
Manifestement, il n’y aura pas de Taxi 5.
On avait quitté Vincent Macaigne dans un monde sans femmes, on le retrouve dans un monde sans père. Dans le très beau premier film de Guillaume Brac (Un monde sans femmes, donc), il était acteur. Là, il enfile le costume de réalisateur ; avec le même succès, avec la même finesse. Dans les deux films, il est question d’un trio. Une mère, sa fille, et un homme qui se voudrait disponible dans Un monde sans femmes, deux frères qui ont perdu leur père et la femme de l’un d’eux dans Ce qu’il restera de nous. On arrête là la mise en parallèle (la poursuivre relèverait de l’acharnement).
Ce qu’il restera de nous est une plongée dans un monde de bruit et de fureur, qui revisite un temps le mythe du fils prodigue. Deux frères perdent leur père ; l’un l’a renié, vit dans une R5 pourrie qu’il fera cramer et dessine pour vivre (au sens où l’on résiste à la mort), l’autre est marié, a fait HEC pour plaire au père et multiplie les stages chez l’Oréal pour vivre (au sens d’exister). Mais c’est le frère sans le sous et qui n’en veut pas qui a hérité des 30 000€ et de la maison. L’autre en a besoin. Il est alors question de haine, de colères, de frustrations, de ressacs.
Ce qu’il restera de nous est un long cri. Un exutoire pour ne pas sombrer. Chaque personnage devient transparent, translucide. Plus rien n’est caché, plus aucun mot n’est gardé secret ; il ne restera rien d’eux puisqu’ils livrent tout. Corps et âmes.
Vincent Macaigne a offert à son film l’énergie immense qu’il faut pour approcher la mort d’un parent. Ce devrait être éreintant, c’est excitant. Ce devrait être morbide, c’est vivant. Vincent Macaigne s’autorise les contre-temps, le burlesque, l’outrance, toutes ces qualités si souvent pointés du doigt en pareilles circonstances. Son film, tant par sa forme tout entière dévouée au fond que par son propos, étonne et gratte. C’est un caillou dans la chaussure. Et avant de l’enlever, on tient à faire encore quelques pas. Avoir mal pour se sentir vivre.
Romain Sublon
NB : voir le court entretien avec Vincent Macaigne, qui donne quelques clés de compréhension.
CE QU’IL RESTERA DE NOUS de Vincent Macaigne // Avec Thibault Lacroix ; Anthony Paliotti et Laure Calamy // 40 minutes – Bientôt disponible en dvd (Kazak productions)
Tags:Anthony Paliotti, Ce qu'il restera de nous, Laure Calamy, Thibault Lacroix, Vincent Macaigne
Commentaires récents