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[agitation :] Réponses à Hadopi – Juan Branco

6 août

Tu volerais un entretien avec Jean-Luc Godard?

La collection Actualité critique des éditions Capricci, spécialisée en cinéma, ne pouvait pas manquer d’évoquer le débat sur la Hadopi, qui empoisonne le monde culturel et dont semble devoir dépendre, entre autres, la physionomie du cadre juridique et idéologique dans lequel nous continuerons à produire et à voir des films dans l’avenir. C’est chose faite avec ce numéro 4, dont le titre indique déjà nettement la position de son auteur, un certain Juan Branco.

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Autour de… La Stratégie du choc – Michael Winterbottom, Mat Whitecross

30 sept

 

«La Stratégie du choc», de Michael Winterbottom et Mat Whitecross - Editions Montparnasse, sortie DVD le 7 septembre

 

« Seule la concentration des richesses permet de créer de nouvelles richesses ». Ce crédo du capitalisme, Fernandel l’avait bien compris en 1959 dans Ali Baba et les Quarante Voleurs. Nanti du trésor des bandits, Ali Baba donne un immense banquet dont même les plus pauvres profitent. Puis, dans un élan de générosité, il distribue le trésor. Chacun rentre chez soi avec sa part : un sou en poche… et toujours pauvre. L’égalité triomphe, mais la fête est finie. Comment un film de pur divertissement a-t-il été capable de contenir, même sous une forme triviale, un tel enseignement ? A l’inverse, dans La Stratégie du choc, comment Naomi Klein peut-elle aujourd’hui atteindre un tel degré d’incompréhension du monde qui l’entoure, après « quatre années » d’un travail journalistique acharné et « rigoureux » (selon le dossier de presse) ?

Journaliste canadienne, militante altermondialiste bien connue, Naomi Klein ne semble paradoxalement pas avoir d’animosité envers l’idée capitaliste elle-même. Elle ne dit rien, par exemple, contre le capitalisme industriel, et concentre toutes ses attaques contre le capitalisme financier qui commença à le supplanter après 1945, à la faveur de la mondialisation. En 2000, dans No Logo, elle dénonçait déjà l’invasion de l’espace public par les marques. Croyant découvrir le phénomène, elle remettait alors en cause la relégation de la production au profit du marketing dans l’économie mondialisée. En 2007, elle publiait La Stratégie du choc, la montée d’un capitalisme du désastre, adapté au cinéma deux ans plus tard par Michael Winterbottom et Mat Whitecross. Dans la lignée de documentaires comme We Feed the World ou J’ai très mal au travail, les Editions Montparnasse étoffent ainsi leur collection Engagée en éditant aujourd’hui le film en DVD. Son postulat fondamental est assez simple : les politiques capitalistes sont tellement nocives et impopulaires que les gouvernements qui veulent les appliquer sont obligés de recourir à des « chocs », psychologiques ou physiques, destinés à forcer l’opinion à s’y soumettre. Fort de cette conviction, le film, comme le livre, se propose donc de revisiter un à un les grands moments de l’histoire depuis la prise de pouvoir par Pinochet au Chili en 1973 jusqu’à l’élection de Barack Obama, qui eut lieu pendant le montage. Tout au long du film, les images d’archives puisées çà et là par Winterbottom alternent avec des séquences de Naomi Klein en conférence. En ligne de mire : l’économiste Milton Friedman, l’un des pères de ce qu’on a coutume d’appeler le néolibéralisme.

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Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 3, ép.5)

19 sept

Jennifer Lopez ne sait pas encore qu'elle va jouer dans «Plus jamais»

Waarschuwing. Vertrouw niet op de Romeinse Sublon. Het is een vreemdeling die kwam naar de Aarde om de invasie van zijn medemensen op zoek naar een nieuwe planeet voor te bereiden op hun dode wereld te vervangen. Oups ! Je disais que j’avais passé l’après-midi à rattraper les films de la compétition projetés depuis mercredi, en commençant par Zwart Water, un film néerlandais. C’est l’histoire classique de la famille qui emménage dans le vieux manoir hanté hérité de la grand-mère, et où le passé va ressurgir sous l’apparence d’un fantôme, en l’occurrence, celui d’une jeune fille. Le réalisateur, Elbert van Strien, sert pour l’occasion tous les clichés propres au genre. Il refait le coup de la porte qui grince, celui de l’eau du robinet noire et gluante, comme dans Dark Water (d’où le titre, Zwart Water, qui veut bien entendu dire Schwartzes Wasser).

Tout ce qu’on peut dire, c’est que le film, malgré son application scrupuleuse à reproduire ce que font les maîtres, tourne un peu en rond, à l’image de ses personnages – dans l’escalier, dans la cave, dans la chambre. L’ensemble parvient d’autant moins à convaincre que le scénario change de focale en plein milieu de l’intrigue, quittant le point de vue subjectif de la fillette pour adopter celui de son père. Il reste cependant la qualité de l’interprétation. La jeune actrice est très convaincante dans un rôle plutôt sinistre. Et même le père, malgré l’erreur de casting manifeste (une espèce de surfeur blondinet dont chaque apparition est un choc pour le regard), se montre à la hauteur. Pas terrible, donc, mais il paraît que c’est un premier film.

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[dvd :] 12 – Nikita Mikhalkov

12 sept

«12», de Nikita Mikhalkov - Ed. Montparnasse, sortie le 7 septembre 2010

En 2010, Nikita Mikhalkov était à Cannes pour défendre Soleil trompeur 2. Au mois de février, près de trois ans après la Russie, sortait en France 12, son adaptation du classique Douze Hommes en colère de Sidney Lumet (1957), d’après la pièce de Reginald Rose. Le cinéaste n’avait plus rien tourné depuis Le Barbier de Sibérie en 1998. Dans sa version, Mikhalkov reprend l’intrigue – douze jurés sont enfermés pour statuer sur la culpabilité d’un jeune homme accusé de parricide -, tout en la transposant dans la Russie contemporaine. Hispanique dans la version de Lumet, l’accusé devient un jeune Tchétchène dans 12, et son père adoptif, un officier russe.

Sans se dérouler dans la salle d’audience comme Autopsie d’un meurtre, d’Otto Preminger (1959), Douze Hommes en colère s’inscrit dans une longue tradition de films de prétoire, profondément ancrés dans la culture américaine où les institutions sont reines. Qu’ils glorifient les vertus de leurs institutions judiciaires ou au contraire qu’ils en dénoncent les failles, ces films finissent d’ailleurs tous, consciemment ou non, par leur rendre hommage. Douze Hommes en colère s’intéresse ainsi de près à l’établissement des faits, et s’interroge sur la manière dont les préjugés des uns et des autres, positifs ou négatifs, peuvent interférer avec l’administration de la preuve. Ici, les doutes d’un seul finissent par épargner la chaise électrique à un innocent. Là, c’est la plaidoirie pleine d’éloquence d’un avocat qui pourra emporter l’adhésion du jury. Dans chaque cas, le spectre de l’erreur judiciaire est écarté grâce à toutes sortes de rebondissements qui ne doivent bien souvent pas grand-chose à la vérité elle-même. Le Bûcher des vanités, de Brian de Palma (1990), est à cet égard exemplaire. Victime d’accusations mensongères, le personnage de Tom Hanks ne s’en sort que grâce à un autre mensonge. On retrouve une telle mise en évidence des faiblesses du système chez Mikhalkov. Chaque juré vient avec ses motivations propres – l’un d’eux veut aller vite parce qu’il a un rendez-vous d’affaires, donc il se rangera à l’opinion de la majorité quelle qu’elle soit – ou avec son histoire propre – un autre juré a déjà été agressé par des Tchétchènes -: autant d’éléments à charge ou à décharge sans rapport avec la vérité.

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Retour sur AVATAR – James Cameron

30 déc

Attention, ce texte dévoile des éléments de l’intrigue (en fait, absolument tout du début à la fin)

Nirvāna visuel, śūnyatā scénaristique

Il y aura sans doute un avant et un après Avatar. Une fois de plus, James Cameron fait subir un saut quantique décisif aux effets spéciaux et, à travers eux, à la manière de faire du cinéma. Mais Avatar n’est pas seulement un gadget technologique à 500 millions de dollars, même si cet aspect là n’est pas négligeable. Le film est spectaculaire tout en restant parfaitement lisible, se payant même le luxe d’éviter d’être trop démonstratif dans ses effets 3D. Il n’est même plus possible de distinguer la prise de vue réelle, l’effet numérique et l’animation. Mais James Cameron est aussi un véritable artiste. Si le spectateur s’extasie, c’est donc moins devant le tour de force technique que devant son résultat à l’écran. Cameron a su mettre ses nouveaux jouets au service d’un univers d’une grande richesse visuelle où chaque plan est une œuvre d’art. Cette richesse est elle-même le résultat d’une formidable fécondité conceptuelle. Cameron et son équipe ont créé un monde, inventé une faune et une flore somptueuses – jungle luxuriante, lucioles, fleurs colorées, animaux étranges et merveilleux. Ils ont aussi développé une culture et sa langue, et inventé un écosystème très différent du nôtre, où tous les êtres sont reliés entre eux, non par l’équilibre fragile d’une chaîne alimentaire, mais par une connexion physique. Enfin, ils ont imaginé ce à quoi ressemblerait l’équipement du futur : une panoplie impressionnante de véhicules et de vaisseaux, des écrans mous, des hologrammes, sans oublier les exosquelettes qui semblent obséder James Cameron depuis son premier court métrage. Le clou du spectacle, c’est cette idée de transfert de la conscience dans un autre corps, cet avatar qui donne son nom au film. De tout cela, il résulte une sensation d’étrangeté absolue et de dépaysement total, qui obligent le spectateur à garder les yeux grands ouverts pendant les 2h45 que dure le film, de peur de manquer un détail.

James Cameron est venu sur le plateau d’Avatar avec les mêmes qualités qui ont marqué ses précédents films. Mais aussi avec les mêmes faiblesses. Avatar n’est pas son premier conte écologiste. La dernière demi-heure d’Abyss explorait déjà cette veine, et ce n’était certainement pas la partie la plus réussie du film. Tout se passe comme si, consacrant tout son temps à l’aspect visuel de sa nouvelle œuvre, il avait, par facilité, décidé d’asseoir son scénario sur le sujet le plus fédérateur possible : une manière simple d’emporter l’adhésion du public contemporain, déjà bien imbibé de messages écolos. Non pas que les messages écolos soient idiots par essence. Mais on est loin de Soleil vert. A la richesse visuelle et conceptuelle d’Avatar répond en effet une grande pauvreté thématique et scénaristique, qui a de quoi surprendre de la part d’un cinéaste complet qui ne se distingue pas seulement par ses innovations technologiques, mais aussi par sa capacité à tenir en haleine, mener une intrigue et diriger des acteurs.

Or dans Avatar, on est en permanence dans la caricature et le stéréotype. L’arrière plan culturel reste ainsi largement sous-exploité par une intrigue trop pauvre. Une intrigue complexe aurait-elle sollicité l’attention du spectateur au point de le détourner du spectacle somptueux qui se déroulait sous ses yeux ? La question est pertinente. A la fin des années 20, certains studios se méfiaient de l’émergence du cinéma parlant pour cette même raison. Mais cela n’explique pas les graves faiblesses de scénario, indignes du réalisateur de Terminator. Ainsi, pour faire évoluer le personnage de Michelle Rodriguez et illustrer son changement de camp, le film nous la montre désertant le champ de bataille. Plus tard, c’est elle qui vient délivrer nos héros aux arrêts. Or le spectateur s’attend plutôt à la voir en leur compagnie en raison de son comportement au combat. James Cameron, qui fait tout pour rendre crédibles ses images, néglige inexplicablement de faire le même effort pour ses personnages et leurs motivations. A cet instant, même un spectateur peu exigeant a des chances de sortir du film. Pour faire avancer l’histoire, Le cinéaste se contente de ce genre de grosses ficelles, mais aussi de dialogues insipides, jusqu’alors totalement inédits dans son œuvre et qu’on croyait réservés aux nanars ou aux films pour enfants. Dans cet ordre d’idée, la bataille finale aux forces inégales fait immanquablement penser à la guerre des Ewoks contre les troupes de l’empire dans Le Retour du Jedi.

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[dvd:] Le Petit Fugitif – coffret Morris Engel

23 nov

Le Petit Fugitif

Morris Engel (1918-2005) est un cinéaste à part aux Etats-Unis. Le précurseur du cinéma indépendant américain selon Alain Bergala, le professeur à la Femis qui assure l’introduction du film. Notre savant voit en Le Petit Fugitif (1953), premier long métrage de Morris Engel, le chaînon manquant entre le néo-réalisme italien et la nouvelle vague française. Truffaut le cite d’ailleurs lui-même comme modèle. André Bazin le couvre d’éloges dans sa critique des Cahiers du cinéma parue en janvier 1954. Les intellectuels français qui ont eu la chance de voir le film à l’époque soulignent son rôle primordial dans la grande et irrésistible marche vers l’art socialiste. Un art dégagé des artifices de la fiction pour se concentrer sur la « vraie vie » des « vrais gens », mais surtout engagé dans la dénonciation des « exploiteurs ». Cinquante ans plus tard, au moment de la sortie du premier épisode du Seigneur des anneaux, Claude Baignères écrivait dans Le Figaro son mépris de ce genre de spectacle rempli de créatures qui « n’existent pas », détournant le spectateur des réalités sociales et ignorant la condition du prolétariat. Dans cette optique, il est certain que Le Petit Fugitif se situe exactement à l’opposée du Seigneur des anneaux. Cette orthodoxie léniniste n’est pratiquement plus perceptible de nos jours, tant elle imprègne nos modes de pensée. La théorie du « sens de l’histoire », réponse des sciences humaines à la théorie de l’évolution, s’impose encore aujourd’hui comme allant de soi, spécialement dans le milieu de la critique d’art. Le Petit Fugitif s’inscrit donc forcément dans une « évolution », qui va de l’ombre à la lumière, des œuvres « dépassées » et « rétrogrades » aux œuvres « modernes » et « engagées ». Dès lors, il devient presque inconcevable d’analyser le film de Morris Engel autrement. Or l’œuvre est, à tous égards, parfaitement singulière.

Mais de quoi s’agit-il au juste ? Joey, un petit garçon persuadé d’avoir causé la mort de son grand frère, qui lui joue en fait un tour, s’enfuit à Coney Island, plage new-yorkaise célèbre pour son parc d’attractions. C’est le seul élément de scénario. A partir de cet instant, Morris Engel se contente en effet de suivre les déambulations de l’enfant dans le parc, qu’il filme dans un style naturaliste, comme National Geographic pourrait filmer les lions du Serengeti. Le réalisateur n’oublie pourtant jamais complètement son intrigue. Pour autant, la perspective de voir évoluer seul un enfant de sept ans, si débrouillard soit-il, au milieu d’une foule anonyme, devrait inquiéter le spectateur du XXIe siècle. Un enfant de cet âge peut faire des bêtises. Ou de mauvaises rencontres. Or le seul moment où nous tremblons un peu pour lui, c’est lorsqu’on se demande si oui ou non sa maman va le gronder. On le voit, le film dégage une profonde insouciance. Sa douceur et sa gentillesse agissent presque comme des tranquillisants.

Dans le bonus du DVD, Morris Engel lui-même explique la philosophie de son style, directement influencé par son métier de photographe. Son appareil lui permettait de saisir sur le vif des scènes de la vie courante, à l’insu de ses sujets, mais il se refusait toujours à les photographier dans des positions embarrassantes ou dégradantes. A ce titre, Engel peut être qualifié de photographe du bonheur. On ne peut pas être plus éloigné de la figure de « l’artiste engagé », celui qui étale la misère et qui montre du doigt les responsables. La caméra portable très discrète conçue expressément pour le film permet au cinéaste de composer ses plans comme il cadrait ses photos. C’est donc bien l’art photographique qui confère au film sa physionomie, de la même façon que c’est la peinture qui influence par exemple le style cinématographique de Julian Schnabel. Le budget réduit impose à son tour des contraintes qui expliquent également en partie l’aspect final du film.

Là réside la faiblesse de l’introduction laudative d’Alain Bergala et des divers hommages contenus dans les bonus. Tout se passe comme si, implicitement, la valorisation, si justifiée soit-elle, d’un film indépendant passait forcément par le dénigrement du cinéma à grand spectacle. Comme si, pour démontrer les réelles qualités d’hyperréalisme du Petit Fugitif, il était absolument nécessaire de dénoncer les effets spéciaux hollywoodiens comme des artifices suspects. Certes, Le Petit Fugitif casse les codes traditionnels du cinéma et peut, à ce titre, séduire les amoureux de la subversion, pour qui toute tradition est rétrograde. Mais en aucun cas Morris Engel ne s’inscrit dans une démarche progressiste. C’est un photographe qui fait du cinéma. Lui–même ne connaissait rien au métier de cinéaste. Il ne faut donc pas s’étonner de la singularité d’un tel film dans le contexte de l’époque. Son style doit plus au cheminement artistique de son auteur qu’à un élan révolutionnaire. Quant à son contenu, il évoque bien plus l’univers de Norman Rockwell que le misérabilisme de Sartre.

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Journal d’un CUTien à l’Etrange (Saison 2, ép.4)

25 oct

Dans un film muet, personne ne vous entend crier

Gulliver : dans un film muet, personne ne vous entend crier

14h00 : combattre l’illettrisme

La première séance de l’après-midi, intitulée Du Praxinoscope au cellulo, film de montage destiné aux enfants, retrace l’histoire des débuts de l’animation française. C’est l’occasion de découvrir une dizaine de raretés, mais aussi de se rendre compte que cette époque de forte créativité n’a pas invariablement accouché de chefs d’œuvres absolus. Avec ses traits grossiers et son histoire malsaine, Bécassotte à la mer (1920), de Marius O’Galop, ne laisse pas une impression agréable et suggère même que son auteur, pourtant mondialement connu pour avoir inventé le personnage de Bibendum, cultivait déjà le goût de la laideur et de la médiocrité, comme ses dignes successeurs de Pif Gadget. Il reste les deux films d’Emile Cohl, créateur du premier dessin animé sur pellicule en 1908, et d’autres curiosités, comme ce film didactique qui explique comment éviter d’attraper la tuberculose, ou encore l’aventure de Gulliver chez les Lilliputiens (1923). Les films ne sont pas si bien mis en valeur que ça : ils se succèdent simplement les uns après les autres. Tout repose en fait sur les épaules de Christian Paboeuf, qui assure en direct l’illustration sonore. Les quatre enfants présents dans la salle ont donc l’immense privilège d’assister à une séance de « ciné-concert », animée par un musicien qui sait se faire discret, mais qui, pour Gulliver, a composé un véritable « score ». En attendant, sans doute dans le but de rendre l’affaire plus ludique, la facétieuse équipe de l’Etrange a eu la bonne idée de monter l’une des bobines dans le mauvais sens. Aux enfants la lourde tâche de déchiffrer les intertitres, apparaissant alors de gauche à droite et devenus parfaitement illisibles… et dire qu’ils ne savent déjà pas lire à l’endroit.

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Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 2, ép.5)

20 sept

judex2 ….. Danielle Mitterrand et Loana dans Judex

Comme tout vrai journaliste professionnel grassement payé qui se respecte, je me faisais un devoir d’assister sans faute à l’ensemble des projections du samedi. C’est donc animé par cet esprit conquérant que je me dirige vers le Star St-Exupéry ce matin-là, pour la projection des courts métrages « made in France ». Mais ce n’est que pour me retrouver au beau milieu d’un attroupement à l’entrée du cinéma. Les mines défaites de mes camarades et de Daniel Cohen n’annoncent rien de bon. La projection « est annulée », car du matériel a été dérobé, et avec lui, les fichiers de sous-titres des films à venir, m’explique-t-on. Si ce n’est pas très grave – assez, en tout cas, pour compromettre la première séance -, l’affaire est surtout très mystérieuse. La rumeur veut que l’appareil ait été subtilisé dans une cabine de projection fermée de l’intérieur. On se croirait dans un film de la compétition. Eh oui, à force de projeter des films d’horreur peuplés d’enfants tueurs, il ne faut pas s’étonner si le diable en personne s’invite à la fête. A moins qu’une fois de plus, on ne mette tout sur le dos du projectionniste fou, dont on nous assurera par la suite qu’il « a agi seul ». La déception est immense. Moi qui me faisais un plaisir de découvrir enfin les débuts au cinéma de notre ami Jean-François Taboni dans Paris by Night of the Living Dead, mais surtout de revoir le chef-d’œuvre de Stéphane Derdérian, Plus loin encore, j’en serai quitte pour revenir le lendemain, ou peut-être jamais. C’est sûr, il y a plus grave en ce bas monde. Greg Lauert, lui, a cramé une RTT pour se taper le Breillat.

Comme Mathias a déjà si brillamment chroniqué les courts européens dans l’épisode 3, je fais l’impasse sur la séance de 14h pour retrouver Edith Scob et Jacques Champreux, venus présenter Judex dans le cadre de l’hommage à Georges Franju. Madame Scob parle un peu du film, mais surtout des Yeux sans visage, qui doit être présenté le lendemain. Selon elle, il s’agit du film de Franju le plus influent sur le cinéma contemporain. En effet, de Joe d’Amato à George Romero, les échos aux Yeux sans visages sont légions. Judex n’a évidemment pas les mêmes ambitions. Au départ, il s’agit simplement d’une histoire d’aventures à la Fantômas. Un vague prétexte social sert d’alibi à une intrigue qui bascule assez rapidement dans la course poursuite. Le bellâtre Channing Pollock campe en outre un bien pâle justicier masqué. Mais les qualités du film sont ailleurs. Grâce à de riches décors et à une partition particulièrement inspirée de Maurice Jarre (on est loin des niaiseries du Docteur Jivago), Franju parvient à créer et à entretenir une atmosphère de mystère ponctuée de scènes somptueuses : le bal masqué, les expéditions nocturnes, les acrobaties sur les toits des immeubles haussmanniens. Le réalisateur trouve également l’équilibre parfait entre l’horreur (deux scènes très sèches de défenestration) et l’humour (le personnage de Cocantin, interprété par Jacques Jouanneau, probable grand-père caché de Dany Boon et François Bayrou). Devant une telle maîtrise, on ne peut que regretter la physionomie du cinéma français contemporain. Et ce n’est pas en adaptant des romans de Jean-Christophe Grangé ou en donnant des premiers rôles à Frédéric Diefenthal que ça va s’arranger.

Melissa George n'a pas bien révisé sa géométrie

Triangle : Melissa George n'a pas bien révisé sa géométrie

Triangle, le premier film en compétition de la soirée, suscitait de grandes espérances. Christopher Smith, réalisateur de l’amusant Severance, voulait son troisième film plus ambitieux. Mais Triangle est une déception. Le projet, soi disant très personnel, fait plutôt figure de patchwork mal agencé d’idées prises ailleurs, et pas toujours auprès des meilleurs. L’orage magnétique ? Vu dans Nimitz, retour vers l’enfer. Le paquebot désert sorti de nulle part ? Vu dans Virus. La bande de jeunes irresponsables sur un yacht ? Vu dans Open Water 2. Quelle référence ! Mais après tout, l’impression de déjà vu n’est-elle pas l’idée centrale du film ? On pense beaucoup à Timecrimes, de Nacho Vigalondo, projeté l’an dernier à l’Etrange Festival. Mais le réalisateur espagnol choisissait un principe de boucle temporelle et s’y tenait, ce qui lui permettait de livrer un film stimulant intellectuellement et intelligible de bout en bout. Christopher Smith, lui, hésite entre plusieurs principes, ce qui lui permet évidemment de raconter n’importe quoi sans se soucier de la moindre continuité. En refusant de se mouiller, il ne fait que mener ses spectateurs en bateau… et le film fait naufrage. N’est pas David Lynch qui veut.

Le Norvégien Tommy Wirkola n’a pas ces åmbitions. Dead Snow se veut pur ðivertissement. L’objectif semble être atteint si l’on en croit l’ambiance dans la salle samedi soir. Le film a même de bonnes chances de remþorter le prix du public même si, à l’instar des zømbies nazis qui le peuplent, on reste un peu sur sa fåim. Multipliant les clichés inhérents au genre pendant toute la première partie, Tommy Wirkola parvient tout de même à s’en dégager dès que ses zombies apparaissent au grand jour. La successiøn classique de scènes d’åttente, de poursuite et d’horreur qui s’ensuit se laisse même regarder sans déplaisir. Mais les quelques trouvailles ð’humour et l’ensemble techniquement à la hauteur ne þeuvent nous empêcher de penser qu’un genre – le film de zombies fun, génialement relancé dans Shaun of the Dead – est a bout de souffle.

La Norvège, ses riantes vallées, ses habitants chaleureux...

Dead Snow : Pour Günter et ses amis, la guerre n'est jamais finie

C’est d’ailleurs dans cet état que j’arrive à 0h15 au Star pour La Course à la mort de l’an 2000. Heureusement, les organisateurs ont gentiment attendu la fin de Dead Snow pour lancer le film et, surtout, arracher Roger Corman à sa chambre d’hôtel. Le président du jury est là, enfin, et il a beaucoup à dire sur la genèse du film. Le remake, diffusé en clôture du FEFFS l’an passé, surclasse-t-il l’original ? Pas vraiment. Les deux films reposent sur cet arrière-plan néo-fasciste et sur la même succession de cascades mortelles. La Course à la mort de l’an 2000 a vieilli, c’est une certitude. Les décors peints de cité futuriste nous font bien rire aujourd’hui. Visuellement moins rapide et moins efficace que son successeur, il n’en reste pas moins infiniment plus cru et plus agressif.

Demain, c’est Rock.

Sylvain Mazars

STAR TREK – J.J. Abrams

11 mai

star trek

Lorsqu’on en vient à aborder Star Trek, plus encore qu’avec Star Wars ou Le Seigneur des anneaux, il convient immédiatement de lever une ambiguïté : qui parle ? Un néophyte, un simple connaisseur ou un trekkie pur et dur ? Le rôle important des fans dans Star Trek, non seulement en tant que spectateurs fidèles mais aussi en tant que gardiens de l’orthodoxie, parfois même de maîtres d’œuvre de la série, est tel qu’aucun autre univers fictionnel ne s’est à ce point figé dans des codes, une terminologie et un jargon réservés aux initiés. Pour avoir passé l’épreuve, il y a exactement dix ans, du visionnage d’un «film de Star Trek» (Star Trek : Insurrection) sans rien en connaître ou presque, je sais que ce n’est pas une expérience très gratifiante pour le néophyte. On peut s’arrêter là et s’ennuyer. On peut aussi se donner une chance d’apprécier l’œuvre dans son ensemble. C’est donc armé du souvenir encore tout frais des dix premiers films que je suis allé voir le Star Trek nouveau au cinéma.

À bien des égards, ce 11e opus fait preuve d’un profond respect pour l’univers trekkien. Comme un jardinier qui prendrait soin de ses orchidées, J.J. Abrams, producteur et réalisateur, cultive délicatement l’héritage et apporte sa pierre à un édifice construit patiemment depuis plus de quarante ans. A l’écran, même si le chemin parcouru depuis Star Trek : Nemesis (2002) saute aux yeux – J.J. Abrams en met nettement plus «plein la vue» que Stuart Baird ou Jonathan Frakes – le spectateur retrouve presque intact l’aspect général des vaisseaux spatiaux, en particulier de l’Enterprise. Le souci de coller aux précédents films s’étend jusqu’aux plus petites navettes, dont le design tout en angles évoque curieusement la Simca 1000 de l’espace qu’empruntaient Kirk et Scotty au début de Star Trek, le film en… 1979. Même si, visuellement parlant, Star Trek a toujours souffert de la comparaison avec Star Wars, J.J. Abrams et son équipe sont restés fidèles aux spécificités trekkiennes : pas de rayons lasers, mais des torpilles et des phaseurs, pas de vitesse «lumière», mais la vitesse de «distorsion» et les effets spéciaux qui vont avec, sans oublier le «truc de Star Trek» par excellence : la téléportation.

Le choix et le jeu des acteurs vont dans le même sens. Au-delà de la ressemblance physique (exception faite de Chekhov), tout se passe comme si le réalisateur avait demandé à ses acteurs d’étudier puis de reproduire le jeu de leurs glorieux aînés. Chris Pine (Kirk) imite à la perfection les intonations et les tics agaçants de William Shatner, tout comme Simon Pegg reproduit fidèlement l’accent précieux de James Doohan dans le rôle de Scotty. En revanche, l’équipe n’a pas poussé le vice jusqu’à copier les horribles diodes et écrans monochromes ridiculement bombés qui ornaient les tableaux de bord, consoles et autres moniteurs de la série originale et des premiers films. Si, de 1979 à 2002, les films estampillés «Star Trek» ont suivi l’évolution des modes et des effets visuels au cinéma, au moins pouvait-on mettre ces améliorations sur le compte d’une évolution parallèle dans l’univers de Star Trek lui-même. J.J. Abrams n’a plus cet alibi, puisqu’il raconte des événements qui se déroulent avant ceux de la série des années 60. Si ce choix participe indéniablement d’une volonté de rajeunir la franchise, le réalisateur évite cependant un écueil sur lequel Michael Bay se serait cassé les dents. Les images ne défilent pas à toute vitesse, elles restent fluides et parfaitement lisibles. Ce piège de la vitesse écarté, J.J. Abrams peut même se permettre de composer de très beaux plans, qui sont autant de peintures. Je pense surtout aux arrière-plans, qui évoquent le travail des meilleurs illustrateurs de SF, en particulier Rodney Matthews.

A mon sens, ce tendre respect s’étend aussi à l’étiquette «Space Opera» qui colle à la création de Gene Roddenberry depuis sa création : plus d’aventure que d’action, un jargon technologique qui détermine parfois des éléments entiers de l’intrigue, mais aussi des personnages ancrés dans des poncifs bien définis. Il a beaucoup été écrit que ce nouvel opus avait apporté un soin tout particulier aux personnages, en particulier celui de Spock, qui aurait été «plus travaillé». Ce n’est pas totalement exact. Si la place de Spock est incontestablement prépondérante, son caractère, le conflit entre logique et émotions, n’est pas plus développé que dans les films plus anciens. L’équipage qui prend régulièrement la pose, les personnages stéréotypés, parfois lisses, rien de cela n’est nouveau. Rien de cela n’est inconvenant non plus. C’est même ce qui fait le charme du genre. Kirk se résume ainsi dans une seule réplique, géniale, qu’il exprime dans Star Trek V : L’Ultime Frontière, en réponse aux provocations de l’odieux Sybok : «Je n’ai peur de rien». C’est Kirk. Inutile d’aller plus loin, de compliquer le personnage ou d’en faire un être hanté par d’obscurs démons. Kirk est bon et valeureux à 100% et c’est ce qui confère à Star Trek son caractère gentil et inoffensif, «tout public», que ne peut pas complètement revendiquer, par exemple, La Revanche des Sith. A cet égard, Jean-Luc Picard me semble être un personnage plus torturé que James T. Kirk.

Un tel respect des codes de l’univers Star Trek peut paraître étonnant de la part d’un J.J. Abrams, qui avoue n’en avoir jamais été particulièrement fan. Justement, ce respect a des limites. Le titre du film, Star Trek un point c’est tout, sa dimension de prequel, laissaient supposer un ambitieux développement – «Comment tout cela a-t-il commencé ?» – et la révélation de certaines scènes clés de la mythologie, comme la Sainte Rencontre entre les différents protagonistes (dans La Revanche des Sith, la métamorphose de Vador constitue l’une de ces scènes obligatoires). Au lieu de cela, on a plus le sentiment d’assister à un épisode parmi d’autres. Qu’on ne se méprenne pas : ces scènes sont bien présentes, et contiennent sans conteste une certaine charge émotionnelle du point de vue des fans. Mais du fait même que, dès les premières minutes du film, l’intervention des Romulliens venus du futur altère le cours du temps, nous avons affaire à des événements qui se produisent dans une réalité parallèle, non dans l’univers familier de Star Trek. De ce point de vue, on ne peut s’empêcher de penser que le spectateur, en particulier le fan, se fait véritablement voler ses scènes clés. Bien sûr, tous les personnages finissent par se rencontrer et par reformer l’équipage classique de l’Enterprise tel qu’on le connaît, mais ce n’est pas le même équipage, ce ne sont pas les mêmes Kirk, Spock, McCoy, Uhura, Sulu. Le seul lien avec l’ancien univers demeure le personnage de Spock vieux, toujours incarné par Leonard Nimoy, le seul à avoir gardé la mémoire de l’ensemble des événements survenus dans l’univers classique de Star Trek. Par la suite, le réalisateur peut se permettre d’aller aussi loin qu’il le veut dans la dramatisation. La destruction totale de Vulcain dès le premier tiers du film en est l’illustration. Cette scène souffre du double inconvénient de frustrer les fans sans pour autant bouleverser les néophytes.

Seulement voilà : l’«inconvénient» n’en est pas vraiment un. J.J. Abrams et ses amis savent parfaitement ce qu’ils font. Car de ce sentiment de frustration découlent instantanément des milliers de questions. Quand rebasculera-t-on dans le cours normal des événements ? Par quel miracle, compte tenu de tous ces points de non-retour si dramatiquement et si allègrement franchis ? Il s’ensuit une insupportable position d’attente angoissée, qui n’est nullement un défaut de conception du film mais, au contraire, un truc bien connu de scénariste pour accrocher le spectateur… et la manifestation la plus évidente du savoir-faire du créateur de Lost en la matière. Car, sans révéler la fin, on se doute bien que ce retour à la normale ne se produira jamais. Peut-être dans le prochain épisode ?

Entre le néophyte, le simple connaisseur et le trekkie pur et dur, monsieur Abrams a choisi de s’adresser au dernier, tout en s’affranchissant intégralement d’une chronologie et d’une histoire prodigieusement denses, construites sur plus de quarante ans. A n’en pas douter, les fans les plus déçus par cet aspect-là du film seront les premiers à se précipiter pour aller voir la suite. Le spectateur est piégé dans le rayon tracteur. Mission accomplie.

Sylvain Mazars

OSS 117 : RIO NE REPOND PLUS – Michel Hazanavicius

20 avr

OSS 117

Que penser du 2e épisode des aventures d’Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117, meilleur agent secret français, incarné comme il se doit par le meilleur comédien français de ce siècle, Jean Dujardin ? Comme on est en démocratie, OSS 117 : Rio ne répond plus a droit à un procès équitable.

Les considérants

Comment faire l’économie du débat «Mieux ou moins bien que le premier ?» lorsqu’on en vient à évoquer le dernier OSS 117 ? Un film ne peut-il donc pas être apprécié simplement pour lui-même ? C’est l’éternel questionnement, propre à toutes les suites, à tous les remakes. Dans le cas d’OSS 117, il est même très difficile d’y échapper tant la barre avait été placée haut par le premier opus. D’autant plus difficile que les efforts conscients et délibérés de l’équipe du film pour se démarquer du premier sans pour autant le trahir apparaissent comme tels à l’écran.

Les pièces à conviction

Heureusement, dès le début du film, le public est rassuré : même sens de la répartie, même feu nourri de gags… et surtout, même immersion réussie du spectateur dans l’époque – les années 60 – grâce aux décors, costumes, automobiles et accessoires qui garnissent l’arrière-plan tout au long de l’aventure. Un souci du détail qui avait déjà contribué au succès du premier volet. Dès l’apparition du logo vintage de Gaumont, le décor est planté. Seul bémol, l’utilisation envahissante du split screen, si à la mode à l’époque qu’il en est devenu un marqueur visuel incontournable des sixties. Le réalisateur Michel Hazanavicius en abuse au point d’en arriver à un effet «œil à facettes», à mon sens beaucoup plus représentatif du design des années 90.

L’équipe du film s’est bien gardée de toucher au personnage. Comme dans Le Caire nid d’espions, Hubert Bonisseur de la Bath est toujours aussi ignorant, mais toujours incroyablement chanceux, à l’instar du Flashman de George MacDonald Fraser, capable comme lui d’accaparer tout le crédit d’un succès fortuit qui ne lui doit rien : idiot, mais malin, en quelque sorte. De ce point de vue, le personnage n’évolue pas d’un iota entre les deux films. C’est bien là toute la philosophie de Rio ne répond plus, comme vient le rappeler la bande annonce : «Le monde a changé… pas lui».

Le problème, c’est que ceux qui l’entourent n’ont pas beaucoup changé non plus. Le personnage de Dolorès, l’austère espionne israélienne, fonctionne comme un clone de Larmina dans Le Caire nid d’espions. Les redites ne manquent pas, même si elles sont bienvenues : le gag à la Scoubidou comme révélation d’une traîtrise, le labo secret de Von Zimmel qui rappelle l’«enregistroscope» du colonel Moeller, la poursuite de Von Zimmel sous la cascade, qui évoque celle du mystérieux assaillant aux poules dans la casbah… En revanche, Noël Flantier va sans doute beaucoup plus loin dans la surenchère que Lucien Bramard. Son accumulation des clichés antisémites en est le plus criant exemple. Il n’épargne rien à ses interlocuteurs du Mossad complètement médusés.

Pourtant, Rio ne répond plus n’est pas une simple transposition du Caire nid d’espions dans un autre décor. Ce nouvel opus laisse une part importante aux clins d’œil cinéphiles, dont le plus évident reste sans doute la référence plan par plan à La mort aux trousses à la fin du film. A part l’ambiance à la James Bond, je n’ai pas le souvenir d’une telle multiplication de références dans Le Caire nid d’espions. Tout se passe comme si le réalisateur, peu sûr de lui, avait senti le besoin de citer Hitchcock à l’appui de son film. Or celui-ci n’en a manifestement pas besoin.

La plus importante différence avec le premier volet, sinon la plus évidente, concerne l’aspect cartoonesque du film, établi dès la scène d’introduction : cette faculté d’échapper aux balles dans la fusillade introduit un élément «surnaturel» totalement absent du Caire nid d’espions. La scène du crocodile va dans le même sens. Indéniablement, cette différence provoque une certaine hétérogénéité dans la facture des deux films. On peut le déplorer. Ou pas.

Le verdict

Malgré ces quelques réserves, Rio ne répond plus reste une brillante comédie, un excellent divertissement. C’est déjà beaucoup, mais pas assez à mon goût pour rivaliser avec Le Caire nid d’espions qui, lui, restera un vrai chef-d’œuvre, quelque part entre Citizen Kane et Le septième sceau. Tout cela ne tient peut-être qu’à une seule raison : Le Caire nid d’espions est arrivé avant. L’effet de surprise n’a profité qu’à lui.

Sylvain Mazars

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