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[dvd :] Coffret LES DINOSAURES ATTAQUENT !

16 nov

Éd. Artus Films

Les amateurs de grosses bestioles préhistoriques et de séries B désargentées seront aux anges avec ce nouveau coffret concocté par Artus Films et comprenant quatre films (Lost continent, Two lost worlds, King dinosaur, The beast of hollow mountain) répartis sur deux disques.

Dans Lost continent (1951) de Sam Newfield, une équipe de scientifiques est envoyée sur une île perdue du Pacifique afin de retrouver une fusée égarée et d’y récupérer des informations primordiales pour la recherche spatiale. Mais évidemment, ça ne manque pas : l’île est infestée de dinosaures ! Une œuvrette sans prétention, en noir et blanc et en sépia. Les sentiments sont plutôt bons (il y a un Russe dans l’expédition et ce n’est même pas un traitre !) et l’animation des dinosaures en image par image est un rien primitive mais amusante. L’ensemble est assez bien rythmé et les poncifs d’usage sont utilisés à bon escient.

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[dvd :] CANNIBAL HOLOCAUST – Ruggero Deodato

12 nov

Éd. Opening

Opening ressort Cannibal holocaust en édition Ultimate. Nous avions déjà parlé du film et longuement interviewé Ruggero Deodato, qui s’était par ailleurs soumis à l’exercice de la cinéphilie. Par rapport à l’édition sortie en 2004, le disque de bonus – d’un très bon niveau global – reste rigoureusement le même. Ce qui change, c’est le nouveau master haute définition. Celui de 2004 avait déjà pas mal d’allure, mais ce nouveau transfert, si il est un poil plus sombre, supprime quelques défauts de pellicule et quelques fourmillements.

Cannibal holocaust, grand classique du cinéma crapoteux, est donc beau comme un sou neuf.

Par delà ses aspects les plus discutables (scènes snuff avec des animaux, goût du sensationnalisme crapuleux), le film apparaît curieusement assez sympathique aujourd’hui. C’est la rencontre de deux conceptions du cinéma. Un cinéma à l’ancienne – le film de jungle d’antan, avec aventuriers mal rasés et tribus sauvages – et le pur film de procédé. Ici, la grande idée du film tourné par ses propres interprètes, qui sera beaucoup reprise plus tard.

Si c’est cette deuxième partie qui valu sa réputation au film (Deodato a beaucoup raconté comment il du se présenter au tribunal avec ses comédiens pour prouver qu’ils étaient bien vivants), il n’est pas interdit de trouver la première moitié beaucoup plus intéressante, finalement. C’est un peu l’état d’esprit des personnages à l’écran qui se répercute sur la manière dont il sont filmé. Ouverture d’esprit et optimisme dans un premier temps – pour un cinéma au premier degré manufacturé avec soin par des artisans chevronnés; duplicité et cynisme ensuite – et l’arrivée d’un cinéma de petits malins, où l’on salope la technique par pur artifice. L’apport de Robert Kerman n’est sans doute pas négligeable non plus. Dommage que ce curieux acteur de formation théâtrale, qui faute de trouver du boulot ailleurs se résolut un jour à faire du porno et crut bien être tiré d’affaire le temps de quelques bandes cannibalesques (il est aussi dans La secte des cannibales et Cannibal ferox, tous deux d’Umberto Lenzi) n’eut pas davantage d’occasions de travailler dans le cinéma traditionnel. Sa présence à l’écran était loin d’être inintéressante.

Mathias Ulrich

[dvd :] PRIME CUT – Michael Ritchie

3 nov

Éd. Carlotta

Dans la discussion informelle disponible en bonus sur le DVD, où Jean-Pierre Dionnet et Frédéric Schoendoerffer échangent leurs impressions sur le film, les deux hommes le situent à la jonction entre film noir classique et cinéma moderne. La fin d’une époque, l’entrée dans une autre. Et effectivement, à la manière du Pacha de Georges Lautner en France et de Performance de Donald Cammell et Nicolas Roeg en Angleterre, Prime cut dynamite littéralement les frontières du polar traditionnel.

On y suit Nick Devlin, un gangster de la vieille école, envoyé au fin fond du Kansas collecter une somme d’argent qu’un mauvais payeur et vieille connaissance, Mary Ann (Gene Hackman tout en moustache, malgré un prénom pas très viril), refuse de rendre. Là, il débarque au beau milieu d’une foire à bestiaux où des jeunes filles sont vendues en guise de bétail…

Lee Marvin est taiseux et sauvage. Les tétons de Sissy Spacek sont rose bonbon. Les abattoirs débitent de la chair humaine. Les méchants sont dégénérés et leur fin sera violente ! Prime cut (qui s’appelait Carnage lors de sa sortie dans les salles françaises) est un badass movie, un vrai, et les morceaux de bravoure s’enchainent à rythme constant. La découverte de la foire à bestiaux où de jeunes orphelines dénudées et droguées sont parquées dans des enclos, la fuite en plein champs de Lee Marvin et Sissy Spacek poursuivis par une moissonneuse-batteuse, le même Lee Marvin emmenant la même Sissy Spacek nue sous une robe transparente dans un restaurant chic, la fusillade au milieu des tournesols, la mise à sac du repère de Mary Ann…

On peut qualifier Prime cut de film de fous sans crainte d’être accusé d’abus de superlatif. Superbement photographié, brouillon, parfois bâclé, violent, parsemé de moments d’étrangeté, il se tient constamment sur une frontière ténue entre grotesque et splendide. Une vraie incongruité dans la carrière de Michael Ritchie, qui signera plus tard des œuvres aussi immortelles que Fletch aux trousses et Golden child, l’enfant sacré du Tibet. Avec ses gangsters vieillissants en provenance de Chicago (éléments anachroniques et presque obsolètes mais également seuls remparts sécurisants) qui viennent épurer une campagne peuplée de rednecks franchement inquiétants (voir les hommes de main de Mary Ann, tous blonds, vêtus en jean, si désespérément identiques qu’on les croirait consanguins), en ajoutant à leur but premier – l’encaissement d’une somme d’argent – une mission de sauvetage de l’innocence – les orphelines livrées à la prostitution – le film fait montre d’une curieuse manière de jouer avec les valeurs. Il marque l’entrée dans une décennie en perte de moralité (les années 70), qui sera beaucoup plus dure et angoissante que la précédente, et se montre rétrograde et novateur tout à la fois.

Notons encore que Prime cut eut une curieuse descendance une douzaine d’années plus tard en France : le chouette et mal aimé Canicule de Yves Boisset, qui entretient avec lui nombre de similitudes.

Mathias Ulrich

[dvd :] NID D’ESPIONS – Richard Wallace

26 oct

Éd. Montparnasse

Alors qu’il récupère après un séjour prolongé dans un camp de prisonniers franquiste, John McKittrick apprend la mort de son meilleur ami Louie Lepetino, qui l’avait tiré des mains de ses bourreaux. Souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique qui rend son comportement et sa perception de ce qui l’entoure parfois imprévisible, il décide de mener sa propre enquête, mais il est entouré d’espions qui veulent récupérer une chose en sa possession, et savoir à qui se fier n’est pas chose facile…

Outre le petit cours de rattrapage pour le chroniqueur n’ayant pas fourré son nez dans un livre d’histoire depuis des lustres (« mais que viennent faire ces nazis en pleine guerre d’Espagne ? »), Nid d’espions est un film qui ne manque pas d’attraits. Si en cette année 1943, le cinéma américain n’étaient pas encore prêt à aborder de front le sujet des soldats traumatisés au combat, il pouvait en revanche, et plus pour servir des besoins scénaristiques que pour pointer une réalité sociale, faire appel à un soldat traumatisé par les tortures subies durant sa captivité. Le visage tourmenté de John Garfield (lui-même acteur martyrisé sur l’autel du maccarthisme, et à la carrière météorite), donne vie à merveille à cet homme-là. Un All American boy typique, séducteur et défonceur de portes, qui fait preuve de la même prestance le revolver au poing que dans un diner mondain. Mais aussi un homme fissuré, halluciné, toujours à deux doigts de la rupture. Un brin de psychose qui fait beaucoup pour humaniser un personnage sinon sans tache et aseptisé, enfant d’une Amérique triomphante mille fois vu dans des productions analogues.

Le film marque aussi – et surtout – par son atmosphère morbide et hautement paranoïaque. Tous, dans l’entourage de McKittrick, hommes comme femmes, semblent être agent, agent double, ou au moins avoir des choses à cacher et/ou en savoir beaucoup plus qu’ils ne veulent bien l’admettre. La révélation de ce que les nazis cherchent à récupérer ramène un peu platement le film à ce qu’il est – un produit de propagande – et le rend indissociable d’un contexte bien particulier. Elle entache aussi quelque peu sa crédibilité. Symbolisme, orgueil et dévotion aveugle à des valeurs un rien faisandées paraissent un peu dérisoires au milieu d’un complot de cet envergure, où les victimes tombent comme des mouches. Mais par cette ambiance malsaine, où un ami de toujours se regarde avec défiance, où un béguin se vit entre aveuglement et crainte de la trahison, où des paralytiques racés passionnés par la torture mentale brûlent de tout savoir de votre point de vue sur la question et où chaque mot, chaque geste peut revêtir un sens caché, Nid d’espions parvient à marquer favorablement les esprits. Une courte introduction de Serge Bromberg complète cette édition DVD.

 Mathias Ulrich

[dvd :] OPÉRATION OPIUM – Terence Young

19 oct

Éd. Carlotta

On est de prime abord un peu perplexe devant ce film vendu comme une nouvelle collaboration entre Terence Young et Ian Fleming. Soit le duo gagnant des premiers James Bond avec Sean Connery. Le scénario tient à pas grand chose : des enquêteurs envoyés par l’ONU traquent une cargaison d’opium, à travers le Moyen-Orient et l’Europe, et doivent faire face à des trafiquants sans scrupules. Des personnages que l’on pensait importants disparaissent au bout de cinq minutes et le plus humble portier est interprété par une star. Comme on a le temps de ne s’habituer ni aux lieux ni aux visages, l’ensemble paraît très disparate. Et comme l’ostentation du message (la drogue fait des ravages et les trafiquants sont des dangers publics) prime sur la psychologie d’agents qui ressemblent plus à votre voisin de palier qu’à Daniel Craig, l’ensemble finit même par s’apparenter à un espèce d’anti-James Bond.

La vérité c’est qu’Opération opium est un film d’utilité publique. Un spot publicitaire géant commandité par l’ONU pour s’autopromouvoir et où des vedettes en pagaille (Yul Brynner, Rita Hayworth, Marcello Mastroianni, Angie Dickinson, Gilbert Roland… la liste est longue) vinrent faire un coucou gratuitement, pour la bonne cause. Les aspirations réalistes inhérentes à un tel projet (description méticuleuse de toutes les échelles du trafic et du contre-trafic, mort inéluctable de personnages centraux…) sont systématiquement contrebalancées par le travail de Terence Young, conscient que l’on a fait appel à lui pour ses qualités de réalisateur de films spectaculaires. Cavalcades, scènes d’action, humour bon enfant, personnages ultra-typés (il y a même Harold Sakata, le tueur au chapeau de Goldfinger) donnent donc un aspect pop et fun à l’ensemble, posant nettement le fondement du film dans un équilibre instable entre le tabouret en bois du constat édificateur et le fauteuil rembourré du divertissement populaire.

Ce manque de cohérence accepté, il y a de bons moments dans Opération opium, du dépaysement, un côté pulp sympathique, un réel plaisir à suivre certains protagonistes (mention spéciale à Trevor Howard), évidemment une impressionnante galerie d’acteurs, stars respectables mêlées à des réguliers du cinéma bis de l’époque (Howard Vernon, Marilu Tolo…) et ce charme diffus qu’ont souvent les projets improbables, quand il apparaît rapidement que mettre commanditaires et public sur une même longueur d’onde tient de la cause perdue… Une bande-annonce et une intéressante interview du journaliste Philippe Lombard, qui revient sur la genèse du film, complètent cette édition DVD.

Mathias Ulrich

 

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