La collection Actualité critique des éditions Capricci, spécialisée en cinéma, ne pouvait pas manquer d’évoquer le débat sur la Hadopi, qui empoisonne le monde culturel et dont semble devoir dépendre, entre autres, la physionomie du cadre juridique et idéologique dans lequel nous continuerons à produire et à voir des films dans l’avenir. C’est chose faite avec ce numéro 4, dont le titre indique déjà nettement la position de son auteur, un certain Juan Branco.
Autour de… La Stratégie du choc – Michael Winterbottom, Mat Whitecross
30 sept

«La Stratégie du choc», de Michael Winterbottom et Mat Whitecross - Editions Montparnasse, sortie DVD le 7 septembre
« Seule la concentration des richesses permet de créer de nouvelles richesses ». Ce crédo du capitalisme, Fernandel l’avait bien compris en 1959 dans Ali Baba et les Quarante Voleurs. Nanti du trésor des bandits, Ali Baba donne un immense banquet dont même les plus pauvres profitent. Puis, dans un élan de générosité, il distribue le trésor. Chacun rentre chez soi avec sa part : un sou en poche… et toujours pauvre. L’égalité triomphe, mais la fête est finie. Comment un film de pur divertissement a-t-il été capable de contenir, même sous une forme triviale, un tel enseignement ? A l’inverse, dans La Stratégie du choc, comment Naomi Klein peut-elle aujourd’hui atteindre un tel degré d’incompréhension du monde qui l’entoure, après « quatre années » d’un travail journalistique acharné et « rigoureux » (selon le dossier de presse) ?
Journaliste canadienne, militante altermondialiste bien connue, Naomi Klein ne semble paradoxalement pas avoir d’animosité envers l’idée capitaliste elle-même. Elle ne dit rien, par exemple, contre le capitalisme industriel, et concentre toutes ses attaques contre le capitalisme financier qui commença à le supplanter après 1945, à la faveur de la mondialisation. En 2000, dans No Logo, elle dénonçait déjà l’invasion de l’espace public par les marques. Croyant découvrir le phénomène, elle remettait alors en cause la relégation de la production au profit du marketing dans l’économie mondialisée. En 2007, elle publiait La Stratégie du choc, la montée d’un capitalisme du désastre, adapté au cinéma deux ans plus tard par Michael Winterbottom et Mat Whitecross. Dans la lignée de documentaires comme We Feed the World ou J’ai très mal au travail, les Editions Montparnasse étoffent ainsi leur collection Engagée en éditant aujourd’hui le film en DVD. Son postulat fondamental est assez simple : les politiques capitalistes sont tellement nocives et impopulaires que les gouvernements qui veulent les appliquer sont obligés de recourir à des « chocs », psychologiques ou physiques, destinés à forcer l’opinion à s’y soumettre. Fort de cette conviction, le film, comme le livre, se propose donc de revisiter un à un les grands moments de l’histoire depuis la prise de pouvoir par Pinochet au Chili en 1973 jusqu’à l’élection de Barack Obama, qui eut lieu pendant le montage. Tout au long du film, les images d’archives puisées çà et là par Winterbottom alternent avec des séquences de Naomi Klein en conférence. En ligne de mire : l’économiste Milton Friedman, l’un des pères de ce qu’on a coutume d’appeler le néolibéralisme.
Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 3, ép.5)
19 septWaarschuwing. Vertrouw niet op de Romeinse Sublon. Het is een vreemdeling die kwam naar de Aarde om de invasie van zijn medemensen op zoek naar een nieuwe planeet voor te bereiden op hun dode wereld te vervangen. Oups ! Je disais que j’avais passé l’après-midi à rattraper les films de la compétition projetés depuis mercredi, en commençant par Zwart Water, un film néerlandais. C’est l’histoire classique de la famille qui emménage dans le vieux manoir hanté hérité de la grand-mère, et où le passé va ressurgir sous l’apparence d’un fantôme, en l’occurrence, celui d’une jeune fille. Le réalisateur, Elbert van Strien, sert pour l’occasion tous les clichés propres au genre. Il refait le coup de la porte qui grince, celui de l’eau du robinet noire et gluante, comme dans Dark Water (d’où le titre, Zwart Water, qui veut bien entendu dire Schwartzes Wasser).
Tout ce qu’on peut dire, c’est que le film, malgré son application scrupuleuse à reproduire ce que font les maîtres, tourne un peu en rond, à l’image de ses personnages – dans l’escalier, dans la cave, dans la chambre. L’ensemble parvient d’autant moins à convaincre que le scénario change de focale en plein milieu de l’intrigue, quittant le point de vue subjectif de la fillette pour adopter celui de son père. Il reste cependant la qualité de l’interprétation. La jeune actrice est très convaincante dans un rôle plutôt sinistre. Et même le père, malgré l’erreur de casting manifeste (une espèce de surfeur blondinet dont chaque apparition est un choc pour le regard), se montre à la hauteur. Pas terrible, donc, mais il paraît que c’est un premier film.
[dvd :] 12 – Nikita Mikhalkov
12 septEn 2010, Nikita Mikhalkov était à Cannes pour défendre Soleil trompeur 2. Au mois de février, près de trois ans après la Russie, sortait en France 12, son adaptation du classique Douze Hommes en colère de Sidney Lumet (1957), d’après la pièce de Reginald Rose. Le cinéaste n’avait plus rien tourné depuis Le Barbier de Sibérie en 1998. Dans sa version, Mikhalkov reprend l’intrigue – douze jurés sont enfermés pour statuer sur la culpabilité d’un jeune homme accusé de parricide -, tout en la transposant dans la Russie contemporaine. Hispanique dans la version de Lumet, l’accusé devient un jeune Tchétchène dans 12, et son père adoptif, un officier russe.
Sans se dérouler dans la salle d’audience comme Autopsie d’un meurtre, d’Otto Preminger (1959), Douze Hommes en colère s’inscrit dans une longue tradition de films de prétoire, profondément ancrés dans la culture américaine où les institutions sont reines. Qu’ils glorifient les vertus de leurs institutions judiciaires ou au contraire qu’ils en dénoncent les failles, ces films finissent d’ailleurs tous, consciemment ou non, par leur rendre hommage. Douze Hommes en colère s’intéresse ainsi de près à l’établissement des faits, et s’interroge sur la manière dont les préjugés des uns et des autres, positifs ou négatifs, peuvent interférer avec l’administration de la preuve. Ici, les doutes d’un seul finissent par épargner la chaise électrique à un innocent. Là, c’est la plaidoirie pleine d’éloquence d’un avocat qui pourra emporter l’adhésion du jury. Dans chaque cas, le spectre de l’erreur judiciaire est écarté grâce à toutes sortes de rebondissements qui ne doivent bien souvent pas grand-chose à la vérité elle-même. Le Bûcher des vanités, de Brian de Palma (1990), est à cet égard exemplaire. Victime d’accusations mensongères, le personnage de Tom Hanks ne s’en sort que grâce à un autre mensonge. On retrouve une telle mise en évidence des faiblesses du système chez Mikhalkov. Chaque juré vient avec ses motivations propres – l’un d’eux veut aller vite parce qu’il a un rendez-vous d’affaires, donc il se rangera à l’opinion de la majorité quelle qu’elle soit – ou avec son histoire propre – un autre juré a déjà été agressé par des Tchétchènes -: autant d’éléments à charge ou à décharge sans rapport avec la vérité.
Retour sur AVATAR – James Cameron
30 décAttention, ce texte dévoile des éléments de l’intrigue (en fait, absolument tout du début à la fin)
Nirvāna visuel, śūnyatā scénaristique
Il y aura sans doute un avant et un après Avatar. Une fois de plus, James Cameron fait subir un saut quantique décisif aux effets spéciaux et, à travers eux, à la manière de faire du cinéma. Mais Avatar n’est pas seulement un gadget technologique à 500 millions de dollars, même si cet aspect là n’est pas négligeable. Le film est spectaculaire tout en restant parfaitement lisible, se payant même le luxe d’éviter d’être trop démonstratif dans ses effets 3D. Il n’est même plus possible de distinguer la prise de vue réelle, l’effet numérique et l’animation. Mais James Cameron est aussi un véritable artiste. Si le spectateur s’extasie, c’est donc moins devant le tour de force technique que devant son résultat à l’écran. Cameron a su mettre ses nouveaux jouets au service d’un univers d’une grande richesse visuelle où chaque plan est une œuvre d’art. Cette richesse est elle-même le résultat d’une formidable fécondité conceptuelle. Cameron et son équipe ont créé un monde, inventé une faune et une flore somptueuses – jungle luxuriante, lucioles, fleurs colorées, animaux étranges et merveilleux. Ils ont aussi développé une culture et sa langue, et inventé un écosystème très différent du nôtre, où tous les êtres sont reliés entre eux, non par l’équilibre fragile d’une chaîne alimentaire, mais par une connexion physique. Enfin, ils ont imaginé ce à quoi ressemblerait l’équipement du futur : une panoplie impressionnante de véhicules et de vaisseaux, des écrans mous, des hologrammes, sans oublier les exosquelettes qui semblent obséder James Cameron depuis son premier court métrage. Le clou du spectacle, c’est cette idée de transfert de la conscience dans un autre corps, cet avatar qui donne son nom au film. De tout cela, il résulte une sensation d’étrangeté absolue et de dépaysement total, qui obligent le spectateur à garder les yeux grands ouverts pendant les 2h45 que dure le film, de peur de manquer un détail.
James Cameron est venu sur le plateau d’Avatar avec les mêmes qualités qui ont marqué ses précédents films. Mais aussi avec les mêmes faiblesses. Avatar n’est pas son premier conte écologiste. La dernière demi-heure d’Abyss explorait déjà cette veine, et ce n’était certainement pas la partie la plus réussie du film. Tout se passe comme si, consacrant tout son temps à l’aspect visuel de sa nouvelle œuvre, il avait, par facilité, décidé d’asseoir son scénario sur le sujet le plus fédérateur possible : une manière simple d’emporter l’adhésion du public contemporain, déjà bien imbibé de messages écolos. Non pas que les messages écolos soient idiots par essence. Mais on est loin de Soleil vert. A la richesse visuelle et conceptuelle d’Avatar répond en effet une grande pauvreté thématique et scénaristique, qui a de quoi surprendre de la part d’un cinéaste complet qui ne se distingue pas seulement par ses innovations technologiques, mais aussi par sa capacité à tenir en haleine, mener une intrigue et diriger des acteurs.
Or dans Avatar, on est en permanence dans la caricature et le stéréotype. L’arrière plan culturel reste ainsi largement sous-exploité par une intrigue trop pauvre. Une intrigue complexe aurait-elle sollicité l’attention du spectateur au point de le détourner du spectacle somptueux qui se déroulait sous ses yeux ? La question est pertinente. A la fin des années 20, certains studios se méfiaient de l’émergence du cinéma parlant pour cette même raison. Mais cela n’explique pas les graves faiblesses de scénario, indignes du réalisateur de Terminator. Ainsi, pour faire évoluer le personnage de Michelle Rodriguez et illustrer son changement de camp, le film nous la montre désertant le champ de bataille. Plus tard, c’est elle qui vient délivrer nos héros aux arrêts. Or le spectateur s’attend plutôt à la voir en leur compagnie en raison de son comportement au combat. James Cameron, qui fait tout pour rendre crédibles ses images, néglige inexplicablement de faire le même effort pour ses personnages et leurs motivations. A cet instant, même un spectateur peu exigeant a des chances de sortir du film. Pour faire avancer l’histoire, Le cinéaste se contente de ce genre de grosses ficelles, mais aussi de dialogues insipides, jusqu’alors totalement inédits dans son œuvre et qu’on croyait réservés aux nanars ou aux films pour enfants. Dans cet ordre d’idée, la bataille finale aux forces inégales fait immanquablement penser à la guerre des Ewoks contre les troupes de l’empire dans Le Retour du Jedi.




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