
Tu le vois, ce cri ?
Valérie Donzelli (réalisatrice) et Jérémie Elkaïm (acteur, et aussi double de Valérie Donzelli) étaient à Strasbourg pour présenter La guerre est déclarée (sortie le 30 août 2011).
La guerre est déclarée est un film physique, d’une puissance folle ! Se cache derrière ce beau film inspiré (au sens qu’il est porté par un souffle permanent, mais aussi inspiré d’une histoire plus que vraie – puisque vécue), une utopie du réel. Cette idée devenue rare, et révolutionnaire, que le cinéma permet de transcender son sujet.
Osons cette phrase : il y aura un avant et un après La guerre est déclarée.
Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm se prêtent au jeu de la cinéphilie et nous livrent leurs souvenirs et impressions des films suivants. (NDLA : ayant eu quelques difficultés à maîtriser mes propres émotions, voir le film quelques heures avant d’en rencontrer les auteurs est une expérience troublante, je n’ai pas pu mener cette cinéphilie avec sagesse et ordre. Voilà pourquoi il n’y a que trois films.)
LES AMOURS IMAGINAIRES (Xavier Dolan)
Valérie Donzelli : Je ne l’ai pas vu.
Jérémie Elkaïm : Moi je l’ai vu ! C’est un film très décomplexé et qui ose une légèreté dans la forme qui se rapproche de La guerre est déclarée.
V.D. : En fait, je me souviens pourquoi je ne l’ai pas vu. J’ai le dvd chez moi, et j’avais vu la bande-annonce. Et quand j’ai entendu qu’il y avait aussi la musique de Vivaldi, ça m’a stressée. J’étais en pleine préparation de mon film et d’entendre la musique de Vivaldi que j’ai moi aussi utilisée, ça m’a stressée. Je ne voulais pas savoir ce qu’il en faisait.
J.E. : Je ne me souviens pas très bien du film, mais il y a une scène de branlette assez réussie. Et ça, ce n’est pas rien. J’aime bien les scènes de branlettes. Moi-même je suis un fan de branlette. Je suis parfaitement onaniste et j’essaye de militer pour mais ce n’est pas toujours simple. Parce que les gens ont envie de contact charnel. Mais je trouve la scène très réussie.
LA REINE DES POMMES (Valérie Donzelli)
V.D. : Avec La guerre, je voulais faire un film très différent de La reine. La reine des pommes est au format 4/3 avec des couleurs délavées et un personnage central finalement assez passif. L’idée c’était de faire complètement autre chose, un film en scope, avec des couleurs pop, toujours en mouvement. Mais il y a une fantaisie commune.
J.E. : Valérie était très attendue sur le même terrain pour son 2e film, une comédie un peu fantaisiste. Et on voulait faire quelque chose d’absolument différent ! Ne pas poursuivre sur la même route.
ERASERHEAD (David Lynch)
J.E. : la classe ! La première fois que je l’ai vu, j’ai cru qu’il y avait un problème de projection… Bon, en fait, je crois qu’il y avait vraiment un problème de projection. Il y a quelque chose d’impressionnant dans les films de David Lynch, c’est qu’ils vous échappent. Sauf une chose qui ne vous échappe pas, c’est l ‘émotion que ça produit. Ca a à voir avec des peurs archaïques, des choses presque enfouies. Il y a des choses impossibles dans son cinéma mais c’est à chaque fois incarné et puissant.
V.D. : C’est un cinéaste qui a une liberté dingue, qui ose beaucoup de choses ! Il n’a pas peur du kitsch par exemple. Il fait des films très maîtrisés et complexes.
J.E. : Son cinéma me glace, m’effraie, sans que je sache pourquoi !..
Propos recueillis par Romain Sublon
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