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SITA SINGS THE BLUES – Nina Paley

12 sept

Un film animé en flash, marrant, touffu, des accents indiens improbables qui racontent  des bouts de Râmâyana, des extraits de blues qui tache, de l’auto-biographie … Bienvenue dans l’univers de Nina Paley.

Le film était passé en salle à Strasbourg, au Star of course, et sans être complètement convaincu (les graphismes en flash sont parfois superbes, parfois … moins) j’avais beaucoup aimé l’esprit bordélique, les légendes indiennes racontées avec l’accent local, l’humour, le contrepoint auto-biographique … bref plein de choses. J’admire aussi le fait qu’elle ait fait son film seule, avec un budget très chiche (15 000 $, je crois).

Je découvre aujourd’hui qu’elle a mis son film en libre téléchargement sur son site. Ceci pour diverses raisons, dont notamment que l’alternative aurait été de laisser son film mourir sur l’étagère d’un quelconque producteur frileux (c’est la crise pour tout le monde, et pour le cinéma indépendant aussi). Un téléchargement  libre, mais avec des contraintes, c’est-à-dire dans le cadre d’une licence Creative Commons (distribution libre – pas de modifications – pas d’usage commercial), et l’interdiction de boucler l’œuvre par des protections DRM (Digital Rights Management, mises en avant par certaines grandes compagnies de musique et cinéma). Il s’agit pour elle d’une prise de position militante qu’elle défend et explique. Je place quelques liens en fin d’article (en anglais) pour qui souhaite approfondir ce sujet.

Pour ceux qui s’inquiètent légitimement de savoir comment elle pense être rétribuée, disons en simplifiant que l’œuvre est libre, mais son support est payant. Les DVD, les t-shirts, les livres etc. sont des ressources finies, contrairement à l’œuvre numérique, fluide, incontrôlable. Mais je vous invite à la lire, en anglais seulement pour l’instant, je n’ai pas trouvé de traduction française.

En attendant, downloadez et enjoy !

(-_-)_♥

> Le site officiel de Sita sings the Blues
> Le site officiel de Sita sings the Blues (page de téléchargement)
> Dialogue sur le blog de Nina Paley entre Paley et Cory Doctorow autour de la notion de licences non-commerciales
> Sita sings the Blues sur Wikipédia [fr]

LES TROIS BRIGANDS – Hayo Freitag

17 déc

LES TROIS BRIGANDS -  Hayo Freitag

Les trois brigands est le quatrième long métrage animé du réalisateur Hayo Freitag. C’est aussi son premier a être diffusé ailleurs qu’en Allemagne il me semble. À moins que les aventures de l’ours Werner, ou bien celles du Käpt’n Blaubär aient échappé à mon radar.

L’autre créateur du film c’est le vieux Tomi Ungerer, 75 ans et super star internationale de l’illustration, confirmée à Strasbourg – sa ville natale – depuis l’ouverture récente de son musée ! C’est de son fameux livre pour enfant éponyme, publié pour la première fois en 1961, qu’est tiré le film. Sa participation à cette adaptation n’est vraisemblablement pas pour rien dans sa réussite éclatante.

D’entrée de jeu le réalisateur joue la carte d’une certaine mise à distance par la métaphore théâtrale. À la place du plus convenu "Il était une fois…", quelques échanges à la dérobée et les fameux trois coups annoncent le début du récit, narré par la voix off, roulante comme le tonnerre lointain, de Tomi en personne. Cette distanciation a le mérite de rester discrète et de se faire par des clins d’œil dans le décor qui ponctuent d’humour le récit en arrière-plan pendant ses moments de calme, sans en altérer l’efficacité cinématographique.

Je n’ai pas trop de souvenirs concernant la bande-son à part les chansons, au rythme entrainant et aux paroles géniales ! Le juron, autre partie importante du film, est lui aussi drôlement imaginatif; Filou, Rapiat et Tiffany ne me contrediront pas si je dis que le bordibordabouze de Grigou vaut son pesant de barbe ! Ah si ! Une mention pour le clin d’œil à la séquence de jazz des Aristochats (du moins c’est comme ça que j’ai voulu voir la séquence musicale où ils jouent tous d’un instrument improbable).

L’animation, de technique traditionnelle, est de très bonne qualité, bien que les couleurs soient un peu criardes.

La mise en scène est étonnement inventive et riche de détails. Dialogues, voix off, image, chansons se complètent intelligemment pour donner du volume à une narration intrépide. Les enfants autant que les adultes y trouveront matière à se régaler. Les petits auront même le plaisir d’avoir peur, et pas tant des brigands que de… mais chut, ne dévoilons pas trop l’intrigue.

LES TROIS BRIGANDS - Hayo Freitag LES TROIS BRIGANDS - Hayo Freitag

À comparer la couve du bouquin à gauche et l’affiche du film à droite.

AMER BÉTON (Tekkon Kinkreet) – Michael Arias

11 mai

Dix copies en France. Les distributeurs ne débordent pas d’amour pour l’art!

"Amer béton" déchire sa race. Festival visuel, musique (Plaid, généralement pas trop ma tasse de thé mais là …) superbe, et une histoire à tomber. Pour moi un des plus beaux films du monde. On reste sur le cul devant cette audace artistique qui réussit tout ce qu’elle tente (c’était mon cas : je suis resté assis pendant tout le film malgré une vraie envie de pisser vers la fin). Des ellipses bien maîtrisées qui poétisent le récit d’interstices où l’imaginaire peut mettre la gomme; des séquences d’action sympa, des méchants très méchants, d’autres en demi-teintes, une mise en scène constamment inventive par le placement de sa caméra, la qualité foisonnante des décors et des personnages.

C’est Michael Arias et le Studio 4°C qui ont réalisé cet anime. Pas de crainte, Arias n’est pas japonais mais il a dû tomber dans la marmite quand il était petit car il n’a pas du tout "Disneyisé" le film. On prend dans notre gueule la crème de la bulle de ce qu’il y a de meilleur dans la culture anime 100% nippone. Ce sont déjà eux (sous la direction de Koji Morimoto) qui avaient signé "Beyond", mon Animatrix préféré (et de très loin). Le coefficient LSD est au taquet sur l’échelle de Montesquieu: j’avais parfois la sensation que mes neurones frôlaient la disjonction sous le choc des mégadoses de beauté visuelle, narrative, poétique. Je n’avais pas ressenti ce carpet bombing esthétique depuis "Princesse Mononoke" et "Le voyage de Chihiro". C’est dire si "Amer béton" joue dans la cour des géants qui touchent les nuages …

*

PS. En me relisant aprés quelques jours je m’aperçois que j’ai été très enthousiaste. C’est un de mes défauts, faudra bien que je m’y habitue un de ces quatre. Ceci étant dit, "Amer béton" est génial.

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