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[dvd :] SOLO POUR UNE BLONDE – Roy Rowland

6 juil

Ed. Carlotta

Alcoolique et clochardisé depuis la disparition de sa secrétaire et maîtresse Velda, Mike Hammer reprend du service lorsque, appelé au chevet d’un mourant, celui-ci lui révèle que Velda pourrait ne pas être morte, mais qu’il n’a que très peu de temps pour la retrouver vivante…

Mickey Spillane dans le rôle de sa créature, Mike Hammer, ça titille fatalement la curiosité. Pas forcément très bon acteur, le Spillane, mais il était le premier à en convenir. Un physique massif, une confiance en lui à l’épreuve des balles. Pilote de l’US Air Force pendant la deuxième. Écrivain à succès conspué par la critique. Anticommuniste farouche. Témoin de Jéhovah convaincu. Macho man fortement porté sur la bagatelle. Collectionneur d’armes à feu. Artisan de la machine à écrire. Self made man qui se rit des propositions d’Hollywood. Une espèce d’anarchiste de droite et bigot. Un condensé de contradictions qui trône tranquillement sur sa véranda en attendant de voir si sa maison va encore s’envoler. Nonchalant et bravache à la fois.

Masochiste en quête de rédemption aussi. Mike va en baver. Pouilleux et éthylique, il sert de serpillière à son ex-copain Pat Chambers. Il accepte les raclées. Imperturbable. Il sait de nouveau où il va. Il va retrouver Velda. Sans doute. Ça lui redonne goût pour les femmes. Shirley Eaton qui se dore au soleil, ça donne envie d’y mettre les doigts. Amoureux mais pas exclusif, le Hammer. Sa déchéance tient à Velda. Son salut aussi. Ce n’est pas pour ça qu’ils doivent se promettre un jardin de roses. Pas de ça entre eux.

Sa détermination retrouvée, Mike écume les bas-fonds new-yorkais. Tous ne lui font plus confiance. Il a fait son temps. On l’a vu pleurnicher au fond d’impasses puant l’urine. Sale et aviné. Il leur montrera qu’il est toujours le même. Rassurant, froid, cynique et résolu. Parfois chevaleresque, parfois sadique. Le dernier de sa lignée.

Il traverse une ville en noir et blanc parce que les producteurs ne croyaient pas au projet et ne voulaient pas y injecter trop d’oseille. Dénoue une intrigue aussi complexe que décousue. Au bout du compte, elle n’a pas tant d’importance que ça. Fin en queue de poisson. On s’en fout. On voulait voir Mike cuver dans le caniveau et distribuer des bourre-pif.

En bonus, En attendant Lili, trois jours avec Mickey Spillane, un documentaire d’une heure allemand mais néanmoins passionnant. Mickey et sa machine à écrire, Mickey et son bateau, Mickey et ses lecteurs, Mickey et les avions, Mickey et l’ouragan Lili…

Mathias Ulrich

[dvd :] PANIC SUR FLORIDA BEACH – Joe Dante

5 juin

Éd. Carlotta

Floride, octobre 1962. En pleine crise des missiles de Cuba, alors que la population américaine est plongée dans la paranoïa, Gene, un adolescent solitaire, attend avec impatience l’arrivée de son idole, le réalisateur Lawrence Woosley, qui doit venir présenter son nouveau film, L’homme-fourmi, dans la petite ville de Key West. Une fois dans la place, Woosley va habilement user de la confusion ambiante pour finir par créer un véritable vent de panique…

Dans la longue interview disponible en supplément sur le DVD, Joe Dante décrit Panic sur Florida Beach comme son film le plus personnel. En 1962, il avait à peu près l’âge de son personnage principal et, comme lui, il adorait les films de monstres. Cette empathie avec son sujet est sans doute le ciment de la réussite du film. Parce que les longs métrages sur l’adolescence – les anglo-saxons utilisent l’ expression coming of age, le temps des premiers émois sentimentaux et des premières prises de responsabilités – sont souvent prétexte à avalanche de paternalisme et de démagogie et ne sont pas facile à réussir. Mais Dante connait son affaire quand il s’agit de diriger des jeunes comédiens et, surtout – qualité rare – il se souvient qu’il a eu cet âge-là. De plus, il trouve le juste équilibre dans le temps accordé à l’écran entre personnages de jeunes et d’adultes. Et on en arrive à l’un des points fort de l’œuvre : John Goodman. Corps de cinéma exceptionnel (y a t-il un autre « gros » qui possède une telle prestance ?), il est parfait en Lawrence Woosley, le réalisateur-camelot-bidonneur génial, irresponsable et truculent. La ressemblance avec William Castle, auteur de La nuit de tous les mystères et du Désosseur de cadavres et inventeur d’une certaine forme de cinéma interactif n’est évidement pas fortuite et rajoute au sentiment de nostalgie ambiant.

Le film est aussi un retour sur ce que fut la grande psychose américaine durant les années 50 et 60 : la peur de la guerre nucléaire, cette gigantesque et dérisoire paranoïa, savamment entretenue par les autorités (le conflit Est-Ouest n’avait objectivement que peu de chance d’avoir lieu). Une parenthèse difficilement compréhensible aujourd’hui, aux effets autrement plus drôles que l’actuelle peur de l’islam (gestes à faire en cas d’attaque de missiles, abris anti-atomique qui florissaient au fond des caves des pavillons de banlieue…). Dante parvient à la restituer avec le juste dosage de finesse – nombre de gens ont cru pour de bon que l’heure du jugement dernier avait sonnée lors de cette crise des missiles – et de distanciation amusée.

L’addition de tous ces éléments donne un film authentiquement en marge, qui s’avéra malheureusement « invendable », selon ses producteurs, et ne rencontra – assez logiquement – lors de la quasi non-exploitation commerciale qui s’ensuivit, aucun succès public.

Les suppléments ne sont pas en reste avec, en plus de la chouette interview de Joe Dante, l’intégralité des scènes de L’homme-fourmi, l’hilarant film dans le film, un making-off d’époque et des bandes-annonces.

Mathias Ulrich

[dvd:] BLOOD ISLAND – Jang Cheol-soo

5 mai

Ed. Distrib film

Hae-won est une jeune employée de banque à la dent longue. Témoin d’une agression, elle refuse de porter secours à la victime, puis de témoigner par peur des représailles. Craignant pour sa sécurité, elle décide de répondre à l’invitation de son amie Bok-nam et de se faire oublier un moment sur l’île où elle passait ses vacances dans son enfance. Mais la situation là-bas est encore plus effrayante qu’à Séoul…

Jusqu’où un cinéaste peut-il aller pour illustrer son propos sans tomber dans la complaisance et discréditer sa démarche ? En face d’un film aussi borderline que l’est Blood island, cette éternelle question s’impose plus qu’elle ne se pose. Le propos ici est à peu près ceci : l’homme coréen est un salaud et la femme coréenne une victime consentante. L’un et l’autre vivent en harmonie dans un monde régit par la lâcheté et la domination. Parfois, poussée par les événements, une femme se résout à chambouler l’ordre établi. Qu’arrive-t-il alors ?

La démonstration passe par la mise en miroir de Bok-nam et Hae-won. Humainement, la pure et l’irrécupérable. Celle que l’on prend en sympathie et celle que l’on déteste à la première minute. Le calvaire et la terrible vengeance de l’une doit servir à la prise de conscience de l’autre. Cette façon très tranchée de concevoir les choses (on en sacrifie une pour sauver l’autre) se retrouve dans la manière d’isoler les deux femmes au milieu d’un panier de crabes indescriptible. Sur l’île, les hommes sont idiots, fainéants et violents avec les femmes. Les femmes sont idiotes, soumises aux hommes et violentes avec les plus faibles d’entre elles. A ce degré de subtilité, si le cinéaste est assuré de faire réagir son public (Blood island est un film qui recherche la réponse épidermique), il ne peut guère présumer par contre de l’indulgence de celui-ci. D’autant que le bougre systématise ce type de donne autant qu’il peut (voir les policiers qui laissent un marlou agripper violemment Hae-won à la gorge sous leurs nez mais empêchent celle-ci de se défendre !).

Au milieu de cet océan d’infortune et d’insécurité, signalons quand même que Blood island est un film joliment tourné, aux images et décors naturels somptueux. Sa partie slasher, cantonnée dans la dernière demi-heure est, en outre, dynamique et saignante à souhait… Mais à cultiver le grincement de dents avec une telle insistance, on s’expose à récolter une certaine méfiance quant à ses intentions.

Mathias Ulrich

 N.B. : Auréolé par le Grand Prix au dernier festival de Gérardmer et réalisé par un ancien assistant de Kim Ki-duk, partisan comme lui de prises de position casse-gueule et donc apte à faire débat dans les chaumières, on peut s’étonner que ce premier film de Jang Cheol-soo arrive chez nous directement en DVD, sans passer par la case salle.

[dvd :] L’INCOMPRIS – Luigi Comencini

24 fév

Ed. Carlotta

Laissé inconsolable après la mort de sa femme, Sir Duncombe, consul britannique à Florence, reporte toute son affection sur Milo, son fils cadet, laissant de côté l’aîné, Andrea, qu’il juge indifférent et irresponsable.

Dans l’entretien qui conclut le livre Luigi Comencini, enfance, vocation, expériences d’un cinéaste, sa fille Cristina, qui mène la discussion, fait remarquer à Comencini que la fin de L’incompris est fortement chargée en émotion. « Elle est racoleuse » tranche-t-il immédiatement. S’il est permis de ne pas partager sa sévérité, il est de fait que le ton mélodramatique mis à l’œuvre ici fait figure d’exception dans la carrière du cinéaste, chez qui le pessimisme mène plus volontiers au cynisme le plus glaçant (A cheval sur le tigre, L’argent de la vieille, Le grand embouteillage).

Il n’aura d’ailleurs nul besoin d’y avoir recours dans ces autres formidables films sur l’enfance que sont Les aventures de Pinocchio et Eugénio. D’où peut-être son sentiment d’insatisfaction. Pourtant, jusque dans ses débordements lacrymaux, L’incompris est un film tout sauf insatisfaisant. Dès qu’il touche au monde de l’enfance, Comencini semble trouver d’instinct le juste dosage entre émotion, drôlerie et cruauté. Il est vrai qu’en bon habitué de la comédie à l’italienne, il s’entend à marier les genres, à tremper dans la mélancolie les séquences les plus drolatiques. Surtout, il sait rendre ses histoires universelles. Un mélo situé dans un milieu de haute bourgeoisie devient accessible à tous. En soi, c’est déjà proche du tour de force. Ou comment un auteur naturellement peu enclin à chercher à tirer la larme se retrouve le plus apte à le faire…

Le film est moins drôle vu adulte qu’il ne l’était quand on était enfant. On est plus sensible rétrospectivement aux vexations, à la frustration, aux efforts désespérés endurés et fournis par Andrea. « C’est dur de débuter dans la vie ! » se dit-on, un peu effaré du nombre de fois où on l’a vu gamin et du plaisir qu’on y prenait à chaque fois.

Qu’est devenue la VF de notre enfance ? Déjà absente de l’édition DVD sorti chez Opening il y a quelques années, elle n’est pas plus présente ici. Ne reste qu’une piste italienne, crédible d’un point de vue dramatique mais pas toujours très bien synchronisée. Une sombre histoire de droits ou de matériel détérioré se cache certainement là-dessous. Dommage, cela coupe un peu le film de son premier public, à savoir les enfants…

Mathias Ulrich

[dvd :] LE RENNE BLANC – Erik Blomberg

10 fév

Éd. Artus Films

Négligée par un mari qui lui préfère la pratique de la chasse au renne, une jeune femme part chercher de l’aide auprès d’un sorcier pour remettre un peu d’enthousiasme au sein de son couple. Celui-ci l’envoie sacrifier un jeune renne au pied d’un monument de pierre. Mais des puissances négatives, déjà tapies en elle, se manifestent. Bientôt, sous la forme d’un cervidé, elle attire des chasseurs pour les vider de leur sang…

En 2006, le finlandais Antti-Jussi Annila, par ailleurs réalisateur de l’excellent Sauna, tentait une fusion entre folklores mythologiques finnois et chinois dans un Jade warrior ostentatoire et quelque peu raté. Les similitudes entre les deux semblaient bien apparaître de-ci, de-là. Mais à trop noyer l’humain dans le spectaculaire aux petits pieds d’un bataillon de tics visuels issus du récent cinéma de Hong Kong, le film oubliait de faire ressentir au spectateur ce sentiment d’universalité des traditions, qui rassure et réjouit tout à la fois.

Quelques 54 ans plus tôt et de toute évidence sans effort fait dans ce sens, un autre cinéaste finlandais, Erik Blomberg tournait Le renne blanc. Une œuvre très curieuse où une lapone se transforme en bête à bois et en vampire à la dent proéminente. Lors d’une scène, elle se déplace même en semblant montée sur roulettes, la chevelure flottant au vent, comme les personnages féminins des productions Tsui Hark, eux aussi adeptes de thérianthropie – parfois inversée – et de vampirisme.

Film avec le chamanisme pour toile de fond, Le renne blanc donne insensiblement au spectateur le sentiment d’être en terrain connu. Et nous rappelle que le chamanisme a été/est toujours pratiqué sous des formes très similaires par un peu toutes les cultures du monde. Les stèles rencontrées dans les plaines lapones sont les même que l’on croise dans les steppes mongoles. De même, un non amateur de cinéma de Hong Kong devrait pouvoir rattacher le film à un élément quelconque de sa culture cinéphilique. Aux légendes indiennes de Wolfen, par exemple.

Les photos d'enfance de Christine Boutin expliquent bien des choses.

Pour autant, le film d’Erik Blomberg, à l’action située dans des paysages immaculés où la neige rend tout déplacement laborieux et incertain, ne ressemble à aucun autre. Tourné dans un très beau noir et blanc, il est souvent déconcertant, parfois aride, alternant un style sec semi-documentaire avec de vraies envolées de poésie fantastique. On est dans la prise de conscience des puissances de la nature. On est aussi dans la psyché d’une femme délaissée. Et dans un film d’épouvante répondant aux canons du genre : réveil du monstre, victimes qui s’amoncellent, etc. Tout ça sur moins de 70 minutes, avec une belle économie de dialogue.

Le renne blanc est aussi un puzzle ésotérique parfois franchement difficile à décrypter, et pour une fois on conseillerait presque de commencer par les bonus. Sur prêt d’une heure, l’écrivain Georges Foveau, auteur d’un livre sur le sujet, y revient sur la représentation du chamanisme au cinéma, au travers d’une poignée de films représentatifs. Surtout, il propose des clefs d’interprétation passionnantes concernant les véritables enjeux de l’histoire. Sur un combat chamanisme / chrétienté, tradition / modernité qui aura pu un peu passer au dessus de la tête du spectateur distrait par les aspects purement sensitifs d’un film pas toujours facile à aborder mais qui saura récompenser ceux qui auront été vers lui.

Mathias Ulrich

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