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[cinép(h)age :] LE CHINOIS (ép. 5/25)

16 jan

Un  roman : Le Chinois signé Henning Mankell (2008)

Un film : Le Chinois réalisé par Peter Keglevic (2011)

Dans un paysage de neige, un loup solitaire qui erre dans la campagne s’approche d’un village silencieux. Entre les maisons, il flaire, renifle et sent la mort. Un cadavre. Tout et écrit dans le roman de Henning Mankell, l’auteur suédois créateur des aventures de l’inspecteur Wallander. Mais à ce début très cinématographique, Peter Keglevic a préféré une entame beaucoup plus classique, à la Derrick. Un photographe descend de sa voiture, jette un œil dans une maison et aperçoit un corps étendu. Voilà qui donne le ton de la transposition, ou comment transformer un polar à l’intrigue mondialisée, engagé politiquement, en un long thriller sans relief (deux parties d’une heure trente).

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[cinép(h)age:] INVASION LOS ANGELES (ép. 3/25)

26 déc

Une nouvelle : Les Fascinateurs, signée Ray Nelson (1963)

Un film : Invasion Los Angeles (They Live), réalisé par John Carpenter (1988)

En 1963, Ray Nelson publie une nouvelle intitulée Eight o’clock in the morning (8 heures du matin), retitrée en France, dans la revue Fiction n°125, Les Fascinateurs. Elle raconte comment un citoyen américain découvre que toute la population vit hypnotisée par des créatures extraterrestres. La conscience endormie, les humains ingurgitent à longueur de journée des messages diffusés par la radio, la télévision et les panneaux publicitaires : « Travaillez huit heures, distrayez-vous huit heures, dormez huit heures », « Mariez-vous et multipliez-vous » ou encore « Obéissez au gouvernement ».

Les extraterrestres aux allures reptiliennes vivent paisiblement au milieu des gens, qui ne les voient pas sous leur véritable apparence. George Nada, qui assiste à un spectacle d’hypnose, lui, se réveille d’un coup. Il voit, il comprend et cherche un moyen de révéler la vérité. Evidemment, personne ne le croit.

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[agitation :] LE VAGABOND D’UN NOUVEAU MONDE – James Agee

13 jan

ed. Capricci

Ça suffit assez traîné, ça craint, ça fait trois mois que j’achoppe sur ce bouquin : à force de reculer, reculer, reculer pour mieux sauter je sens venir, oui, le minable saut de puce… Et voilà que d’entrée de jeu je sombre dans ce que je reproche au livre de James Agee : je temporise. Je préviens que je vais commencer. Je m’excuse parce que ça ne va pas être suffisamment abouti. Vous m’avez suivi jusque-là ? Vous pensez pouvoir supporter le reste ? Vous êtes un lecteur tout désigné pour Le vagabond d’un nouveau monde !!! Pour faire bonne mesure il ne me reste plus qu’à vous détailler ce qui va suivre en vous prévenant que vous aurez droit à plusieurs versions de la chose. Et oui, c’est comme ça avec James et Jenny.

Non, bon, je fais ma maligne, mais évidemment, James Agee n’a pas acquis son excellente réputation littéraire –prix Pulitzer posthume, s’il vous plaît- en jouant les fumistes. Et puis Le vagabond d’un nouveau monde est un objet un peu particulier puisqu’il s’agit d’une ébauche d’un scénario destiné à Charlie Chaplin. Pour moi ce fut globalement une expérience pénible, mais j’ai horreur du côté work in progress qui, pour d’autres, peut s’avérer passionnant.

Bref, je reprends depuis le début –surtout qu’au début ça se passe bien. Donc d’abord, une introduction signée par un certain John Wranovics, éditeur du texte d’Agee aux USA. On en apprend plus sur James Agee l’écrivain, mais aussi le scénariste (L’odyssée de African Queen de John Huston, La nuit du chasseur de Charles Laughton…) et enfin l’éminent critique cinématographique qui défendit becs et ongles le Monsieur Verdoux de Chaplin attaqué par le reste de la presse (et là, j’abonde dans le sens de James, un point commun supplémentaire, moi aussi j’aime BEAUCOUP Monsieur Verdoux). S’en est suivi un premier contact entre les deux hommes. Puis Agee a imaginé Charlot, dernier survivant sur Terre après qu’une bombe atomique ait explosé… Réflexion sur le consumérisme, mise à l’épreuve des utopies, mise en garde contre la course au progrès… Hum j’ai un peu cherché, je n’ai pas trouvé de traces d’éventuelles démêlées de J.A. avec les maccarthistes, mais ça m’étonne (il est mort avant que ça barde vraiment, peut-être ?Même pas). Dans un autre de ses livres, le fameux Louons maintenant les grands hommes co-signé avec le photographe Walker Evans (livre qui prend la poussière sur ma table de chevet depuis des années : James et moi ça ne date pas d’hier), dans ce livre donc, après avoir temporisé, expliqué comment ça va se passer et que c’est prévu pour s’inscrire dans un projet plus grand, plus abouti (il ne peut pas s’en empêcher), James cite ces quelques vers : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous et luttez. Vous n’avez rien à perdre que vos chaînes, et un monde à gagner ». Et de mettre en garde illico le lecteur orienté ou malveillant ou bête par un petit paragraphe qui se conclut sur « (…) étant donné les dangers auxquels s’expose à présent tout homme honnête, ou intelligent, ou subtile, il peut convenir de déclarer explicitement que ni ces mots ni les auteurs ne sont la propriété d’aucun parti politique, d’aucune foi, d’aucune faction ». Dont acte. N’empêche que si on resitue Le projet « Vagabond » dans le contexte –1947, bientôt la chasse aux sorcières- ça reste, oui allez, explosif (tout le monde fait la blague, j’en suis certaine, alors moi aussi).

Mais à cause du contexte –1952, la chasse aux sorcières, plus quelques soucis annexes- Chaplin finit, lui, par quitter les USA et malgré un échange de lettre plein de bonne volonté entre 1947 et 1953, lettres partiellement inclues dans le présent livre (Agee en est embarrassant d’admiration devant le maître), le film ne se fera jamais… Agee est mort en 1955, jeune, d’une crise cardiaque… Et voilà, il reste cette/ces ébauches devant lesquelles j’ai tant renâclé mais où, c’est indéniable, j’ai aussi, par moments, été captivée par quelques fulgurances. Je laisse aux curieux le soin de découvrir le lien établi entre ce film mort-né et Wall-E, je signale au passage que l’éditeur Capricci fait des livres bien pensés entre fond et forme –c’est le genre de choses qui se soulignent. Et puis je suis quand même contente d’avoir eu l’occasion de faire cette lecture car par esprit d’association ça m’a amené à lire des choses sur les contemporains « muets » de Chaplin : un roman biographique drôle et glauque sur Roscoe « Fatty » Arbuckle (Moi, Fatty de Jerry Stahl) et un essai sur le merveilleux Buster Keaton (si quelqu’un sait où trouver son autobiographie épuisée me semble-t-il, Slapstick, je suis preneuse !!! Ou si Capricci veut la rééditer ?). Voilà, c’est terminé, vous pouvez retourner vaquer à vos occupations ou bien aller faire un tour sur le site des éditions Capricci pour commander Le vagabond d’un nouveau monde. (Masochistes).

Jenny Ulrich

LES CHAUSSONS ROUGES – Michael Powell & Emeric Pressburger

21 mai

Il y a une quinzaine d’années de cela, je tentais désespérément de découvrir cette œuvre vantée par mes idoles, Martin Scorsese et Brian De Palma.
Deux possibilités s’offraient alors à moi : une VHS de Médiathèque qui avait dû souffrir un bon millier de visionnages, ou un enregistrement ARTE aux sous-titres jaunes couvrant la moitié de l’écran.

Je l’avais donc vu, ce grand film de Michael Powell et d’Emeric Pressburger.
Et puis non, quelque part, je ne l’avais pas vu.
Je l’ai découvert cette semaine, dans une copie 35 mm sublime, restaurée par UCLA Film and Television Archive sous la supervision de Martin Scorsese et Thelma Schoonmaker (au demeurant veuve de Michael Powell et monteuse de Marty).

Les chaussons rouges, production anglaise de 1948, détaille l’obsession d’un homme, son dévouement total et exceptionnel à son art.
Il tente d’inculquer cette dévotion, ce sens du sacrifice, à l’une de ses danseuses.
Elle devra, comme dans le conte d’Andersen, danser jusqu’à la mort, renoncer à sa jeunesse et à l’ivresse de l’amour.

Le film s’attache donc à la  quête de perfection, à  l’abnégation, à la soumission à un art. Et il est fondamental de comprendre qu’ici, la démarche des personnages se confond avec celle des auteurs.

Powell, Pressburger, Cardiff ont réalisé une œuvre sublime, et quelque part définitive.
Pour saisir la passion absolue de Boris Lermontov, pygmalion despotique et totalitaire, ils ont su porter à l’écran la notion d’exigence.
Emeric Pressburger soigne les dialogues, Michael Powell s’occupe de la mise en scène, et Jack Cardiff met en lumière.
Chaque élément ne trouve son sens que dans la complémentarité.
S’il s’agit là d’un principe élémentaire du cinéma, qui se doit d’être choral, peu d’œuvres peuvent prétendre à une union aussi miraculeuse de talents.

La nouvelle copie permet ainsi de prendre la mesure du travail de  Jack Cardiff sur les tons, les cadres, d‘infimes rappels visuels, et des plans résolument lyriques.

La flamboyance de l’image n’est pas anodine. Cardiff donne corps à l’idéal de beauté des personnages, il affranchit le fond et la forme de leurs frontières.

Le cinéma est un art complet, total. Et Les chaussons rouges est sans doute un des plus beaux arguments pour plaider l’exhaustivité du 7ème art.

Greg Lauert

NB / un documentaire intitulé Cameraman The Life and Work of Jack Cardiff et signé Craig Mc Call a été projeté cette semaine dans la section Cannes Classics. Il reste à espérer une diffusion prochaine sur le câble, ou un rapport détaillé de notre envoyé spécial au festival.

[dvd :] La Campagne de Cicéron

9 mai

Il y a encore peu de temps, quand on évoquait la disparition d’un film pour des problèmes techniques ou des questions de droits, on songeait aux films muets perdus de Ford ou de Hawks, aux inextricables problèmes juridiques et techniques qui empêchent de voir certains films de Welles. Maintenant, grâce au travail de la Cinémathèque de Toulouse et aux suppléments du DVD, on sait qu’un film français sorti en salles en 1990 aurait pu totalement disparaître, sans l’intervention obstinée de certains acteurs de la vie culturelle.

C’est, entre autres, ce qu’on apprend  en découvrant la partie éditoriale du DVD consacré au film de Jacques Davila. Un court texte d’Eric Rohmer, publié à l’époque dans les Cahiers du cinéma et reproduit ici, montre l’attachement du pilier de la Nouvelle Vague pour le troisième et dernier film de Jacques Davila, disparu en 1991.

On peut en effet penser aux marivaudages rohmériens en voyant cette partie de campagne qui tourne vite au chassé-croisé amoureux. Mais la personnalité singulière de Davila, la fluidité de sa mise en scène, faite d’élégants mouvements de caméra, et son attrait pour une forme de poésie légèrement fantastique, marquent la différence entre ce film et les œuvres de Rohmer. On y retrouve une troupe de comédiens habitués de la bande constituée, entre autres, par Davila, Gérard Frotz Coutaz, Paul Vecchiali, signataires du film omnibus Archipel des amours. Tous jouent le jeu de l’élégant décalage du cinéaste, servi par des dialogues très précis et une prédilection pour les situations inattendues.

A noter que le film, ressorti en DVD le 25 mars 2010 (nous sommes légèrement en retard), sera présenté dans la section Cannes Classics, en présence de l’équipe du film.

François-Xavier Taboni

[dvd :] COFFRET LIONEL ROGOSIN

4 mai

ed. Carlotta

Question du journaliste télé compassé  à propos du film On the Bowery : Lionel Rogosin, pourquoi avoir fait un film si déprimant ? Réponse de l’interpellé : je ne pense pas que ce film soit si déprimant que ça, l’avez-vous vu ? Aveu sec du journaliste télé : non. Ce journaliste de la fin des années 50, s’il est toujours en vie, va pouvoir se rattraper grâce à Carlotta qui, dans le cadre de sa collection Les origines du cinéma indépendant américain, propose de découvrir le travail précurseur de Lionel Rogosin.

On the Bowery, tout premier essai cinématographique de Rogosin, en 1956, est un film humaniste (là, difficile de ne pas reprendre l’adjectif vendeur qui sert pour une fois très justement d’accroche publicitaire) sur les laissés pour comptes, les ivrognes de ce quartier de New York, le Bowery. Photographie N&B soignée, cadrages impeccables, caméra discrète : On the Bowery témoigne à la fois de l’architecture particulière du coin et surtout des visages souvent cabossés de ses habitants, de leurs techniques de survie, de leurs habitudes. Deux personnages nous servent plus précisément de guide dans cet univers parallèle, un jeune, un vieux. Le jeune, Ray, arrive dans le quartier avec sa valise pour seul bien, le vieux, Gorman, lui indique quelques tuyaux, écluse des godets en sa compagnie et lui pique sa valise. Pas grave, sans rancune… La frontière entre le documentaire et la fiction est ténue, on se dit juste que Ray fait un peu trop jeune premier hollywoodien pour être complètement crédible. Ensuite on regarde le bonus réalisé par Michael A. Rogosin sur cette première œuvre de son père, Lionel (bonus qui commence avec le fameux journaliste télé compassé) et on apprend que non, Ray et ses faux airs de Gary Cooper était vraiment à la rue, qu’il faisait effectivement toutes sortes de petits boulots pour se payer à boire, qu’il avait réellement, comme les autres protagonistes de On the Bowery, un gros problème d’alcoolisme. Hollywood a bien essayé de lui mettre le grappin dessus, Lionel Rogosin proposant de lui payer une cure de désintoxication, en vain : Ray qui voulait qu’on lui foute la paix s’est carapaté. L’autre pierre angulaire du film, Gorman, est lui mort juste à la fin du tournage : un docteur qui l’avait examiné avant de commencer lui avait assuré qu’avec sa cirrhose, la prochaine cuite serait fatale. Gorman est resté sobre tant que le film avait besoin de lui, puis il s’est offert un dernier verre en connaissance de cause… Lionel Rogosin, qui a longuement fréquenté les bars du Bowery avant de se mettre à filmer, s’est, de son côté, arrêté de picoler à temps, mais rétrospectivement il dit avoir eu peur de se laisser emporter. Il explique aussi que On the Bowery était un galop d’essai, que ce qu’il voulait c’était acquérir suffisamment de métier pour mener à bien son grand œuvre : un film dénonçant l’apartheid en Afrique du Sud.

Ce grand œuvre, Come back, Africa, sort en 1959. La technique est la même que pour On the Bowery : après un temps d’immersion, Rogosin choisit parmi les gens rencontrés dans le milieu qui l’intéresse les personnages qui donneront vie à son film –par leur visage, leurs attitudes, leurs réflexions- et il les suit dans un quotidien plus ou moins fictionnel. Le guide de ce film-ci se prénomme Zacharia, c’est un paysan zoulou qui vient chercher du travail à Johannesburg et qui se trouve confronté aux tracasseries inventées par les blancs qui viennent d’instaurer l’apartheid. Comme dans tous les cas où un groupe d’êtres humains restreint arbitrairement la liberté d’un autre groupe d’êtres humains, c’est bien sûr extraordinairement choquant, terriblement frustrant. Dans ce film, la caméra cadre plus largement que dans le précédent : les mouvements de foules y sont instructifs et visuellement séduisants, mais les passages où les visages sont cadrés serrés ont tout de même d’avantage de force, ça manque un peu… Le point fort du film reste le moment partagé entre Zacharia et ses compagnons de misère, dans un bar clandestin. Une discussion politique s’engage, les arguments y sont affûtés, le ton ironique. Puis la chanteuse Miriam Makeba s’invite à la fête, le débat se clôt en musique. Le film, lui, se poursuit jusqu’à un final où Zacharia hurle sa colère et son désespoir, débordant du cadre mis en place par Rogosin et son équipe. Un supplément d’environ 50 minutes revient sur le tournage en catimini (forcément, les autorités blanches n’auraient pas été spécialement d’accord avec le propos du film), l’ingratitude de Miriam Makeba, l’importance qu’a Come Back Africa, à la fois comme œuvre d’art et comme témoignage historique, support quasi unique de l’indispensable travail de mémoire.

Troisième dvd, troisième film, toujours en N&B… Good times, wonderful times date de 1965 et il fait penser, au début, à un contre-champ snob et Londonien de On the Bowery. On y voit toute une faune rigolarde en train de s’arsouiller dans un appartement chic, ces gens ont des bonnes têtes, ils balancent des énormités à tour de phrases (un raisonnement particulièrement retors aboutit par exemple à la conclusion que : « sans la guerre, pas de vie possible, parce que la guerre c’est la vie »), on s’en amuse avec un brin d’incrédulité et on songe à aller se servir un petit verre pour se mettre plus complètement dans le bain. Quand BAM. Changement d’ambiance, nous voilà confronté à des images d’archives qui montrent, en gros plan, les mutilations causées par la bombe nucléaire larguée sur Hiroshima. Euh ? Retour au cocktail, ça rigole, ça picole. BAM. Cette fois on se retrouve dans les camps d’extermination nazis. Argh ! Le film exploite jusqu’à l’indigestion ce dispositif binaire et malhonnête. Est-ce que ce genre de procédé passait mieux dans les années 60 qu’aujourd’hui ? Peut-être que la fin justifiait naïvement les moyens ? Quoi qu’il en soit, aujourd’hui l’instrumentalisation de telles images d’archives ne passe plus du tout, du tout. L’ironique Good times, wonderful times sombre ainsi, de prime abord, dans l’obscénité qu’il entend dénoncer. C’est gênant. Un bonus revient sur la fabrication du film, sur la collecte des documents très rares notamment, ainsi que sur la constitution de la faune qui peuple le cocktail et ces explications tempèrent heureusement un peu la gêne occasionnée par le film ! Mais n’allons pas conclure sur cette grimace…

Le coffret Lionel Rogosin contient encore d’autres documents éclairants supervisés par Michael Rogosin, les restaurations faites par la Cinémathèque de Bologne (L’Immagine Ritrovata) sont irréprochables et puis les films sont accompagnés d’un portfolio que je n’ai pas reçu, mais qui est sans doute tout aussi beau que ce que propose habituellement Carlotta.

Jenny Ulrich

[radio :] CUT -92

1 mai

Cette semaine ni indications sur ce qui se dit dans l’émission, ni rectifications… Cette semaine, mystère et approximations, eh oui c’est comme ça.

Kick-Ass (Matthew Vaughn), The invention of lying (Ricky Gervais), Mammuth (Gustave Kervern et Benoit Delépine), Life during wartime (Todd Solondz), Iron man 2 (Jon Favreau), La comtesse (Julie Delpy), Greenberg (Noah Baumbach), London nights (Alexis Dos Santos), Breathless (Ik-june Yang).

Avec Jenny, Anne-Laure, David, FX.

[cinéphilie :] Malek Bensmaïl

28 avr

Malek Bensmaïl (réalisateur) était à Strasbourg pour présenter son film documentaire La Chine est encore loin (sortie le 28 avril 2010). Le titre faisant référence à une parole du prophète Mahomet, « Recherchez le savoir jusqu’en Chine s’il le faut », Malek Bensmail dresse, entre autres, un constat sur la façon dont le savoir est dispensé aujourd’hui en Algérie. Il accorde aussi une place importante à l’attaque contre un couple d’instituteurs français et un caïd algérien, qui, en 1954, lança le début de la guerre pour l’indépendance de l’Algérie. Comment s’est construite la société algérienne ensuite, comment se porte-t-elle aujourd’hui ? On entre et on sort de l’école de Ghassira (un village tout près de l’endroit où eut lieu la fameuse attaque de 54), on observe, on écoute et peu à peu les choses se dessinent…

Nous parlerons peut-être de La Chine est encore loin dans la prochaine émission de Cutlaradio (en ligne le samedi 1er mai) et si vous le souhaitez vous pouvez en écouter l’entretien minuté sur le site des cinémas Star. En attendant Malek Bensmaïl nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants…

ÊTRE ET AVOIR (Nicolas Philibert) :

Oui, bien sûr, on fait souvent le rapprochement. Je pense qu’on est sur autre chose entre La Chine est encore loin et Être et avoir. Être et avoir est un film sur un système particulier, sur une école dans une campagne, sur un rapport instituteur/enfant uniquement et sur le système pédagogique qui est finalement une sorte de bonheur d’enseigner. Et moi, je crois que suis plutôt sur quelque chose qui est de l’ordre de la difficulté d’enseigner. Et sur une confrontation qui est complètement explosive. Donc on n’est pas du tout sur le même terrain. Et en même temps, Être et avoir reste un film, effectivement, de référence sur l’enfance.

ENTRE LES MURS (Laurent Cantet) :

C’est un très beau film. La seule chose que je dirais, c’est qu’il utilise un dispositif multi-caméras, sans prendre de position entre le documentaire et la fiction et, voilà, j’ai peut-être un petit bémol sur le dispositif formel, je ne suis pas convaincu de sa justesse.

S21, LA MACHINE DE MORT KHMER ROUGE (Rithy Panh) :

Excellent film. Vraiment, si j’arrivais à faire ce qu’a réussi Rithy Panh sur les massacres en Algérie, sur les disparus, ce serait un grand pas pour l’Algérie, mais je ne suis pas convaincu de pouvoir réussir. Non pas en tant que personne, mais en tant que possibilité d’obtention d’autorisations de tournage et de pouvoir aller sur ce terrain. Parce que vous savez qu’en Algérie, il y a une loi qui est passée qui nous interdit –tout intellectuel, tout cinéaste- de revenir sur les années du terrorisme : on est passible de prison. Du coup on est un peu coincé. On pourrait le faire, mais il faut prendre ses précautions.

BLED NUMBER ONE (Rabah Ameur-Zaïmeche) :

Je dirais que je ne suis pas fan de ce film.

LA GUERRE DES BOUTONS (Yves Robert) :

Grand classique. Grand classique…

ZERO DE CONDUITE (Jean Vigo) :

Grand classique ! Je ne pourrais pas en dire plus, ça fait partie des grands films qui m’ont nourri aussi à la Cinémathèque Algérienne, parce qu’on y voyait, bien entendu, beaucoup de films venant de la Nouvelle Vague, des films Néoréalistes Italiens, les films aussi des pays de l’Est, etc. Donc, on a vu tous ces films-là… Dans les films qui m’ont marqué sur l’enfance, si on continue un peu cette liste-là, je dirais plutôt Vittorio De Sica et Le voleur de bicyclette.

EN ATTENDANT LE BONHEUR (Abderrahman Sissako) :

Excellent. Excellent film, j’adore le cinéma d’Abderrahman, emprunt de beaucoup de poésie, avec un vrai regard sur l’Afrique, complètement décalé, complètement déstructuré et c’est ça que j’aime.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

[radio :] CUT -89

20 mar

Cette semaine nous sommes étonnamment souvent d’accord les uns avec les autres. Cette semaine nous avons tendance à mieux aimer les comédiens que les films dans lesquels ils évoluent. Cette semaine nous prenons beaucoup de plaisir à revoir des bonnes vieilles têtes : Kilmer, Kier, Dourif & Cie… Nota Bene : l’excellent acteur qui ressemble –ou non- à Eric Bana se nomme Adam Bousdoukos. Cette semaine Le fantastique Mr. Fox fait un retour en force en fin d’émission.

Bad lieutnant : escale à la Nouvelle-Orléans (Werner Herzog), Les chèvres du Pentagone (Grant Heslov), Blanc comme neige (Christophe Blanc), Sans laisser de traces (Grégoire Vigneron), The good heart (Dagur Kari), Soul kitchen (Fatih Akin), Eastern plays (Kamen Kalev), Le rêve italien (Michele Placido), Chloé (Atom Egoyan), La rafle (Roselyne Bosch), Le guerrier silencieux (Nicolas Winding Refn).

Avec Jenny, Greg, FX et Mathias de retour de ses pérégrinations.

[cinéphilies :] Edouard Molinaro

22 nov

Édouard Molinaro était à Strasbourg pour présenter son livre de souvenirs, Intérieur soir (paru aux éditions Anne Carrière) où, en une succession de courts chapitres, il campe des situations allant de son enfance à la fin de son parcours télévisuel en passant bien sûr par le cinéma. On apprend ainsi que ses grands succès comiques (Oscar, Hibernatus, L’emmerdeur, La cage aux folles…) sont généralement assez loin de ce qu’il avait envie de faire, son goût le portant davantage vers les films qu’il a eu l’occasion de tourner à la fin de sa carrière cinématographique : Le souper et Beaumarchais, l’insolent. On croise aussi rapidement, aux détours des pages, Brigitte Bardot, Jacques Becker, Jacques Brel, Alain Cavalier, Louis de Funès, etc. C’est très vite lu, peut-être un peu superficiel, mais agréable car écrit par un heureux homme.
Édouard Molinaro a accepté de se prêter au jeu de la cinéphilie, il réagit aux films suivants…

L’ENFER D’HENRI-GEORGES CLOUZOT (Serge Bromberg et Ruxandra Medrea) :
Je vais aller le voir ! J’ai bien connu Clouzot pour lequel j’avais beaucoup d’admiration. C’était un homme assez bavard et sur la fin de sa carrière, on se retrouvait dans un petit restaurant, rue Marboeuf à Paris, et je l’écoutais pendant des heures me raconter ses problèmes et ce qu’était le cinéma à son époque. J’étais évidemment tout jeune et tout à fait fasciné. Je n’ai pas vu L’enfer, j’ai vu le remake qu’avait fait Chabrol –qui est un film qui me laisse un peu sceptique-, mais j’ai sur mon bureau deux billets pour aller voir L’enfer et je vais aller voir L’enfer !

LE TROU (Jacques Becker) :
Le trou de Jacques Becker, 1960… Jacques Becker est quelqu’un qui a compté énormément pour moi parce que c’est le premier cinéaste professionnel qui a vu mes films d’amateur et qui m’a dit comme ça, avec son accent parisien hérité de Renoir, il m’a dit : bah, c’est un peu mal foutu, mais j’crois qu’vous êtes un cinéaste. Et ça, ça m’a boosté. J’avais quoi, 19 ans… Je lui serai éternellement reconnaissant. Il s’est déplacé, à l’époque, dans une toute petite salle des boulevards qui était équipée de 9,5mm et de 16mm : c’était LE grand cinéaste de l’époque et il s’est déplacé pour venir voir mes petites oeuvrettes et c’était bouleversant pour moi. Il m’a encouragé d’une manière extraordinaire. Et puis j’étais un fan de ses films. Pour moi, Goupi mains rouges, c’était le chef-d’œuvre absolu. Ça avait bercé mes années de guerre… Donc pour moi c’était très important. D’ailleurs, je suis resté proche de la famille Becker puisque Sophie Becker, sa fille, a été mon assistante dans le film que j’ai fait d’après Simenon, La mort de Belle, et que je suis resté très ami avec Jean Becker, avec son fils, qui est chef opérateur. Et son frère qui est malheureusement décédé, qui était modéliste comme moi. Je suis resté très proche de la famille Becker : c’est quelqu’un qui a été très important pour moi.

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