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[cinéphilie] : Tom Shankland

19 oct

Tom Shankland

Tom Shankland (réalisateur) était en compétition au FEFFS avec The children (sortie le 21 octobre 2009) –et il a obtenu une mention spéciale du jury présidé par Roger Corman. The children commence tranquillement dans une maison de campagne accueillante où, au moment des fêtes de fin d’année, deux couples et leurs enfants se réunissent. Malheureusement ces derniers ne tardent pas à méchamment gâcher l’ambiance. Si vous le souhaitez, vous pouvez écouter l’entretien minuté de The children sur le site des cinémas Star et en attendant, Tom Shankland nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants. (Propos laborieusement traduits de l’anglais).

LES DENTS DE LA MER (Steven Spielberg) :
Formidable film. « On a besoin d’un plus grand bateau »… Un classique. J’adore Robert Shaw, sa tirade sur les requins -fantastique. Richard Dreyfuss brillant. J’adore ce film. Et on ne voit pas le requin, c’est un classique pour créer de grands moments de suspens : ne pas montrer le monstre. Formidable. Dommage qu’il ait suscité ensuite tant de mauvais films, mais Les dents de la mer reste un classique.

LES OISEAUX (Alfred Hitchcock) :
Un de mes films préférés. Pas besoin d’explication : le mystère est bien plus effrayant que dans les films de science-fiction qui expliquent tout au spectateurs. Je pense que c’est un génie. Pas de musique dans la plupart des scènes d’attaque, c’est très malin. Il utilise les sons de manière fantastique. Peut-être que certains des oiseaux auraient pu être plus réussis, mais hé ! : il ne pouvait pas faire plus que le maximum qu’offrait la technologie à cette époque… J’adore, ce film. Il est très bizarre. Et je dois dire que ça a été une des influences de The children.

LE VILLAGE DES DAMNES (John Carpenter) :
J’adore John Carpenter, mais la version britannique (NDLR : de Wolf Rilla) est bien meilleure. Je n’ai pas trouvé les enfants particulièrement effrayants dans le film de John Carpenter, je trouve que ceux de la version britannique sont beaucoup plus étranges. Peut-être qu’il y a quelque chose de réprimé chez les enfants britanniques qui est plus effrayant que lorsque c’est dans un contexte américain, je ne sais pas… Pardon John, j’adore Halloween, c’est magnifique, mais… Oui, là je suis pour l’autre version.

CHILDREN OF THE CORN (Fritz Kiersch) :
Il comporte quelques scènes formidables, mais personnellement je trouve qu’en général les enfants sont beaucoup plus effrayants quand ils ne parlent pas. Je trouve les films comme La malédiction (NDLR : de Richard Donner) plus effrayants… En fait, il y a une exception c’est Les innocents (NDLR : de Jack Clayton), un très bon film britannique où les enfants sont excellents… Je pense que ça pose problème quand on donne a des enfants beaucoup de dialogues « adultes » à dire, du coup ils ne me font pas peur quand ils se mettent à débiter leurs trucs religieux, en plus je ne suis pas religieux donc ça ne m’excite vraiment pas plus que ça.

SAFE (Todd Haynes) :
Ah ! J’adore ce film ! C’est intéressant parce que c’est un des films que j’ai regardé avec le directeur de la photographie pour The children. J’adore le montage étrange de ce film. C’est un peu un truc à la Antonioni, le personnage quitte l’espace, mais le plan continue… Les décisions prises me donnent toujours l’impression qu’il se passe autre chose, là, dont je n’ai pas réellement conscience… J’adore ce film.

Propos recueillis par Jenny Ulrich.

[cinéphilie :] Catherine Breillat

5 oct

Catherine Breillat

Catherine Breillat (réalisatrice) était en compétition au FEFFS (voir les différents articles FEFFS 2009) avec son adaptation du conte Barbe-Bleue et elle s’est déplacée à cette occasion. Barbe-Bleue ne sortira pas en salle, mais il sera possible de la voir sur Arte ce mardi 6 octobre à 22h45. Si vous le souhaitez, vous pouvez également en écouter l’entretien minuté sur le site des cinémas Star et en attendant, Catherine Breillat, entre deux éclats de rires, nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants.

PEAU D’ANE (Jacques Demy) :
À l’époque, je crois que je n’ai pas beaucoup apprécié. Mais je ne peux pas dire si j’ai tort ou pas. Je trouvais ça trop direct, trop La Peau d’Ane. Il me semble que les contes ont toujours un sens plus subtile que la chose absolument directe. Mais bon, il paraît quand même que c’est un très bon film, alors je me suis peut-être trompée.

MACBETH (Orson Welles) :
J’en rêvais. Ainsi que je rêvais d’ailleurs de Bresson, Lancelot du Lac, avec Humbert Balsan… Et pour la première fois (NDLR : en revoyant ce Macbeth), quand j’étais à l’hôpital (NDLR : suite à son grave accident cérébral en 2004), j’ai à peine bougé à cause de ça. À cause des sorcières et à cause de la promenade des chevaliers dans les bois : j’ai à peine bougé, un tout petit peu, le pouce. Et le lendemain, j’ai dit au professeur Bousser, « ah, j’ai un peu bougé le pouce ». Elle me demande de lui montrer, je me suis dit, elle va penser que je mens, j’essaye un mouvement infinitésimal, et elle a tout de suite dit « faite-lui un scanner, celui-là sera bon, elle remarchera ! ». Je voulais voir Crash (David Cronenberg) aussi, parce que je me disais : la seule élégance que je peux avoir maintenant, c’est le look Crash.

LE FESTIN NU (David Cronenberg) :
C’est magnifique. De toute façon, j’adore Cronenberg, avec ses inspirations moitié méchantes, moitié froides, cliniques et en même temps fiévreuses. Et puis ce sens de la violence… La magnificence de la violence. J’adore Cronenberg !

LES AMOURS D’ASTREE ET CELADON (Eric Rohmer) :
Ah je l’ai beaucoup aimé. Mais alors pour faire comprendre aux Américains –parce qu’il était au festival de Venise- que c’est magnifique… Je pense que c’est très très très français. Comme une chanson de geste du Moyen Age. Et puis c’est vrai que au début, on est surpris, on ne voit qu’un pré avec peu de choses, on a l’impression que ce n’est pas réellement cadré, un peu théâtral et puis on se laisse embarquer dans quelque chose de nébuleux, de frais… Là aussi, comme un conte. Et plus rien n’est naïf, c’est simplement la beauté pure. J’adore.

À MA SŒUR ! (Catherine Breillat) :
J’ai toujours regretté de ne pas lui avoir gardé son titre original qui était Fat girl. Malheureusement, on a fait un sondage Ipsos très cher : ils se sont intégralement trompés. Les gens ne voulaient pas de Fat girl, c’est pourtant le meilleur titre pour ce film. D’ailleurs c’est sous ce titre-là qu’il est quand même le plus connu (NDLR : dans les autres pays, sur le continent Américain notamment).

SHREK (Andrew Adamson, Vicky Jenson) :
À part qu’il est vert. Ce qui est quand même très joli. Les choses pour enfants, soi-disant aussi pour les parents, avec de l’humour, etc. : je pense que les enfants sont plus intelligents que ça. Que si on les gave de ça… Oui, bien sûr que c’est pas mal, mais il y en a trop. On pourrait quand même leur faire voir des choses qui sont tout autant pour eux, mais… Je pense qu’on les méprise un peu, les enfants…

LA BELLE ET LA BETE (Jean Cocteau) :
Ah ça, c’est une merveille. Ça, moi qui veux faire une trilogie de contes, s’il y en a un que j’aimerais faire et que je ne ferai jamais… On ne refait pas un chef-d’œuvre. C’est tellement beau. La belle et la bête, c’est Cocteau, ça ne peut être personne d’autre. Avec cette naïveté aussi : j’adore le cinéma où les effets spéciaux sont naïfs. Ce ne sont pas les effets spéciaux de maintenant : ils font encore plus d’effet parce qu’il y a l’effet poétique. L’effet spécial artisanal est beaucoup plus beau.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

[Cinéphilie] : Ruggero Deodato

30 sept

ruggero deodato

Réalisateur de plusieurs classiques du cinéma bis italien (voir aussi son interview), ancien assistant de Rosselini, Margheriti et Corbucci, Ruggero Deodato était à Strasbourg il y a peu dans le cadre de la seconde édition du FFEFS. Il nous donne ses impressions et souvenirs des films (et surtout de leurs metteurs en scène) suivants.

ROME, VILLE OUVERTE (Roberto Rosselini)

Quand je revois Rome, ville ouverte maintenant, je pense: « Moi, je suis l’élève de Roberto Rosselini ! » C’est un film très fort, je l’aime beaucoup. Quand je pense aux conditions dans lesquelles il l’a tourné: avec rien. Avec des morceaux de pellicules récupérées à droite et à gauche. Mais quel résultat ! Cannibal holocaust aussi a été fait avec très très peu d’argent, alors je sais ce que ça représente de tourner avec rien. J’aime énormément ce film.

PULSION CANNIBALE (Antonio Margheriti)

Non… J’ai travaillé avec Margheriti, mais… (silence) Je n’aime pas le cinéma de Margheriti. C’était un grand technicien, mais il voulait seulement montrer son savoir faire technique. Pas les acteurs. Les acteurs sont toujours abandonnés dans ses films. Il n’avait pas vraiment de style. C’était un grand monsieur, je l’aimais beaucoup comme personne, il était très gentil. Son plus beau film c’est sûrement Danse macabre. C’est le premier film que je faisais avec lui. Il est bien techniquement, mais il y a autre chose. Sur ses autres films, il ne se concentrait que sur la caméra. C’est pas professionnel de travailler comme ça. Je ne sais pas. Je l’aimais lui, mais je n’aime pas son cinéma.

DJANGO (Sergio Corbucci)

Sergio, oui. Sergio, c’était un sacré metteur en scène. De lui, j’ai gardé la cruauté et le sens du montage. Ses films sont très efficaces, c’était un grand réalisateur, très sympathique, très extraverti. Complètement différent de Margheriti. Margheriti, c’était un homme un peu éteint. J’ai fait sept films avec lui. Il était très drôle aussi, il a fait de bons films comiques. Il me manque, je l’aimais beaucoup et j’ai beaucoup appris avec lui.

CANNIBAL FEROX (Umberto Lenzi)

Non, parce que Lenzi a utilisé beaucoup de scènes de mon film (Cannibal holocaust, NDR. J’étais très fâché contre lui. On se reparle depuis. C’est pas un mauvais metteur en scène mais ses films manquent d’animalité. Ils ne sont pas épidermiques.

L’AU-DELA (Lucio Fulci)

Lucio Fulci, je l’aimais beaucoup. Ce n’était pas un ami intime mais c’était un metteur en scène à la Spielberg. Il pouvait aborder n’importe quel genre. Passer de la comédie au film de zombies de manière complètement naturelle. Si tu le connaissais de manière personnelle, il était plutôt malheureux mais c’était un homme de goût, élégant et un très grand scénariste. C’était vraiment un homme bien. Il n’a pas eu de chance dans sa vie. Il a été très malheureux, sa femme s’est suicidée… Il a eu toutes sortes de malheurs. Mais c’était un grand personnage, je l’aimais beaucoup.

Propos recueillis et retranscrits par Mathias Ulrich

Interview Ruggero Deodato

23 sept

Connu comme le “Monsieur Cannibale” du cinéma italien pour avoir réalisé Cannibal holocaust, Ruggero Deodato tourne des films depuis la fin des années 60 et a abordé tous les genres possibles et imaginables. Présent à Strasbourg, où il faisait parti du jury de la deuxième édition du FFEFS, il a accepté de se repencher sur sa carrière pour Cut.

Après plusieurs années d’assistanat, vous avez fait vos débuts officiels de metteur en scène avec Fenomenal et le trésor de Toutânkhamon en 1968. Comment avez vous été amené à le réaliser et pourquoi avoir débuté sur ce film-là ?

(rires) Je voulais arrêter de travailler comme assistant et on m’a proposé de passer à la réalisation. J’avais peur parce qu’il y avait beaucoup de bons réalisateurs à l’époque. Donc, un producteur m’a demandé si je voulais faire Fenomenal. C’était un film commercial que je ne devais pas signer de mon nom (Roger Rockfeller étant le patronyme qui figure au générique, NDR). J’ai dit ok parce que cela me permettait d’aller à Paris et Tunis. Et c’était l’occasion d’avoir une première expérience de réalisateur, ce dont j’avais très envie. C’était une opportunité.

Silvia Dionisio dans Una ondata di piacere

Silvia Dionisio dans Una ondata di piacere

Parmi vos premiers films, j’aime beaucoup Una ondata di piacere (1975).

Le film est venu plus tard. J’ai tourné beaucoup de comédies avant puis je me suis marié avec une actrice (Silvia Dionisio, NDR) qui a rapidement été très demandée. J’en ai eu assez de faire des films parce que quand mon agent m’appelait, ce n’était pas seulement pour moi, mais aussi pour avoir ma femme. Finalement je suis parti à Milan pour faire des publicités. Puis deux ans après, on m’a proposé Una ondata di piacere. Le film devait se tourner en Sicile. C’était un thriller avec des éléments érotiques. J’avais envie d’accepter, mais ma femme m’a dit « Non, tu ne peux pas le faire, ou alors avec moi. » (rires) Elle s’est arrangée pour pouvoir le tourner, malgré son statut de star. Elle m’a dit: « Ça ne fait rien, je le fais pour un petit cachet parce que sinon, tu ne peux pas le réaliser ! » (rires) Sur le moment, j’ai détesté ce film parce qu’il y avait ma femme pour la première fois nue à l’écran, mais quand je le revois maintenant, je me dis qu’il est pas mal dans son atmosphère érotique et criminelle.

C’est difficile de tourner sur un bateau ?

Terrible ! Le capitaine, comme le bateau, étaient anglais. Tous les jours, on partait avec le soleil, de Palerme – on tournait à Cefalu – et le capitaine disait: « On va avoir une tempête dans dix minutes ! ». C’était jamais vrai, il faisait un grand soleil ! (rires) Mais le film a été très dur à faire.

Vous vous souvenez un peu des acteurs, John Steiner et Al Cliver ?

J’ai tourné beaucoup d’autres films avec John Steiner par la suite. Avec Al Cliver non, parce que…

Il avait un beau visage mais c’était pas un grand acteur. Je l’ai revu il y a deux mois à une convention en Allemagne, il n’a plus de voix (Al Cliver est atteint d’un cancer de la gorge, NDR). (rires) C’est triste.

Le grand John Steiner, Una ondata di piacere

Le grand John Steiner, Una ondata di piacere

Live like a cop, die like a man, que vous avez fait juste après, m’a laissé assez perplexe. Le film est très divertissant, mais on y voit quand même des policiers tirer sans sommation sur des malfrats avant même que ceux-ci n’entrent dans la banque qu’ils ont prévu d’attaquer !

C’est une espèce de western (rires). Avec des chasseurs de primes. J’aime beaucoup ce film parce qu’il a eu un grand succès et que grâce à ce succès, ma vraie carrière a commencée. Un producteur m’a appelé pour faire Le dernier monde cannibale. Tarantino m’a dit qu’il trouvait la poursuite en moto fantastique. Elle a été tournée en pleine ville. C’était possible à l’époque, mais ça ne le serait plus aujourd’hui. Je l’aime beaucoup aussi parce que c’est mon premier film qui a été fait avec le style Deodato. En mettant une musique douce sur une scène cruelle, par exemple. Pour moi, c’est mon vrai début de carrière. (Lire la suite…)

[cinéphilie] : FEFFS saison 2

21 sept

Tarik Saleh et Christopher Smith, réalisateurs en compétition pour l’Octopus d’or au second FEFFS avec leurs films Metropia et Triangle –voir comptes-rendus journaliers- ont accepté de se prêter au jeu de la cinéphile. Ils réagissent l’un et l’autre aux films suivants. (Propos traduits de l’anglais).
Pour info-agenda : d’autres cinéphilies Feffsiennes suivront au moment où les films seront à nouveau d’actualité (Barbe-Bleue et The children) et il y a également un petit stock d’interviews minutées FEFFS en ligne sur le site des cinémas Star.

Tariq Saleh venu présenter son film Metropia

Tarik Saleh venu présenter son film Metropia

EUROPA (Lars Von Trier) :
Magnifique film. Lorsque je l’ai découvert, je ne savais pas qui était Lars Von Trier, je l’ai vu quand la VHS est sortie, et je me souviens m’être dit que c’était le genre de film que j’aimerais faire si je devais faire des films –à cette époque j’étais grapheur. Je l’ai revu avant de faire le montage sonore de Metropia, je ne l’avais pas vu depuis une quinzaine d’années, et en fait je l’ai encore davantage aimé en le revoyant, ça a évolué, c’est devenu encore meilleur.

PINK FLOYD THE WALL (Alan Parker) :
Ah. Oh mon dieu, vous mettez le doigt sur mon film préféré, c’est une de mes plus grandes expériences cinématographiques. Là encore, je l’ai découvert à cet âge sensible -16, 17 ans- et j’ai été estomaqué : ça a changé ma conception de ce qu’un film pouvait être. Bien sûr, à cette époque, je pensais que le film avait une signification très profonde, ça me parlait de moi. Aujourd’hui, quand je le regarde, je continue à l’adorer, je pense toujours que c’est un film hypnotique, mais sa signification semble très évidente. Je crois que ce film convient mieux aux adolescents qu’à quelqu’un de mon âge.

VERTIGO (Alfred Hitchcock) :
(rires). Ça fait aussi partie de mes films préférés, je ne compte plus le nombre de fois que je l’ai vu. Vertigo, c’est évident, est ouvertement une des références de Metropia. Ce qui fonctionne si bien dans Vertigo, c’est cette sorte de logique des rêves que j’adore. La plupart du temps, si vous racontez un rêve, c’est très inintéressant pour la personne qui vous écoute parce que si je vous dis par exemple qu’hier, j’ai rêvé que tout le monde pouvait voler, votre réaction ce sera de dire, oui et alors ? Mais si je vous dis que j’ai rêvé de VOUS hier… Vous comprenez, ça devient tout de suite un peu plus intéressant, parce que quoi que je m’apprête à dire, ça racontera quelque chose sur ce que je pense de vous. Quand vous êtes dans un rêve très réaliste, ça vous parle, tout semble faire sens, mais en même temps, tout est étrange. Dans Vertigo, il a réussi à créer une logique de rêves, parce que le personnage principal interprété par James Stewart semble si intelligent, si équilibré, qu’à un moment du film on commence à craindre qu’il soit fou, tout en sentant que ce n’est pas le cas. C’est un sentiment très effrayant, me semble-t-il. Je crois que c’est un des meilleurs films au monde. Il y a deux autres choses que j’aime aussi dans Vertigo. La première est que ça n’a pas été un succès commercial immédiat, ce qui indique qu’on ne peut pas juger un film par le box-office. L’autre chose, c’est qu’Hitchcock a raconté que l’idée de Vertigo lui est venue lors d’un festival, a San Francisco, il était sur un pont et il s’est dit que ça pourrait être bien qu’une femme tombe dans l’eau, là… Pour moi, c’est comme ça que l’inspiration marche, ça peut être déclenché par une simple image. Bref, oui, ce film est l’un de ceux que j’aime le plus.

THE NACKED LUNCH (David Cronenberg) :
C’est un très beau film, je l’ai aussi vu à cette période où les films me faisaient un effet énorme. Mais j’ai la phobie des insectes alors ça m’a un peu perturbé. J’adore aussi les livres de Burroughs. Mais ce n’est pas mon film préféré.

IRREVERSIBLE (Gaspar Noé) :
C’est un film très puissant. Ce qui est intéressant c’est que c’est un film difficile que beaucoup de mes amis qui ne regardent normalement pas des films d’horreur, ou étranges, difficiles, ils ont vu celui-là, ils en parlaient, etc. Mais ce n’est pas un film agréable et l’une des choses qui me font aller au cinéma c’est d’apprécier être dans l’univers du film. Ceci dit je suis très impatient de voir son nouveau film, Enter the void, j’en attends beaucoup.

Christopher Smith, venu présenter son film Triangle

Christopher Smith, venu présenter son film Triangle

SHINING (Stanley Kubrick) :
Stanley Kubrick est un génie. Steven Spielberg a dit de lui qu’il était non seulement le meilleur réalisateur ayant jamais existé, mais qu’il le restera à l’avenir et je pense que c’est vrai. Je pense que Shining est l’exemple type de ce qu’on peut faire sans utiliser l’obscurité : provoquer la peur dans des couloirs bien éclairés. J’ai toujours des problèmes avec la fin de Shining, mais c’est une énorme source d’inspiration. On peut s’en rendre compte dans Triangle, par exemple la maison où elle (Melissa George, l’héroïne de Triangle) vit, au début, est mise en parallèle avec le navire, sa chambre à coucher est la même que la cabine qui porte le numéro 237, c’est-à-dire le même numéro que celui de la chambre des enfants dans Shining. Et puis il y a les couloirs. Oui, c’est une énorme influence. Et puis c’est un film où on se soucie des personnages, on est dans un drame familial. J’aimerais rappeler une séquence du film, celle où Jack passe son entretien d’embauche : ça dure quelque chose comme 7 minutes ! C’est juste Jack qui parle. Même si on écrivait ça aujourd’hui, qu’on le filmait pareil, que la performance d’acteur soit de la même qualité, ce serait impossible d’imposer une scène aussi longue aux dirigeants des studios, ils trouveraient ça trop ennuyeux. Alors que ce qui se passe dans cette scène, c’est que Kubrick nous fait un peu décrocher, mais l’idée c’est que cette sorte de mise en sommeil vous reste à l’esprit et ensuite il rééquilibre.

PIRATES DES CARAIBES (Gore Verbinski) :
Ce que je pense de ce film ? Je l’ai trouvé ennuyeux. Mes nièces et neveux l’adorent. Je n’ai pas d’affinités avec ce film, c’est sensé être amusant, je m’y suis ennuyé, c’était trop long. Pourquoi faire des films si longs ? Pourquoi les films d’horreur sont si courts et ce genre de films si longs, alors qu’une demie heure de moins les améliorerait ? Mais bon film –essayons de rester corporatif ! (rires). Non, je ne l’ai pas aimé.

L’AVENTURE DU POSEÏDON
(Ronald Neame) :
Je l’adore, je l’ai vu un million de fois. J’adore les films qui se passent sur des bateaux, j’aime les films qui ont un décor unique, où toute l’action est concentrée. Je pense que le succès de Creep vient en grande partie du lieu, le fait d’être coincé dans les souterrains du métro –ou dans un vaisseau spatial, ou sur un navire, ou dans une cave- ça vous enferme. Ça dépolitise l’endroit, c’est particulièrement vrai pour les films anglais, enfin c’est le cas partout, mais quand je regarde un film anglais je ne peux pas faire abstraction de l’aspect politique, social, alors qu’avec un espace où la vie réelle ne peut pas interférer, comme un bateau, ça aide. Ça permet de vous enfermer, comme dans l’hôtel Overlook de Shining : un endroit qui peut être réel ou bien dans la tête de Jack. Et c’est la même chose avec le bateau dans Triangle. C’est à la fois vrai et dans sa tête. Il ne s’agit pas d’un film où le personnage est juste fou.

UN JOUR SANS FIN (Harold Ramis) :
En Amérique, pour vendre mon film, on pourrait dire que c’est une version horrifique de Un jour sans fin. J’avais conscience de ça. Un jour sans fin est un de ces rares films vraiment intelligents qu’on voit en sachant que ça va devenir un classique, les gamins le verront encore dans vingt ans. En même temps, je dis ça, mais un de mes amis qui est prof me dit que les gamins d’aujourd’hui considèrent les films des années 80-90 comme des antiquités. Les premiers films de Tarantino sont maintenant de vieilleries ! Mais j’adore Un jour sans fin, oui. Dans Triangle, j’ai eu à gérer le même genre de choses, et j’ai choisi la même solution : offrir une conclusion satisfaisante du point de vue émotionnel, mais pas d’explications.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 2, ep.6)

21 sept
dead snow

Dead Snow

Contrairement à l’héroïque Sylvain et les autres CUTiens, je n’ai pas pu bouffer tous les films du dimanche. J’entends d’ici des soupirs d’exaspération mais je peux me défendre en disant simplement qu’être bénévole à un festival c’est dormir peu (je n’ose donc imaginer les nuits des organisateurs) et ne pas pouvoir zieuter tous les films. Oui, on se protège comme on peut, mais ceci dit, rien ne vous empêchera de m’envoyer des noms d’excréments dans les dents…

14h : séance de rattrapage du film Dead Snow de Tommy Wirkola (réalisateur de Kill Buljo). Pour être direct et clair, ce n’est pas parce qu’il y a des zombies nazis qu’il y a une dimension politique. Et comme l’avait souligné Sylvain, le film collectionne les clichés de la comédie horrifique sans jamais toucher l’originalité. Les personnages sont creux et on désir uniquement les voir dézinguer du zomblard ou se faire bouffer la face par Günter. Néanmoins, Tommy Wirkola se sent tellement obligé de livrer des gags crados à tout va et des morts bien débiles qu’il parvient à faire rire (pas toujours de bon cœur). En fait, le film tient debout uniquement grâce à l’allure de ses prédateurs. Gentiment marrant, si on s’attend à un petit délire ; très vain, si on s’attend à autre chose.

La séance terminée, mon ambition à vouloir devenir un bénévole parfois utile m’a forcé à donner un coup de main au fameux CAEU (où à lieue l’exposition « Alien »). Coup de main terminé, il était un peu plus de 16h30 et là je me suis dit que mon avenir à Cut risquait d’être compromis pour la raison suivante : j’ai raté l’unique séance de Nuits Rouges de Georges Franju. J’ai voulu jouer au bénévole sympa, je suis devenu un CUTien déplorable.

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Pour tenter d’oublier en attendant la flagellation, j’ai donc jeté un œil sur les maquillages de la petite équipe du cool guy David Scherer qui prend toujours un grand plaisir à défigurer les fans dans une ambiance très décontractée.

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De l’autre côté de la salle, le superbe dessinateur italien Vincenzo Cucca (qui a fait l’objet d’une jolie exposition durant le festival) faisait ses généreuses dédicaces dans le livret étant consacré à ses dessins d’”Alien” entièrement créé pour le festival.

Dans le même lieu, entre l’actrice Stéphanie Kern Siebering et une amie à elle, se poursuit une discussion intéressante autour de Cannibal Holocaust et Le Projet Blair Witch. Deodato aurait souligné que ce dernier ait été vendu à tort comme étant le premier film tourné « par » ses acteurs. J’ai détesté Cannibal Holocaust et ai adoré Le Projet Blair Witch, il ne m’est donc pas difficile de soutenir ce dernier comme étant le premier film tourné intégralement par ses acteurs (jusqu’à preuve du contraire). La discussion tourna ensuite autour de la polémique concernant les meurtres d’animaux dans Cannibal Holocaust. Le film de Deodato a maltraité des animaux, Le Projet Blair Witch a manipulé des humains (sachant que les trois acteurs du film n’étaient pas vraiment mis au courant des différents événements qui auront eu lieu sur le tournage), même si le sort final est totalement différent, une forme de sadisme reste tout de même bien distincte dans les deux œuvres. J’ai donc commencé à me demander ce qui me choquait le plus…

Julie Corman tentant de calmer Daniel Cohen.

Julie Corman tentant de calmer Daniel Cohen.

18h : la cérémonie de clôture s’anime par un Daniel Cohen qui semble en forme et surtout un peu soulagé. Les remerciements fusent avec les applaudissements. Arrive ensuite la remise des prix tant attendue. Nous commençons avec le prix du jury jeune qui offre son palmarès au court-métrage intéressant mais un peu moyen The Knot de Kjersti Steinsbø. Se suit la remise du prix du public (toujours catégorie courts-métrages) délivrée par Julie Corman qui offrira à l’allemand Full Employment de Thomas Oberlies & Matthias Vogel une récompense carrément méritée qui se verra enrichie d’une nomination au Melies d’or.

Vu l'expression intriguée (et intriguante) de Daniel Cohen, Ruggero Deodato ne devait pas dire ce qu'il fallait.

Vu l'expression intriguée (et intriguante) de Daniel Cohen, Ruggero Deodato ne devait pas dire ce qu'il fallait.

Arrive ensuite Ruggero Deodato, toujours de bonne humeur, pour offrir le prix du public dans la catégorie longs métrages : Dead Snow en sort vainqueur. Pas forcément réjouissant pour ma part, mais pas déplaisant pour le bon vieux Deodato étant donné que c’est l’actrice Evy Kasseth Røsten qui vient récupérer le prix et une bise.

Consuelo, Roger Corman et Daniel Cohen.

Consuelo, Roger Corman et Daniel Cohen.

Pour la remise du prix du jury et le fabuleux Octopus d’or, le génialissime et très cool Roger Corman arrive sur scène pour dévoilée les grands vainqueurs : le sympathique The Children de Tom Shankland (pour le prix du jury) et Moon de Duncan Jones (pour l’Octopus d’or) qui manque à ma culture. Avant de partir, Roger Corman tenait à remercier les organisateurs du festival et à préciser que ce dernier ce distinguait des autres pour son accueil chaleureux et ses nombreuses autres qualités. Daniel Cohen devait en trembler du gland…

Trice 'r Treat

Trick 'r Treat

Le jury volatilisé, les lumières tamisées, commence le film de clôture Trick ‘r Treat de Michael Dougherty, film à sketchs rappelant Creepshow et se déroulant durant la nuit d’Halloween dans une petite ville de l’Ohio. Trick ‘r Treat est un spectacle horrifique old school qui fait très plaisir grâce à sa volonté d’aborder plusieurs légendes d’Halloween sans jamais se prendre au sérieux, sans jamais tomber dans le ridicule et en déjouant certains clichés. Le film de Dougherty a simplement l’ambition d’être généreux envers son public pour lui faire passer un bon moment, ce qu’il parvient sans trop de mal. Une très bonne surprise pour conclure la seconde édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg qui semble sérieusement décoller…

Rock Brenner

Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 2, ép.5)

20 sept

judex2 ….. Danielle Mitterrand et Loana dans Judex

Comme tout vrai journaliste professionnel grassement payé qui se respecte, je me faisais un devoir d’assister sans faute à l’ensemble des projections du samedi. C’est donc animé par cet esprit conquérant que je me dirige vers le Star St-Exupéry ce matin-là, pour la projection des courts métrages « made in France ». Mais ce n’est que pour me retrouver au beau milieu d’un attroupement à l’entrée du cinéma. Les mines défaites de mes camarades et de Daniel Cohen n’annoncent rien de bon. La projection « est annulée », car du matériel a été dérobé, et avec lui, les fichiers de sous-titres des films à venir, m’explique-t-on. Si ce n’est pas très grave – assez, en tout cas, pour compromettre la première séance -, l’affaire est surtout très mystérieuse. La rumeur veut que l’appareil ait été subtilisé dans une cabine de projection fermée de l’intérieur. On se croirait dans un film de la compétition. Eh oui, à force de projeter des films d’horreur peuplés d’enfants tueurs, il ne faut pas s’étonner si le diable en personne s’invite à la fête. A moins qu’une fois de plus, on ne mette tout sur le dos du projectionniste fou, dont on nous assurera par la suite qu’il « a agi seul ». La déception est immense. Moi qui me faisais un plaisir de découvrir enfin les débuts au cinéma de notre ami Jean-François Taboni dans Paris by Night of the Living Dead, mais surtout de revoir le chef-d’œuvre de Stéphane Derdérian, Plus loin encore, j’en serai quitte pour revenir le lendemain, ou peut-être jamais. C’est sûr, il y a plus grave en ce bas monde. Greg Lauert, lui, a cramé une RTT pour se taper le Breillat.

Comme Mathias a déjà si brillamment chroniqué les courts européens dans l’épisode 3, je fais l’impasse sur la séance de 14h pour retrouver Edith Scob et Jacques Champreux, venus présenter Judex dans le cadre de l’hommage à Georges Franju. Madame Scob parle un peu du film, mais surtout des Yeux sans visage, qui doit être présenté le lendemain. Selon elle, il s’agit du film de Franju le plus influent sur le cinéma contemporain. En effet, de Joe d’Amato à George Romero, les échos aux Yeux sans visages sont légions. Judex n’a évidemment pas les mêmes ambitions. Au départ, il s’agit simplement d’une histoire d’aventures à la Fantômas. Un vague prétexte social sert d’alibi à une intrigue qui bascule assez rapidement dans la course poursuite. Le bellâtre Channing Pollock campe en outre un bien pâle justicier masqué. Mais les qualités du film sont ailleurs. Grâce à de riches décors et à une partition particulièrement inspirée de Maurice Jarre (on est loin des niaiseries du Docteur Jivago), Franju parvient à créer et à entretenir une atmosphère de mystère ponctuée de scènes somptueuses : le bal masqué, les expéditions nocturnes, les acrobaties sur les toits des immeubles haussmanniens. Le réalisateur trouve également l’équilibre parfait entre l’horreur (deux scènes très sèches de défenestration) et l’humour (le personnage de Cocantin, interprété par Jacques Jouanneau, probable grand-père caché de Dany Boon et François Bayrou). Devant une telle maîtrise, on ne peut que regretter la physionomie du cinéma français contemporain. Et ce n’est pas en adaptant des romans de Jean-Christophe Grangé ou en donnant des premiers rôles à Frédéric Diefenthal que ça va s’arranger.

Melissa George n'a pas bien révisé sa géométrie

Triangle : Melissa George n'a pas bien révisé sa géométrie

Triangle, le premier film en compétition de la soirée, suscitait de grandes espérances. Christopher Smith, réalisateur de l’amusant Severance, voulait son troisième film plus ambitieux. Mais Triangle est une déception. Le projet, soi disant très personnel, fait plutôt figure de patchwork mal agencé d’idées prises ailleurs, et pas toujours auprès des meilleurs. L’orage magnétique ? Vu dans Nimitz, retour vers l’enfer. Le paquebot désert sorti de nulle part ? Vu dans Virus. La bande de jeunes irresponsables sur un yacht ? Vu dans Open Water 2. Quelle référence ! Mais après tout, l’impression de déjà vu n’est-elle pas l’idée centrale du film ? On pense beaucoup à Timecrimes, de Nacho Vigalondo, projeté l’an dernier à l’Etrange Festival. Mais le réalisateur espagnol choisissait un principe de boucle temporelle et s’y tenait, ce qui lui permettait de livrer un film stimulant intellectuellement et intelligible de bout en bout. Christopher Smith, lui, hésite entre plusieurs principes, ce qui lui permet évidemment de raconter n’importe quoi sans se soucier de la moindre continuité. En refusant de se mouiller, il ne fait que mener ses spectateurs en bateau… et le film fait naufrage. N’est pas David Lynch qui veut.

Le Norvégien Tommy Wirkola n’a pas ces åmbitions. Dead Snow se veut pur ðivertissement. L’objectif semble être atteint si l’on en croit l’ambiance dans la salle samedi soir. Le film a même de bonnes chances de remþorter le prix du public même si, à l’instar des zømbies nazis qui le peuplent, on reste un peu sur sa fåim. Multipliant les clichés inhérents au genre pendant toute la première partie, Tommy Wirkola parvient tout de même à s’en dégager dès que ses zombies apparaissent au grand jour. La successiøn classique de scènes d’åttente, de poursuite et d’horreur qui s’ensuit se laisse même regarder sans déplaisir. Mais les quelques trouvailles ð’humour et l’ensemble techniquement à la hauteur ne þeuvent nous empêcher de penser qu’un genre – le film de zombies fun, génialement relancé dans Shaun of the Dead – est a bout de souffle.

La Norvège, ses riantes vallées, ses habitants chaleureux...

Dead Snow : Pour Günter et ses amis, la guerre n'est jamais finie

C’est d’ailleurs dans cet état que j’arrive à 0h15 au Star pour La Course à la mort de l’an 2000. Heureusement, les organisateurs ont gentiment attendu la fin de Dead Snow pour lancer le film et, surtout, arracher Roger Corman à sa chambre d’hôtel. Le président du jury est là, enfin, et il a beaucoup à dire sur la genèse du film. Le remake, diffusé en clôture du FEFFS l’an passé, surclasse-t-il l’original ? Pas vraiment. Les deux films reposent sur cet arrière-plan néo-fasciste et sur la même succession de cascades mortelles. La Course à la mort de l’an 2000 a vieilli, c’est une certitude. Les décors peints de cité futuriste nous font bien rire aujourd’hui. Visuellement moins rapide et moins efficace que son successeur, il n’en reste pas moins infiniment plus cru et plus agressif.

Demain, c’est Rock.

Sylvain Mazars

Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 2, ép.4)

19 sept

feffs2009 004

Cette nuit, à très exactement 1 heure et 17 minutes, je me sens comme Vincent Price seul dans son bureau au commencement d’un film de Roger Corman. J’ai été bouté hors de la salle 1 du Star. Il faut croire que les séances de minuit connaissent un succès phénoménal cette année au FEFFS. Alien fait salle comble et j’ai donc une occasion prématurée de vous narrer dans le détail ma journée de cinéphile assidu.

Avant Price, il y eut Bronson. Mitraillette Kelly représente une des rares incursions de Roger Corman dans le film de gangsters. Si le manque de moyens apparait bien au détour d’un braquage hors champ, ou à l’écoute de cette musique déplorable, sorte de caricature des Roaring Twenties, il faut reconnaitre au film une belle qualité d’écriture et un ton singulier.
Bronson, dans un de ses premiers rôles, apparait comme une figure atypique du gangstérisme, comme un bad guy dominé par sa femme, obsédé par les signes de mort, violent mais pas suicidaire. Le personnage se révèle être à l’opposé du Dillinger de Michael Mann. Tout romantisme est ici banni. Bronson/Kelly est une brute à la solde d’une femme volage, et aucunement un Robin des bois à Stetson.

Après Bronson vient donc …. Price (bravo à ceux qui suivent). La chute de la maison Usher est le premier opus du cycle Poe entrepris par Roger Corman dans les années 60. Disons le tout net, Edgar Alan doit danser la polka entre ses quatre planches à chaque projection. Son œuvre est un argument, un postulat de base. L’auteur phare du fantastique XIXème étant de toute évidence inadaptable, Corman et son cinoche de Drive In ne lui rendent aucunement justice.
Richard Matheson peut bien étirer les nouvelles en tous sens, on oublie très vite Poe pour se concentrer sur l’esthétique gothique, les grimaces de Price, et le modèle économique Corman. Le vieux singe instaure le Fordisme au cinéma. On tourne en moins d’une semaine, avec quatre comédiens, et autant de planches en guise de décor. Maintenir l’attention avec si peu de moyens est un véritable tour de force.

Dans ces conditions, Le Corbeau demeure probablement le film le plus agréable du cycle. Guère terrifiant, mais ouvertement drôle, ce long métrage tourné en 1963 est une sorte de vaudeville fantastique, où Vincent Price, Peter Lorre, et Boris Karloff se disputent les décolletés et s’ensorcèlent à tout bout de champ.
Nicholson y apparait également, mais vu qu’il ne fait pas encore d’accent circonflexe avec ses sourcils, on peine à le reconnaitre.

Les aficionados de Corman pourront se jeter sur le DVD de The Terror, tourné la même semaine, dans le même château, sur la même plage, avec le même Nicholson et le même Karloff.

Mais un festival, c’est avant tout une compétition. Alors, après un détour par le Libanais (je parle de bouffe là, n’allez pas croire qu’on vous programme du cinéma oriental dans un festival européen), je passe au présent, en l’occurrence à Barbe Bleue, de Catherine Breillat.

Il fallait bien un impair dans la programmation admirable de notre ami Daniel Cohen. Breillat débarque là, avec son téléfilm d’1h20, ses minauderies, ses robes de soie, ses comédiens affectés, et ses faux raccords assumés (mais pas justifiés). Le malaise est palpable. La salle rit quand on voit 4 fois de suite le même plan.
Mme Breillat pourra trouver une justification philosophique à la séquence, je peine à me laisser berner. Ca ressemble méchamment à de la fainéantise. La photo est hideuse, le récit est d’une mollesse exemplaire, la musique est en option, et on ne croit pas un instant au cadre médiéval. Etant d’une nature malveillante, je me permets de rappeler à ceux qui l’auraient manqué que le film sera diffusé sur ARTE le 6 octobre prochain.

C’est donc un coup dans l’eau, bien vite effacé par la projection de l’admirable Moon. Ce film de SF, premier long métrage de Duncan Jones, accessoirement fils de David Bowie, s’avère tout à fait digne d’une élogieuse réputation acquise au fil des festivals. Le trop rare Sam Rockwell est omniprésent. Son personnage est prisonnier d’une base lunaire, et se trouve confronté à son clone. Et au clone de son clone. Et…
En guise de reproche principal, je dirais que le film se vend trop tôt. Quand la problématique est posée, après une heure de projection, le sujet est quelque peu éventé. L’œuvre devient moins surprenante, mais demeure très agréable.

Je me dis toujours que la cinéphilie ne consiste pas uniquement à voir les films, mais aussi à en parler. C’est ce que nous faisions donc, entre Cutiens, sur un trottoir bondé, quand je réalisais mon retard pour la séance de minuit d’Alien. Le film n’avait pas encore commencé, mais tous les sièges étaient occupés.

Je n’aurais donc pas été au bout de cette folle journée de festival. Qu’importe. Dans l’espace, personne ne vous entend crier, mais il y a des chats planqués dans les coins et une bestiole perverse qui reluque Sigourney en petite culotte.

Vous voyez, je n’ai rien manqué. Et je compte sur Sylvain pour en faire de même dès demain.

Greg Lauert

Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 2, ép.3)

18 sept

Chute de la maison Usher

La journée commence avec deux épisodes de la série Corman-Poe: La chambre des tortures (1961) et La chute de la maison Usher (1960), que je n’avais pas revu depuis la glorieuse époque de la VHS passée à la moulinette du pan & scan (pour les jeunots nés à l’ère du 16/9, à qui les termes pan & scan ne diraient rien, ce procédé abominable, créé pour la télévision américaine, consistait à raboter les côtés de l’écran d’un film tourné en Cinémascope, histoire qu’il n’y ait pas ces horribles bandes noires en haut et en bas de l’écran de votre télé). Le plaisir de voir la brume, les toiles d’araignée et les zones d’ombre, érigées en cache-misère magnifiques et en formule de mise en scène systématique, s’étaler en format super large fut donc grand. Car c’est quand même bien là le plus grand tour de force de Corman, d’avoir réussi avec zéro budget et des planning de tournage très serrés, à torcher des oeuvrettes visuellement fort plaisantes et qui ne font pas trop pale figure face aux productions de la Hammer, conçues au sein de structures beaucoup mieux rodées et adaptées. Il est assez curieux de revoir La chute… et La chambre…, galop d’essai de la série Poe, à la suite l’un de l’autre, tant ils se ressemblent. Même ouverture, même construction du scénario – signé par le grand Richard Matheson dans les deux cas – même décors et même Vincent Price, cabotin de génie, en tête d’affiche.

Corman fera mieux plus tard avec Le masque de la mort rouge et Le corbeau, petite merveille d’humour et d’invention – ne le ratez sous aucun prétexte ! – mais le plaisir pris devant les déambulations des personnages, dans des couloirs et des souterrains délétères chargés d’histoires sinistres et de secrets bien gardés, reste sans prix.

Je fais l’impasse sur L’horrible cas du docteur X (1963) – qui m’avait laissé un souvenir mitigé – pour aller casser la croûte. The children (2008 – Tom Shankland), le film en compétition du jour, est une nouvelle preuve de la vitalité retrouvée du cinéma d’horreur britannique. On y assiste aux vacances de fin d’année de deux couples, qui vont tourner au cauchemar lorsque leurs enfants – atteint d’un mal mystérieux – vont se transformer en machines à casser de l’adulte. Les ficelles de scénario et de mise en scène sont grosses (mais qui se cache derrière cette porte ?Oh que cette musique stridente est inquiétante !) mais le film, qui a visiblement disposé d’un budget fort modeste, est relativement rythmé et efficace. Les gamins – des petits saligauds qui passent leur temps libre à vomir une bouillie jaunâtre, quand ils n’ont personne à tuer sous la main – sont inquiétants à souhait et les effets gore et horrifique sont plutôt bien dosés.

The children

Au bout du compte, le film s’inscrit dans la lignée des réussites celluloïdées mineures en matière d’enfants meurtriers, type Les tueurs de l’éclipse (1981 – Ed Hunt) ou Demain les mômes (1976 – Jean Pourtalé). Le débat avec Tom Shankland, venu présenter son bébé, se poursuit jusqu’à 22 h 30, ce qui repousse d’autant le début de la séance consacrée à la compétitions de courts-métrages européens. À 22 h 45, le public est encore en train d’attendre devant la salle, l’installation du matériel vidéo servant à projeter une partie de la sélection s’éternisant. Comme le gros malpropre impatient que je suis, je me lasse et fini par fuir lâchement pour aller m’enfiler un godet. Mais Sylvain aura l’occasion de sauver l’honneur de Cut samedi puisque, par bonheur, les courts repassent.

À minuit, le public est là en masse – la salle est comble, je verse une larme sur Baiser macabre de Lamberto Bava, qui l’année dernière à la même heure n’avait rallier qu’une petite poignée de couche-tard – pour la projection du classique de l’horreur canibalesque de Ruggero Deodato, le bien nommé Cannibal holocaust (1980). Après une présentation sympathique du sieur Deodato, le film démarre. Il fait chaud comme dans un four dans la salle 3 du Star et c’est dégoulinant de sueur que l’on se plonge dans l’enfer vert. Un procédé Castleien sournois mis en place par l’équipe du Spectre pour forcer le public à être en phase avec la jungle où évolue les personnages ! Pour un peu, on s’attendrait à voir débarquer un anthropophage dans la salle, coupe-coupe à la main.

Cannibal holocaust

Le film vieilli plutôt bien et propose même une ébauche de réflexion sur l’homme et la civilisation, un rien attendue mais malgré tout fort bienvenue dans une production aussi ouvertement bis. Mais sur cet aspect, Le dernier monde cannibale que Deodato réalisait en 1977, reste quand même plus efficace. C’est une copie française d’époque qui nous est projetée, plutôt belle vue son age vénérable et malgré des débuts et des fins de bobines en charpie. On se réjouit presque qu’une ou deux scènes snuff avec des animaux aient été coupé par la censure giscardienne. Le reste du gore est heureusement intacte et le savoir faire et l’efficacité toute italienne de l’oeuvre nous accompagne jusqu’à 2 heures – le film ayant démarré en retard, on se croirait à l’Étrange Festival.

Je laisse le clavier à Greg, qui nous fera un topo de la programmation d’aujourd’hui.

Mathias Ulrich

Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 2, ép.2)

17 sept

SDC10622 ….. Marcel Ramirez, déguisé en festivalier

Mercredi, 16 septembre 2009, 9h35 : Culpabilisant à outrance d’avoir manqué la cérémonie d’ouverture de ce deuxième FEFFS, et dans un souci de professionnalisme, je décide de me rendre à TOUTES les séances de la journée.
9h37 : Je me rends compte qu’à moins de posséder le don d’ubiquité, ce sera impossible, plusieurs séances débutant en même temps dans la soirée. Argh…

11h10 : Même si j’ai vu de nombreux épisodes de Star Trek, je ne maîtrise pas non plus la téléportation, c’est donc tout naturellement que j’arrive au cinéma Star bien en retard.
Coup de chance, le film vient à peine de débuter. C’est La chambre des tortures, projeté  dans le cadre de la rétrospective Roger Corman (le Président du jury, dois-je le rappeler). La copie n’est pas exceptionnelle, mais ce n’est pas grave, c’est comme écouter un vieux vinyle…
Et quel plaisir de retrouver le légendaire Vincent Price, très théâtral certes, mais inquiétant à souhait. Il est fantastique dans le rôle de Don Medina, tout retourné après la mort de sa femme (Barbara Steele), dans des conditions mystérieuses.
Dans cette adaptation de Poe, située au XVe siècle en Espagne, Corman profite à merveille des joies du Technicolor, particulièrement dans les superbes scènes de flashback teintées de rouge, de bleu ou de vert. De nombreux retournements de situation et beaucoup de suspense, pour ce classique, que Tim Burton, grand fan de Vincent Price, a largement pillé (revoyez Sleepy Hollow…).

12h57 : Même si je viens tout juste d’apprendre la mort de Filip des 2be3, dans un souci de déontologie et de professionnalisme là-encore, je continue de déambuler à travers les couloirs obscurs des cinémas Star, tel Vincent Price dans son château en Espagne.

14h00 : Incroyable, je suis à l’heure pour un deuxième film de la rétro Roger Corman : Machine-Gun Kelly. Bonne copie, pour cette histoire de gangsters foireux. On notera surtout la présence, dans le rôle principal, de Charles Bronson jeune (quoique même jeune, il semble déjà d’âge mûr…).

16h00 : Encore à l’heure, pour cette fois, une séance spéciale : Les yeux sans visage de Georges Franju. Comme sur le programme il est écrit : « en présence de l’équipe du film », un spectateur demande a un autre : « Y aura le réalisateur alors ?! ». Non mon vieux, il ne sera pas présent, car comme nous le rappellera, en présentation du film, la bénévole de l’association des Films du Spectre (association à qui l’on doit ce festival), le pauvre Georges Franju est mort en 1987.
Un film magnifique, à l’ambiance parfois glauque, qui montre qu’en France aussi, on peut faire du fantastique. Avis aux âmes sensibles : les scènes de chirurgie n’ont rien à envier à celles de Nip/Tuck. Un regret tout de même : l’absence d’Edith Scob (la fille sans visage), qui sera sûrement présente à la projection de 20h d’aujourd’hui (jeudi).

17h47 : Petit tour à l’exposition d’affiches – splendides – rue Hannong (au CAUE), où je décide d’interviewer un spectateur (choisi au hasard), qui se prénomme Willy.
J’en oublie bêtement de passer dans la pièce adjacente pour zyeuter l’expo de dessins d’Alien, d’autant que je risque de manquer la séance suivante.

SDC10604 SDC10606

18h02 : Ouf, tout juste dans les temps pour La petite boutique des horreurs, toujours dans la rétro Roger Corman. Cette comédie culte et loufoque en diable, qui a fait l’objet d’une comédie musicale, et d’un remake avec Rick Moranis en 1987, a tout de même pris un petit coup de vieux (la copie, elle, par contre, est bonne, comme le souligne Willy, qui s’y connait).
Moi, qui en acceptant de faire ce compte-rendu, pensait réaliser un gros coup, et traquer les scoops du genre  du split d’oasis à Rock En Seine ; je dus me contenter du split de la pellicule à la 23e minute du film… Ce n’est pas grave, je milite depuis longtemps pour le retour des entractes au cinéma (avec vente de popcorn Baff et tout…), cette petite pause ne m’a donc pas contrarié.

20h15 : Le temps que tout le monde entre dans la grande salle du Star Saint-Exupéry, Daniel Cohen peut commencer sa présentation du premier film en compétition : Metropia, en présence de son réalisateur, Tarik Saleh.
Bien que Willy trouve ça « moche », on ne peut nier que ce film d’animation suédois bénéficie d’une esthétique assez impressionnante. Et même si les visages des personnages ressemblent à ceux de la série Les Têtes à Claques diffusée sur Canal +, on peut parler de prouesse technique.
Quel dommage cependant que le scénario ne soit pas à la hauteur de cette prouesse, dans ce film d’anticipation poussif, aux idées intéressantes, mais déjà rabâchées cent fois…

22h25 : Je reprends un café pour être sûr de ne pas m’endormir lors de l’ultime séance de la journée. Il s’agit de Bathory production internationale du tchèque Juraj Jakubisko, en compétition également.
Longue (138 minutes) fresque médiévale sur fond de sorcellerie, Bathory est plutôt réussi, et l’actrice principale, Anna Friel, est magnifique (elle est également bonne actrice, c’est vrai). Malgré la présence de Franco Nero, dont il se réjouissait, Willy s’échappe à la moitié du film, et me fait promettre de lui raconter la fin du film.
Je ne vous la dis pas, mais je vous donne juste une info teasante sur ce bon film : des moines y font du roller dans la neige (« True Story ! »).

Je passe le relais à Mathias, qui, lui non plus, j’en suis sûr, ne vous spoilera pas la fin du film…

Marcel Ramirez

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