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[cinép(h)age:] DISGRACE (ép. 6/25)

23 jan

Un livre : écrit par John Maxwell Coetzee (1999)

Un film : réalisé par Steve Jacobs (2008)

En 2003, J.M. Coetzee a reçu le prix Nobel de Littérature, une juste consécration pour cet auteur qui décrit, livre après livre, la vie en Afrique du Sud, pendant et après l’apartheid. Sans concession, sans jugement non plus, il met en scène l’incompréhension réciproque des communautés. De manière implacable, il montre, dans Disgrâce, comment l’être humain opprime et mêle à son discours traditionnel des considérations sociales qui dépassent son propos habituel.

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Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 37)

21 mar

// IL DIVO – Paolo Sorrentino //

Et avec un taux d'emprunt à 4,5%, comment je fais moi pour payer une nouvelle Bentley à ma femme ? Hein ?!

Il Divo est un des nombreux surnoms de Giulio Andreotti, homme politique italien, président du conseil avant l’inénarrable Silvio et icône à l’impressionnante longévité. En s’attachant à déchiffrer la carrière d’Andreotti à l’orée des années 90, Paolo Sorrentino propose un regard sur la vie politique italienne de la seconde moitié du vingtième siècle. Le film évoque à plusieurs reprises le fantôme d’Aldo Moro, les vestiges des brigades rouges, et la croisade anti mafia de Giovanni Falcone. Il interroge surtout sur la corrélation entre pouvoir et corruption, et sur l’existence d’un mal nécessaire.

Dans une scène admirable, un journaliste assaille le vieux président du conseil de ses soupçons, lui jette au visage de multiples accusations, tente de le faire vaciller sous la pression d’une vérité à peine masquée. Andreotti se contente de répondre que si son parti n’avait pas sauvé économiquement son journal, il ne serait pas à même de se montrer si insolent. Le débat contradictoire est annihilé d’une phrase. Le cinéaste fait le choix du cynisme, de la dérision. Il balaye d’entrée toute naïveté, tout idéalisme. C’est triste et sublime à la fois. Sorrentino filme la vie politique de son pays comme il tournerait un western ou un film de gangsters.

La clique ministérielle est présentée avec dérision, sur le fondement d’un attribut physique, d’un surnom, comme des gueules et des truands au détour d’un couloir. Le naturalisme est balayé.

Il Divo, « le divin » est éclairé en plan douche, comme baigné d’une lumière céleste. Il s’exprime par citations, avec une éloquence que viennent ponctuer les scènes de meurtre en cinémascope. La rencontre (supposée) avec Toto Riina, La Belva, le mafieux emblématique et monstrueux, est filmée en silence. Le stoïcisme d’Andreotti s’oppose au regard furieux du vieux sicilien.

Tout est affaire de mise en scène. Sorrentino aurait pu choisir la morgue et la sentence. Il livre à l’inverse une copie enjouée. Il prend la mesure de l’ampleur du désastre politique, de l’acceptation évidente du mal.

Andreotti se veut dépositaire d’une volonté divine, mais il ne cède pourtant jamais à l’angélisme. Les figures contradictoires fascinent les artistes italiens. Cette interprétation d’une période historique tourmentée ne révèle pas une once de rébellion. Sorrentino verserait plutôt dans la résignation joviale.

Greg Lauert

A savoir : le film a remporté le prix du jury à Cannes mais sa date de sortie sur les écrans français (31/12/2008) a probablement condamné son exploitation en salle.

IL DIVO de Paolo Sorrentino // 2008 // 110 minutes // 2.35 : 1 // Avec Toni Servillo, Anna Bonaiuto, Giulio Bosetti , Flavio Bucci, Carlo Buccirosso

Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 36)

14 mar

// BLINDNESS – Fernando Mereilles //

Jean-Marie Le Pen est prêt à tout pour séduire sa fille.

Selon Kubrick, on ne peut faire de bons films qu’avec de mauvais livres. Si la déclaration est sans doute hypocrite de la part d’un cinéaste qui a, entre autres, adapté Nabokov et Schnitzler, la réalité cinématographique lui donne raison dans une grande majorité de cas.

Fernando Mereilles, réalisateur brésilien agité et engagé, aurait pu s’inquiéter de ce constat à l’heure d’adapter L’aveuglement, du prix Nobel de littérature José Saramago. Pourtant, son film est, au même titre que la Route de John Hillcoat, une de ces rares adaptations réussies d’un classique moderne. Si l’œuvre a été snobée à sa sortie par le public et la presse spécialisée, c’est peut être du fait d’une appréhension ambitieuse.

Tous les habitants d’un pays deviennent aveugles, à l’exception d’une femme qui assiste, impuissante, à la déliquescence de l’ordre social.

Le postulat ouvre la voie à la parabole, aux grands discours, et à la leçon de morale. Pourtant, le film de Mereilles ne prétend jamais avoir la portée théorique du roman d’anticipation de Saramago. Au cinéma, et dans le cas présent notamment, ce qui importe, c’est ce qui nous est donné à voir. Le cinéaste brésilien n’est pas connu pour l’infinie délicatesse de sa mise en scène, mais on ne peut nier la fantastique efficacité de cet univers quelque part post apocalyptique. L’impuissance, la cécité, mènent ici à l’enfermement, à la malveillance, à l’enfer.

Le rôle du cinéaste n’est pas tant de raconter que de faire vivre. Il recrée donc une bulle anxiogène. Il enferme ses personnages dans un hospice où ils se déchirent dans une vaine réorganisation sociale. Il les lâche en pleine ville, dans un chaos global qui ne manquera pas d’évoquer Romero. Il s’approprie le matériau de Saramago. Il porte littéralement ce récit à l’écran. Mereilles sait bien qu’il ne peut égaler le poids des mots. La littérature offre des possibilités infinies. Le cinéma est un art cloisonné, rigide, choral et comprimé en 120 minutes.

Pourtant, le réalisateur use avec brio de ses armes, de la puissance primaire de l’image, des rictus du visage d’un comédien, de la poésie d’une note. Trop souvent, l’adaptation cinématographique voudrait concourir avec son modèle littéraire. Mereilles cultive là la singularité du 7ème art.

Greg Lauert

A savoir : à l’heure de vendre les droits, José Saramago a souhaité qu’une caractéristique de son roman soit conservée : le pays dans lequel les évènements se déroulent n’est jamais nommé.

BLINDNESS de Fernando Mereilles // 2008 // 121 minutes // 1.85 : 1 // Avec Julianne Moore, Mark Ruffalo, Danny Glover, Gael Garcia Bernal, Don McKellar.

Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 23)

13 déc

// SURVEILLANCE – Jennifer Lynch //

Joli caméo de papa Lynch.

Avant de parler du film, il convient de préciser un fait concernant son auteur. Jennifer est la fille d’un artiste connu pour photographier des chiens crevés dans le désert, pour s’en foutre du cinéma des autres, et pour imposer à intervalle régulier un chef d’œuvre barré sur grand écran. Papa Lynch, alias David, est un Goliath du cinéma indépendant.

On serait donc enclins à chercher la filiation. La fille partage-t-elle ce goût du labyrinthe mental ? Va-t-elle, ou souhaite-t-elle seulement tuer le père ? La réponse n’apparait pas évidente à la vision de son second long métrage. Si un lien apparait toutefois certain, c’est celui des ambiances particulières.

Dans cette esquisse de huis clos, au fil des couloirs de ce commissariat dépeuplé, la réalisatrice impose un ton, un univers particulier. Bien sûr, on retrouve en héritage cette fascination pour les routes perdues, un travail semblable sur l’ambiance sonore, et des comédiens en décalage à la lente logorrhée. Mais Surveillance parvient à fasciner.

Le thriller n’a rien de commun. La structure du récit n’a ainsi que peu d’intérêt. Le film s’inscrit dans un vague surréalisme. Poisseuse, malsaine, l’œuvre s’apprécie pour son lent décalage. Les contours semblent mal définis, comme dans  un rêve. La Lynchette semble proposer une alternative au réel, un cadre véridique, un fait divers, et d’insidieuses digressions.

Toutefois, à une bobine du terme, elle cède aux sirènes de l’entertainment et balance un twist tonitruant, supposé nous coller au siège, mais qui, finalement, nous décolle plutôt de cette délicieuse torpeur. Le film rentre un peu dans le rang. Il n’assume pas totalement sa déviance.

Si l’intention était excellente, le résultat ne démérite pas et séduit sans mal l’amateur de polars singuliers. Il manque peut être un rien d’aplomb et de maturité. Il dénote assurément une grande personnalité.

On pourra au passage célébrer un petit plaisir de cinéphile : celui de revoir Bill Pullman et Julia Ormond, vestiges de la décennie précédente. Ils sont bien paumés, tout droit sortis du musée de cire des années 90, trop content de faire leur numéro et de promener leurs tronches de has been qui s’ignorent.

Pourtant, il n’y a pas d’erreur de casting. Ils sont tellement déplacés, désuets, qu’ils font merveille en personnages fantomatiques sortant de nulle part, n’allant nulle part.

Greg Lauert

A savoir : Jennifer Lynch n’avait auparavant réalisé que Boxing Helena, film très controversé pour sa genèse et les défections successives de Madonna et Kim Basinger pour le rôle principal.

SURVEILLANCE de Jennifer Chambers Lynch // 97 minutes // 2.35 : 1 // Avec Bill Pullman, Julia Ormond, Pell James, Michael Ironside.

Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 16)

25 oct

// BONS BAISERS DE BRUGES – Martin McDonagh //

Enfin un biopic sur Jean-Marie Le Pen.

Le titre français et l’affiche ridicule laissaient présager d’une comédie d’espionnage loufoque. Heureusement, le spectateur réalisera vite que chaque plan du film infirme ce postulat.

Colin Farrell, tueur à gages maladroit, se rend à Bruges sur les ordres de son patron pour se faire oublier après une mission catastrophique. Il est accompagné d’un collègue passionné par les vieilles pierres.  Lui, bien sûr, s’en fout. Fucking Bruges, prononcé avec l’accent de Dublin, devient la running joke du film. L’intrigue est réduite à sa plus simple expression.

Ce qui s’impose, c’est le spleen de Farrell, sorte de Richard Burton moderne, passé en quelques films du statut de héros d’action à celui d’alcoolo dépressif voué à exploiter son potentiel tragi-comique. Le triste sire est suivi de la crème des comédiens britanniques. Gleeson est parfait dans son emploi habituel. Ralph Fiennes, qui n’apparait que dans la dernière demi heure, livre une performance survoltée. Habitué aux rôles iconiques, il se lâche totalement, surjoue, s’emballe, irrite, et s’impose.

Il y a une tradition forte du film de gangster dans le cinéma britannique. Le canevas et les situations sont donc parfaitement maitrisés. Le genre, usé jusqu’à la corde, même dans ses travers les plus excentriques, ne saurait surprendre.

Mais la singularité d’In Bruges, c’est son ton mélancolique, doucement désespéré. Martin McDonagh ne réalise pas une œuvre contemplative et prétentieuse. C’est un polar juste, touchant, insidieux. C’est le culte de la déprime derrière la déconne.

La cité flamande n’est pas étrangère à la réussite du film. La même histoire, racontée dans un coin sombre d’Irlande, n’aurait pas eu le même impact. Il fallait la brume sur les canaux et le vertige du Beffroi pour encadrer la lente mise à mort de Colin Farrell. Bruges est une cité hors du temps, un cadre idéal pour le purgatoire et la crise morale de la gâchette grippée.

Le cinéma, c’est souvent l’histoire d’une rencontre ; c’est parfois celle d’un protagoniste et d’un décor digne des plus grands fantasmes de cinéphile.

Greg Lauert

A savoir : il s’agit du premier long métrage du réalisateur, qui officiait au préalable au théâtre, et était reconnu comme un brillant dramaturge.

BONS BAISERS DE BRUGES de Martin McDonagh // 2008 // 107 minutes // 2.35 : 1 // Avec Colin Farrell, Brendan Gleeson, Ralph Fiennes, Clémence Poésy, Zeljko Ivanek

[dvd :] NUIT DE CHIEN – Werner Schroeter

22 sept

Ed. Montparnasse

Dans Nuit de chien, le dernier film de Werner Shroeter, tout le monde est beau, tout le monde respire la vie, et tout le monde est déjà mort. Au propre ou au figuré. Ossorio (Pascal Greggory, parfait, superlatif), colonel, héros de guerre, ancien médecin et sans doute fin stratège, rentre une nuit dans l’espoir de trouver la femme qu’il aime et lui faire quitter la ville. En effet, Santa Maria est en proie à une crise politique majeure : le gouvernement est en fuite ou se terre, les miliciens font régner la terreur, police et armée ourdissent complots et coups d’états. A l’aube, un bateau doit quitter la ville, et le beau colonel est bien décidé à embarquer. Mais « cette nuit, personne ne dort » : le colonel se perd au jeu des identités multiples, se dissout dans les intrigues, et se voyant proposer le pouvoir répond, presque surpris : « oui, c’est vrai, j’oubliais que j’existais ». Ce chaos est orchestré comme une farce sombre et voluptueuse. Nuit de chien – nuit de retour à la bestialité –  est un film charnel. La déshumanisation y est cruelle mais jamais désespérée, et le mélancolique colonel vit son seul moment de joie avec Elsa Zylberstein, dans une baignoire, sous un masque de loup.

Le sang, s’il finit par couler franchement, y est longtemps un cosmétique comme un autre : on le distingue à peine du rouge à lèvres de la très belle et très malheureuse Amira Casar, aux mains des miliciens. Sur le visage d’un enfant triste, on peine à différencier sang et feutre, peintures de guerre d’un jeu sans joie. Danse macabre, tableaux vivants, la ville de Santa Maria devient le théâtre d’un sadisme lyrique et enivrant : inconstance, trahison, torture y ont la part belle. Dans cette ville imaginaire, les décors et costumes sont délibérément anachroniques, les dictions sont hantées d’une variété d’accents, on se trouve partout et nulle part à la fois. Nuit de Chien est une fable composite et universelle sur le pouvoir. Beau, triste (et long) comme le 20e siècle.

En complément, des scènes coupées, dont une fin alternative qui réjouira les plus sensibles (chute du taux de mortalité). Egalement un entretien avec Werner Schroeter (on peut lui compter les poils de barbe) sur la dimension universelle de Santa Maria, l’utopie, l’espoir. Schroeter a le sens de la formule : quand il dit « idealische stalking » (harcèlement idéaliste) on bat des mains. Et quand il dit « I think positive », on écrase une larme.

Jakuts

Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 7)

23 août

// VINYAN – Fabrice du Welz //

En exclu, la première image de la suite des Choristes.

Certains films restent voués à l’anonymat du fait d’un simple malentendu. Fabrice Du Welz avait impressionné en 2004 avec Calvaire, festival de gueules et survival au ton singulier. Les aficionados attendaient donc à nouveau le cinéaste sur le terrain du film de genre. En pleine promotion, Mad Movies s’engouffre dans la brêche, fait sa couv’ avec une photo hors de propos. Ce sera l’incompréhension. Presse et public se désintéressent du film.

Il semblerait ainsi que le principal reproche fait à Vinyan soit son ambition, que certains n’ont pas hésités à requalifier en prétention. Du Welz a fait le choix de sortir son projet du carcan francophone du film de genre. Ce n’est pas un survival. Ce n’est pas un film de monstre. Ce n’est pas un film de zombies. C’est une oeuvre sans frontières.

Emmanuelle Béart, comédienne “institutionnelle”, y côtoie Rufus Sewell, second rôle anglophone à la solidité éprouvée. D’un postulat fondé sur une catastrophe naturelle, on glisse vers le drame psychologique, pour se fondre enfin dans l’horreur. Les enfants tueurs ne sont pas au coeur du film. Ils sont le terme du voyage, le Colonel Kurtz de ce Vinyan, la catharsis finale. Avant, bien avant, il y a ce couple qui se délite dans la douleur. Du Welz a eu l’intelligence d’user de sa science du genre pour tirer son oeuvre vers le haut, pour lui offrir une portée.

L’horreur n’est pas une fin, c’est un moyen. Mais elle est bien présente, et c’est une des brillantes singularités du film.

Parce que cette histoire de couple qui se déchire autour de l’impossibilité d’un deuil, d’autres l’auraient filmée dans un café parisien. Sautet a la vie dure dans nos contrées. Du Welz opte pour la jungle, pour la quête mystique, pour un jusqu’au boutisme Conradien. Il ne recycle pas son talent. Il porte son sujet, avec l’intégrité et le courage nécessaire.

Vinyan n’est pas un trip, c’est un film narratif, très linéaire, à l’évolution inexorable. Il suppose l’abandon du spectateur. Il faut y perdre ses distances et ses repères, pour cotoyer la douleur des personnages. Alors, il est possible de percevoir à quel point l’oeuvre est unique dans le cinéma moderne.

Greg Lauert

A savoir : La splendide lumière du film est signée Benoit Debie, directeur de la photographie à la renommée grandissante après ses collaborations avec Gaspar Noé et Dario Argento.

Fiche technique : Vinyan de Fabrice Du Welz // 2008 // 96 minutes // 2.35 : 1 // Avec Emmanuel Béart, Rufus Sewell et Julie Dreyfus

[dvd :] NOT QUITE HOLLYWOOD

29 juin

ed. mk2

Mark Hartley est un documentariste Australien épris de cinéma d’exploitation, notamment celui qui a fleuri dans son pays à la fin des années 60 avant d’exploser dans les années 70 et 80 : cet amour et cette connaissance du genre font la force de son Not quite Hollywood (2008). Mais Mark Hartley est apparemment aussi un réalisateur de vidéo-clips adepte du montage survolté et ça, c’est un peu plus compliqué à gérer pour le spectateur avide de tout bien suivre du premier coup… De l’avantage de posséder le dvd afin de pouvoir voir et revoir, s’arrêter et noter…

Car Not quite Hollywood, en racontant l’émergence de l’Ozsploitation à grand renfort d’extraits de films et d’interviews de réalisateurs, producteurs, acteurs, cascadeurs, donne fortement envie (surtout si on a un penchant marqué pour le craspec, le olé-olé, le n’importe quoi sublime, le très maîtrisé méchant) de s’immerger sérieusement dans ce continent cinématographique généralement mal connu.

On retient en vrac : la meilleure recette pour faire du vomi convaincant, les démêlées avec la censure, la présence parfois contestée d’acteurs Américains en têtes d’affiches, Denis Hopper (récemment décédé, c’est bien triste) qui, très assagi, se souvient du tournage de Mad dog Morgan (où il était particulièrement déchaîné), George Lazenby enflammé (ce n’est pas une métaphore) par Brian Trenchard-Smith dans The man from Hong kong et l’unanime très mauvais souvenir laissé par Jimmy Wang Yu lors de ce même tournage, l’enthousiasme habituel de Quentin Tarantino invité à livrer ses souvenirs de spectateur… Et surtout une longue liste de films à découvrir dans un avenir proche !

Dans les suppléments, Brian Trenchard-Smith (les fidèles de l’Etrange Festival ont eu le plaisir de voir son fameux Les traqués de l’an 2000 lors de l’édition 2009) poursuit la discussion entamée avec Quentin Tarantino dans Not quite Hollywood et le cascadeur Grant Page est mis à l’honneur dans un document d’une quinzaine de minutes (en fait principalement un bout à bout de ce qu’on voit déjà dans le film)… Ce qui me fait penser qu’à Cut aussi on peut fournir ce genre de bonus : ici le lien vers le site australien consacré à Not quite Hollywood.

Et pour finir cette succincte chronique, une info « et après ? » : Mark Hartley, depuis, s’est intéressé au cinéma d’exploitation made in Philippines (il y a de la matière, c’est sûr), il met la dernière main au documentaire intitulé Machete Maidens Unleashed ! qu’on ne demande bien évidemment qu’à voir aussi…

Jenny Ulrich

[dvd :] L’AUTRE – Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic

2 nov
L'autre

l'Autre (Ed. MK2)

L’Autre est un film somptueux sur la solitude – solitude qui, de façon paradoxale, se manifeste dans la multiplication. Marie-Anne jalouse la nouvelle compagne de son amant, une femme comme elle à bien des égards. Elle lui prête son propre visage, s’épie dans les reflets. C’est dans le dédoublement fantasmé que sa solitude devient  insoutenable. A voix basse, avec une sorte de tendresse, Marie-Anne parle se parle à elle-même, pensant parler à sa rivale, tandis qu’elle la traque sur internet.

Sous couvert de se livrer à une radiographie de la perte et de la jalousie, le film joue avec les codes du fantastique pour renouveler entièrement le thème du double. Dominique Blanc est parfaite dans ce jeu de faux-semblants, de fissures masquées, de présences fantasmées. Son détachement apparent, la maîtrise parfaite qu’elle conserve de sa voix, la chaleur même qu’elle y met, se retournent contre elle – elle devient progressivement la chose de l’Autre, le masque de l’Autre – l’autre salope, pourrait-elle dire à son miroir dans l’une des scènes les plus marquantes du film. Marie-Anne perd la tête, rarement la face. Sa voix reste charnelle, le reste se délite lentement, s’abstrait, se flétrit : elle est l’ombre d’elle-même, le fantôme de l’autre. Cette hantise contemporaine a pour cadre des espaces communs : immeubles sans charme, résidences modernes, gares de RER, bus de la grande couronne. Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic (ré-)inventent le gothique périphérique.

En prime, un long entretien (27 mn) avec Annie Ernaux, auteur de L’Occupation, roman dont L’Autre s’inspire. Telle une Dominique Blanc moins apprêtée, la romancière se livre à une cinéphilie : Boulevard du Crépuscule la séduit par son titre, L’Année dernière à Marienbad par tout le reste. L’entretien est visuellement un peu austère : on peut s’amuser à décompter les différences physiques entre l’écrivain et le personnage interprété par Dominique Blanc, comme Ernaux elle-même analyse les écarts entre film et roman, les éloignements, les espaces de créativité cinématographique – infidèle au texte, fidèle à l’essence de ce cas inquiétant de possession contemporaine.

Jakuts

Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 2, ép.3)

18 sept

Chute de la maison Usher

La journée commence avec deux épisodes de la série Corman-Poe: La chambre des tortures (1961) et La chute de la maison Usher (1960), que je n’avais pas revu depuis la glorieuse époque de la VHS passée à la moulinette du pan & scan (pour les jeunots nés à l’ère du 16/9, à qui les termes pan & scan ne diraient rien, ce procédé abominable, créé pour la télévision américaine, consistait à raboter les côtés de l’écran d’un film tourné en Cinémascope, histoire qu’il n’y ait pas ces horribles bandes noires en haut et en bas de l’écran de votre télé). Le plaisir de voir la brume, les toiles d’araignée et les zones d’ombre, érigées en cache-misère magnifiques et en formule de mise en scène systématique, s’étaler en format super large fut donc grand. Car c’est quand même bien là le plus grand tour de force de Corman, d’avoir réussi avec zéro budget et des planning de tournage très serrés, à torcher des oeuvrettes visuellement fort plaisantes et qui ne font pas trop pale figure face aux productions de la Hammer, conçues au sein de structures beaucoup mieux rodées et adaptées. Il est assez curieux de revoir La chute… et La chambre…, galop d’essai de la série Poe, à la suite l’un de l’autre, tant ils se ressemblent. Même ouverture, même construction du scénario – signé par le grand Richard Matheson dans les deux cas – même décors et même Vincent Price, cabotin de génie, en tête d’affiche.

Corman fera mieux plus tard avec Le masque de la mort rouge et Le corbeau, petite merveille d’humour et d’invention – ne le ratez sous aucun prétexte ! – mais le plaisir pris devant les déambulations des personnages, dans des couloirs et des souterrains délétères chargés d’histoires sinistres et de secrets bien gardés, reste sans prix.

Je fais l’impasse sur L’horrible cas du docteur X (1963) – qui m’avait laissé un souvenir mitigé – pour aller casser la croûte. The children (2008 – Tom Shankland), le film en compétition du jour, est une nouvelle preuve de la vitalité retrouvée du cinéma d’horreur britannique. On y assiste aux vacances de fin d’année de deux couples, qui vont tourner au cauchemar lorsque leurs enfants – atteint d’un mal mystérieux – vont se transformer en machines à casser de l’adulte. Les ficelles de scénario et de mise en scène sont grosses (mais qui se cache derrière cette porte ?Oh que cette musique stridente est inquiétante !) mais le film, qui a visiblement disposé d’un budget fort modeste, est relativement rythmé et efficace. Les gamins – des petits saligauds qui passent leur temps libre à vomir une bouillie jaunâtre, quand ils n’ont personne à tuer sous la main – sont inquiétants à souhait et les effets gore et horrifique sont plutôt bien dosés.

The children

Au bout du compte, le film s’inscrit dans la lignée des réussites celluloïdées mineures en matière d’enfants meurtriers, type Les tueurs de l’éclipse (1981 – Ed Hunt) ou Demain les mômes (1976 – Jean Pourtalé). Le débat avec Tom Shankland, venu présenter son bébé, se poursuit jusqu’à 22 h 30, ce qui repousse d’autant le début de la séance consacrée à la compétitions de courts-métrages européens. À 22 h 45, le public est encore en train d’attendre devant la salle, l’installation du matériel vidéo servant à projeter une partie de la sélection s’éternisant. Comme le gros malpropre impatient que je suis, je me lasse et fini par fuir lâchement pour aller m’enfiler un godet. Mais Sylvain aura l’occasion de sauver l’honneur de Cut samedi puisque, par bonheur, les courts repassent.

À minuit, le public est là en masse – la salle est comble, je verse une larme sur Baiser macabre de Lamberto Bava, qui l’année dernière à la même heure n’avait rallier qu’une petite poignée de couche-tard – pour la projection du classique de l’horreur canibalesque de Ruggero Deodato, le bien nommé Cannibal holocaust (1980). Après une présentation sympathique du sieur Deodato, le film démarre. Il fait chaud comme dans un four dans la salle 3 du Star et c’est dégoulinant de sueur que l’on se plonge dans l’enfer vert. Un procédé Castleien sournois mis en place par l’équipe du Spectre pour forcer le public à être en phase avec la jungle où évolue les personnages ! Pour un peu, on s’attendrait à voir débarquer un anthropophage dans la salle, coupe-coupe à la main.

Cannibal holocaust

Le film vieilli plutôt bien et propose même une ébauche de réflexion sur l’homme et la civilisation, un rien attendue mais malgré tout fort bienvenue dans une production aussi ouvertement bis. Mais sur cet aspect, Le dernier monde cannibale que Deodato réalisait en 1977, reste quand même plus efficace. C’est une copie française d’époque qui nous est projetée, plutôt belle vue son age vénérable et malgré des débuts et des fins de bobines en charpie. On se réjouit presque qu’une ou deux scènes snuff avec des animaux aient été coupé par la censure giscardienne. Le reste du gore est heureusement intacte et le savoir faire et l’efficacité toute italienne de l’oeuvre nous accompagne jusqu’à 2 heures – le film ayant démarré en retard, on se croirait à l’Étrange Festival.

Je laisse le clavier à Greg, qui nous fera un topo de la programmation d’aujourd’hui.

Mathias Ulrich

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