé par John Carpenter (1988)

En 1963, Ray Nelson publie une nouvelle intitulée Eight o’clock in the morning (8 heures du matin), retitrée en France, dans la revue Fiction n°125, Les Fascinateurs. Elle raconte comment un citoyen américain découvre que toute la population vit hypnotisée par des créatures extraterrestres. La conscience endormie, les humains ingurgitent à longueur de journée des messages diffusés par la radio, la télévision et les panneaux publicitaires : « Travaillez huit heures, distrayez-vous huit heures, dormez huit heures », « Mariez-vous et multipliez-vous » ou encore « Obéissez au gouvernement ».

Les extraterrestres aux allures reptiliennes vivent paisiblement au milieu des gens, qui ne les voient pas sous leur véritable apparence. George Nada, qui assiste à un spectacle d’hypnose, lui, se réveille d’un coup. Il voit, il comprend et cherche un moyen de révéler la vérité. Evidemment, personne ne le croit.

(Lire la suite…)

[agitation :] LE VAGABOND D’UN NOUVEAU MONDE – James Agee

13 jan

ed. Capricci

Ça suffit assez traîné, ça craint, ça fait trois mois que j’achoppe sur ce bouquin : à force de reculer, reculer, reculer pour mieux sauter je sens venir, oui, le minable saut de puce… Et voilà que d’entrée de jeu je sombre dans ce que je reproche au livre de James Agee : je temporise. Je préviens que je vais commencer. Je m’excuse parce que ça ne va pas être suffisamment abouti. Vous m’avez suivi jusque-là ? Vous pensez pouvoir supporter le reste ? Vous êtes un lecteur tout désigné pour Le vagabond d’un nouveau monde !!! Pour faire bonne mesure il ne me reste plus qu’à vous détailler ce qui va suivre en vous prévenant que vous aurez droit à plusieurs versions de la chose. Et oui, c’est comme ça avec James et Jenny.

Non, bon, je fais ma maligne, mais évidemment, James Agee n’a pas acquis son excellente réputation littéraire –prix Pulitzer posthume, s’il vous plaît- en jouant les fumistes. Et puis Le vagabond d’un nouveau monde est un objet un peu particulier puisqu’il s’agit d’une ébauche d’un scénario destiné à Charlie Chaplin. Pour moi ce fut globalement une expérience pénible, mais j’ai horreur du côté work in progress qui, pour d’autres, peut s’avérer passionnant.

Bref, je reprends depuis le début –surtout qu’au début ça se passe bien. Donc d’abord, une introduction signée par un certain John Wranovics, éditeur du texte d’Agee aux USA. On en apprend plus sur James Agee l’écrivain, mais aussi le scénariste (L’odyssée de African Queen de John Huston, La nuit du chasseur de Charles Laughton…) et enfin l’éminent critique cinématographique qui défendit becs et ongles le Monsieur Verdoux de Chaplin attaqué par le reste de la presse (et là, j’abonde dans le sens de James, un point commun supplémentaire, moi aussi j’aime BEAUCOUP Monsieur Verdoux). S’en est suivi un premier contact entre les deux hommes. Puis Agee a imaginé Charlot, dernier survivant sur Terre après qu’une bombe atomique ait explosé… Réflexion sur le consumérisme, mise à l’épreuve des utopies, mise en garde contre la course au progrès… Hum j’ai un peu cherché, je n’ai pas trouvé de traces d’éventuelles démêlées de J.A. avec les maccarthistes, mais ça m’étonne (il est mort avant que ça barde vraiment, peut-être ?Même pas). Dans un autre de ses livres, le fameux Louons maintenant les grands hommes co-signé avec le photographe Walker Evans (livre qui prend la poussière sur ma table de chevet depuis des années : James et moi ça ne date pas d’hier), dans ce livre donc, après avoir temporisé, expliqué comment ça va se passer et que c’est prévu pour s’inscrire dans un projet plus grand, plus abouti (il ne peut pas s’en empêcher), James cite ces quelques vers : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous et luttez. Vous n’avez rien à perdre que vos chaînes, et un monde à gagner ». Et de mettre en garde illico le lecteur orienté ou malveillant ou bête par un petit paragraphe qui se conclut sur « (…) étant donné les dangers auxquels s’expose à présent tout homme honnête, ou intelligent, ou subtile, il peut convenir de déclarer explicitement que ni ces mots ni les auteurs ne sont la propriété d’aucun parti politique, d’aucune foi, d’aucune faction ». Dont acte. N’empêche que si on resitue Le projet « Vagabond » dans le contexte –1947, bientôt la chasse aux sorcières- ça reste, oui allez, explosif (tout le monde fait la blague, j’en suis certaine, alors moi aussi).

Mais à cause du contexte –1952, la chasse aux sorcières, plus quelques soucis annexes- Chaplin finit, lui, par quitter les USA et malgré un échange de lettre plein de bonne volonté entre 1947 et 1953, lettres partiellement inclues dans le présent livre (Agee en est embarrassant d’admiration devant le maître), le film ne se fera jamais… Agee est mort en 1955, jeune, d’une crise cardiaque… Et voilà, il reste cette/ces ébauches devant lesquelles j’ai tant renâclé mais où, c’est indéniable, j’ai aussi, par moments, été captivée par quelques fulgurances. Je laisse aux curieux le soin de découvrir le lien établi entre ce film mort-né et Wall-E, je signale au passage que l’éditeur Capricci fait des livres bien pensés entre fond et forme –c’est le genre de choses qui se soulignent. Et puis je suis quand même contente d’avoir eu l’occasion de faire cette lecture car par esprit d’association ça m’a amené à lire des choses sur les contemporains « muets » de Chaplin : un roman biographique drôle et glauque sur Roscoe « Fatty » Arbuckle (Moi, Fatty de Jerry Stahl) et un essai sur le merveilleux Buster Keaton (si quelqu’un sait où trouver son autobiographie épuisée me semble-t-il, Slapstick, je suis preneuse !!! Ou si Capricci veut la rééditer ?). Voilà, c’est terminé, vous pouvez retourner vaquer à vos occupations ou bien aller faire un tour sur le site des éditions Capricci pour commander Le vagabond d’un nouveau monde. (Masochistes).

Jenny Ulrich

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 26 followers