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[dvd :] Coffret LES DINOSAURES ATTAQUENT !

16 nov

Éd. Artus Films

Les amateurs de grosses bestioles préhistoriques et de séries B désargentées seront aux anges avec ce nouveau coffret concocté par Artus Films et comprenant quatre films (Lost continent, Two lost worlds, King dinosaur, The beast of hollow mountain) répartis sur deux disques.

Dans Lost continent (1951) de Sam Newfield, une équipe de scientifiques est envoyée sur une île perdue du Pacifique afin de retrouver une fusée égarée et d’y récupérer des informations primordiales pour la recherche spatiale. Mais évidemment, ça ne manque pas : l’île est infestée de dinosaures ! Une œuvrette sans prétention, en noir et blanc et en sépia. Les sentiments sont plutôt bons (il y a un Russe dans l’expédition et ce n’est même pas un traitre !) et l’animation des dinosaures en image par image est un rien primitive mais amusante. L’ensemble est assez bien rythmé et les poncifs d’usage sont utilisés à bon escient.

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[dvd :] CANNIBAL HOLOCAUST – Ruggero Deodato

12 nov

Éd. Opening

Opening ressort Cannibal holocaust en édition Ultimate. Nous avions déjà parlé du film et longuement interviewé Ruggero Deodato, qui s’était par ailleurs soumis à l’exercice de la cinéphilie. Par rapport à l’édition sortie en 2004, le disque de bonus – d’un très bon niveau global – reste rigoureusement le même. Ce qui change, c’est le nouveau master haute définition. Celui de 2004 avait déjà pas mal d’allure, mais ce nouveau transfert, si il est un poil plus sombre, supprime quelques défauts de pellicule et quelques fourmillements.

Cannibal holocaust, grand classique du cinéma crapoteux, est donc beau comme un sou neuf.

Par delà ses aspects les plus discutables (scènes snuff avec des animaux, goût du sensationnalisme crapuleux), le film apparaît curieusement assez sympathique aujourd’hui. C’est la rencontre de deux conceptions du cinéma. Un cinéma à l’ancienne – le film de jungle d’antan, avec aventuriers mal rasés et tribus sauvages – et le pur film de procédé. Ici, la grande idée du film tourné par ses propres interprètes, qui sera beaucoup reprise plus tard.

Si c’est cette deuxième partie qui valu sa réputation au film (Deodato a beaucoup raconté comment il du se présenter au tribunal avec ses comédiens pour prouver qu’ils étaient bien vivants), il n’est pas interdit de trouver la première moitié beaucoup plus intéressante, finalement. C’est un peu l’état d’esprit des personnages à l’écran qui se répercute sur la manière dont il sont filmé. Ouverture d’esprit et optimisme dans un premier temps – pour un cinéma au premier degré manufacturé avec soin par des artisans chevronnés; duplicité et cynisme ensuite – et l’arrivée d’un cinéma de petits malins, où l’on salope la technique par pur artifice. L’apport de Robert Kerman n’est sans doute pas négligeable non plus. Dommage que ce curieux acteur de formation théâtrale, qui faute de trouver du boulot ailleurs se résolut un jour à faire du porno et crut bien être tiré d’affaire le temps de quelques bandes cannibalesques (il est aussi dans La secte des cannibales et Cannibal ferox, tous deux d’Umberto Lenzi) n’eut pas davantage d’occasions de travailler dans le cinéma traditionnel. Sa présence à l’écran était loin d’être inintéressante.

Mathias Ulrich

[dvd :] PRIME CUT – Michael Ritchie

3 nov

Éd. Carlotta

Dans la discussion informelle disponible en bonus sur le DVD, où Jean-Pierre Dionnet et Frédéric Schoendoerffer échangent leurs impressions sur le film, les deux hommes le situent à la jonction entre film noir classique et cinéma moderne. La fin d’une époque, l’entrée dans une autre. Et effectivement, à la manière du Pacha de Georges Lautner en France et de Performance de Donald Cammell et Nicolas Roeg en Angleterre, Prime cut dynamite littéralement les frontières du polar traditionnel.

On y suit Nick Devlin, un gangster de la vieille école, envoyé au fin fond du Kansas collecter une somme d’argent qu’un mauvais payeur et vieille connaissance, Mary Ann (Gene Hackman tout en moustache, malgré un prénom pas très viril), refuse de rendre. Là, il débarque au beau milieu d’une foire à bestiaux où des jeunes filles sont vendues en guise de bétail…

Lee Marvin est taiseux et sauvage. Les tétons de Sissy Spacek sont rose bonbon. Les abattoirs débitent de la chair humaine. Les méchants sont dégénérés et leur fin sera violente ! Prime cut (qui s’appelait Carnage lors de sa sortie dans les salles françaises) est un badass movie, un vrai, et les morceaux de bravoure s’enchainent à rythme constant. La découverte de la foire à bestiaux où de jeunes orphelines dénudées et droguées sont parquées dans des enclos, la fuite en plein champs de Lee Marvin et Sissy Spacek poursuivis par une moissonneuse-batteuse, le même Lee Marvin emmenant la même Sissy Spacek nue sous une robe transparente dans un restaurant chic, la fusillade au milieu des tournesols, la mise à sac du repère de Mary Ann…

On peut qualifier Prime cut de film de fous sans crainte d’être accusé d’abus de superlatif. Superbement photographié, brouillon, parfois bâclé, violent, parsemé de moments d’étrangeté, il se tient constamment sur une frontière ténue entre grotesque et splendide. Une vraie incongruité dans la carrière de Michael Ritchie, qui signera plus tard des œuvres aussi immortelles que Fletch aux trousses et Golden child, l’enfant sacré du Tibet. Avec ses gangsters vieillissants en provenance de Chicago (éléments anachroniques et presque obsolètes mais également seuls remparts sécurisants) qui viennent épurer une campagne peuplée de rednecks franchement inquiétants (voir les hommes de main de Mary Ann, tous blonds, vêtus en jean, si désespérément identiques qu’on les croirait consanguins), en ajoutant à leur but premier – l’encaissement d’une somme d’argent – une mission de sauvetage de l’innocence – les orphelines livrées à la prostitution – le film fait montre d’une curieuse manière de jouer avec les valeurs. Il marque l’entrée dans une décennie en perte de moralité (les années 70), qui sera beaucoup plus dure et angoissante que la précédente, et se montre rétrograde et novateur tout à la fois.

Notons encore que Prime cut eut une curieuse descendance une douzaine d’années plus tard en France : le chouette et mal aimé Canicule de Yves Boisset, qui entretient avec lui nombre de similitudes.

Mathias Ulrich

[dvd :] NID D’ESPIONS – Richard Wallace

26 oct

Éd. Montparnasse

Alors qu’il récupère après un séjour prolongé dans un camp de prisonniers franquiste, John McKittrick apprend la mort de son meilleur ami Louie Lepetino, qui l’avait tiré des mains de ses bourreaux. Souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique qui rend son comportement et sa perception de ce qui l’entoure parfois imprévisible, il décide de mener sa propre enquête, mais il est entouré d’espions qui veulent récupérer une chose en sa possession, et savoir à qui se fier n’est pas chose facile…

Outre le petit cours de rattrapage pour le chroniqueur n’ayant pas fourré son nez dans un livre d’histoire depuis des lustres (« mais que viennent faire ces nazis en pleine guerre d’Espagne ? »), Nid d’espions est un film qui ne manque pas d’attraits. Si en cette année 1943, le cinéma américain n’étaient pas encore prêt à aborder de front le sujet des soldats traumatisés au combat, il pouvait en revanche, et plus pour servir des besoins scénaristiques que pour pointer une réalité sociale, faire appel à un soldat traumatisé par les tortures subies durant sa captivité. Le visage tourmenté de John Garfield (lui-même acteur martyrisé sur l’autel du maccarthisme, et à la carrière météorite), donne vie à merveille à cet homme-là. Un All American boy typique, séducteur et défonceur de portes, qui fait preuve de la même prestance le revolver au poing que dans un diner mondain. Mais aussi un homme fissuré, halluciné, toujours à deux doigts de la rupture. Un brin de psychose qui fait beaucoup pour humaniser un personnage sinon sans tache et aseptisé, enfant d’une Amérique triomphante mille fois vu dans des productions analogues.

Le film marque aussi – et surtout – par son atmosphère morbide et hautement paranoïaque. Tous, dans l’entourage de McKittrick, hommes comme femmes, semblent être agent, agent double, ou au moins avoir des choses à cacher et/ou en savoir beaucoup plus qu’ils ne veulent bien l’admettre. La révélation de ce que les nazis cherchent à récupérer ramène un peu platement le film à ce qu’il est – un produit de propagande – et le rend indissociable d’un contexte bien particulier. Elle entache aussi quelque peu sa crédibilité. Symbolisme, orgueil et dévotion aveugle à des valeurs un rien faisandées paraissent un peu dérisoires au milieu d’un complot de cet envergure, où les victimes tombent comme des mouches. Mais par cette ambiance malsaine, où un ami de toujours se regarde avec défiance, où un béguin se vit entre aveuglement et crainte de la trahison, où des paralytiques racés passionnés par la torture mentale brûlent de tout savoir de votre point de vue sur la question et où chaque mot, chaque geste peut revêtir un sens caché, Nid d’espions parvient à marquer favorablement les esprits. Une courte introduction de Serge Bromberg complète cette édition DVD.

 Mathias Ulrich

[dvd :] OPÉRATION OPIUM – Terence Young

19 oct

Éd. Carlotta

On est de prime abord un peu perplexe devant ce film vendu comme une nouvelle collaboration entre Terence Young et Ian Fleming. Soit le duo gagnant des premiers James Bond avec Sean Connery. Le scénario tient à pas grand chose : des enquêteurs envoyés par l’ONU traquent une cargaison d’opium, à travers le Moyen-Orient et l’Europe, et doivent faire face à des trafiquants sans scrupules. Des personnages que l’on pensait importants disparaissent au bout de cinq minutes et le plus humble portier est interprété par une star. Comme on a le temps de ne s’habituer ni aux lieux ni aux visages, l’ensemble paraît très disparate. Et comme l’ostentation du message (la drogue fait des ravages et les trafiquants sont des dangers publics) prime sur la psychologie d’agents qui ressemblent plus à votre voisin de palier qu’à Daniel Craig, l’ensemble finit même par s’apparenter à un espèce d’anti-James Bond.

La vérité c’est qu’Opération opium est un film d’utilité publique. Un spot publicitaire géant commandité par l’ONU pour s’autopromouvoir et où des vedettes en pagaille (Yul Brynner, Rita Hayworth, Marcello Mastroianni, Angie Dickinson, Gilbert Roland… la liste est longue) vinrent faire un coucou gratuitement, pour la bonne cause. Les aspirations réalistes inhérentes à un tel projet (description méticuleuse de toutes les échelles du trafic et du contre-trafic, mort inéluctable de personnages centraux…) sont systématiquement contrebalancées par le travail de Terence Young, conscient que l’on a fait appel à lui pour ses qualités de réalisateur de films spectaculaires. Cavalcades, scènes d’action, humour bon enfant, personnages ultra-typés (il y a même Harold Sakata, le tueur au chapeau de Goldfinger) donnent donc un aspect pop et fun à l’ensemble, posant nettement le fondement du film dans un équilibre instable entre le tabouret en bois du constat édificateur et le fauteuil rembourré du divertissement populaire.

Ce manque de cohérence accepté, il y a de bons moments dans Opération opium, du dépaysement, un côté pulp sympathique, un réel plaisir à suivre certains protagonistes (mention spéciale à Trevor Howard), évidemment une impressionnante galerie d’acteurs, stars respectables mêlées à des réguliers du cinéma bis de l’époque (Howard Vernon, Marilu Tolo…) et ce charme diffus qu’ont souvent les projets improbables, quand il apparaît rapidement que mettre commanditaires et public sur une même longueur d’onde tient de la cause perdue… Une bande-annonce et une intéressante interview du journaliste Philippe Lombard, qui revient sur la genèse du film, complètent cette édition DVD.

Mathias Ulrich

 

[dvd :] SOLO POUR UNE BLONDE – Roy Rowland

6 juil

Ed. Carlotta

Alcoolique et clochardisé depuis la disparition de sa secrétaire et maîtresse Velda, Mike Hammer reprend du service lorsque, appelé au chevet d’un mourant, celui-ci lui révèle que Velda pourrait ne pas être morte, mais qu’il n’a que très peu de temps pour la retrouver vivante…

Mickey Spillane dans le rôle de sa créature, Mike Hammer, ça titille fatalement la curiosité. Pas forcément très bon acteur, le Spillane, mais il était le premier à en convenir. Un physique massif, une confiance en lui à l’épreuve des balles. Pilote de l’US Air Force pendant la deuxième. Écrivain à succès conspué par la critique. Anticommuniste farouche. Témoin de Jéhovah convaincu. Macho man fortement porté sur la bagatelle. Collectionneur d’armes à feu. Artisan de la machine à écrire. Self made man qui se rit des propositions d’Hollywood. Une espèce d’anarchiste de droite et bigot. Un condensé de contradictions qui trône tranquillement sur sa véranda en attendant de voir si sa maison va encore s’envoler. Nonchalant et bravache à la fois.

Masochiste en quête de rédemption aussi. Mike va en baver. Pouilleux et éthylique, il sert de serpillière à son ex-copain Pat Chambers. Il accepte les raclées. Imperturbable. Il sait de nouveau où il va. Il va retrouver Velda. Sans doute. Ça lui redonne goût pour les femmes. Shirley Eaton qui se dore au soleil, ça donne envie d’y mettre les doigts. Amoureux mais pas exclusif, le Hammer. Sa déchéance tient à Velda. Son salut aussi. Ce n’est pas pour ça qu’ils doivent se promettre un jardin de roses. Pas de ça entre eux.

Sa détermination retrouvée, Mike écume les bas-fonds new-yorkais. Tous ne lui font plus confiance. Il a fait son temps. On l’a vu pleurnicher au fond d’impasses puant l’urine. Sale et aviné. Il leur montrera qu’il est toujours le même. Rassurant, froid, cynique et résolu. Parfois chevaleresque, parfois sadique. Le dernier de sa lignée.

Il traverse une ville en noir et blanc parce que les producteurs ne croyaient pas au projet et ne voulaient pas y injecter trop d’oseille. Dénoue une intrigue aussi complexe que décousue. Au bout du compte, elle n’a pas tant d’importance que ça. Fin en queue de poisson. On s’en fout. On voulait voir Mike cuver dans le caniveau et distribuer des bourre-pif.

En bonus, En attendant Lili, trois jours avec Mickey Spillane, un documentaire d’une heure allemand mais néanmoins passionnant. Mickey et sa machine à écrire, Mickey et son bateau, Mickey et ses lecteurs, Mickey et les avions, Mickey et l’ouragan Lili…

Mathias Ulrich

[dvd :] PANIC SUR FLORIDA BEACH – Joe Dante

5 juin

Éd. Carlotta

Floride, octobre 1962. En pleine crise des missiles de Cuba, alors que la population américaine est plongée dans la paranoïa, Gene, un adolescent solitaire, attend avec impatience l’arrivée de son idole, le réalisateur Lawrence Woosley, qui doit venir présenter son nouveau film, L’homme-fourmi, dans la petite ville de Key West. Une fois dans la place, Woosley va habilement user de la confusion ambiante pour finir par créer un véritable vent de panique…

Dans la longue interview disponible en supplément sur le DVD, Joe Dante décrit Panic sur Florida Beach comme son film le plus personnel. En 1962, il avait à peu près l’âge de son personnage principal et, comme lui, il adorait les films de monstres. Cette empathie avec son sujet est sans doute le ciment de la réussite du film. Parce que les longs métrages sur l’adolescence – les anglo-saxons utilisent l’ expression coming of age, le temps des premiers émois sentimentaux et des premières prises de responsabilités – sont souvent prétexte à avalanche de paternalisme et de démagogie et ne sont pas facile à réussir. Mais Dante connait son affaire quand il s’agit de diriger des jeunes comédiens et, surtout – qualité rare – il se souvient qu’il a eu cet âge-là. De plus, il trouve le juste équilibre dans le temps accordé à l’écran entre personnages de jeunes et d’adultes. Et on en arrive à l’un des points fort de l’œuvre : John Goodman. Corps de cinéma exceptionnel (y a t-il un autre « gros » qui possède une telle prestance ?), il est parfait en Lawrence Woosley, le réalisateur-camelot-bidonneur génial, irresponsable et truculent. La ressemblance avec William Castle, auteur de La nuit de tous les mystères et du Désosseur de cadavres et inventeur d’une certaine forme de cinéma interactif n’est évidement pas fortuite et rajoute au sentiment de nostalgie ambiant.

Le film est aussi un retour sur ce que fut la grande psychose américaine durant les années 50 et 60 : la peur de la guerre nucléaire, cette gigantesque et dérisoire paranoïa, savamment entretenue par les autorités (le conflit Est-Ouest n’avait objectivement que peu de chance d’avoir lieu). Une parenthèse difficilement compréhensible aujourd’hui, aux effets autrement plus drôles que l’actuelle peur de l’islam (gestes à faire en cas d’attaque de missiles, abris anti-atomique qui florissaient au fond des caves des pavillons de banlieue…). Dante parvient à la restituer avec le juste dosage de finesse – nombre de gens ont cru pour de bon que l’heure du jugement dernier avait sonnée lors de cette crise des missiles – et de distanciation amusée.

L’addition de tous ces éléments donne un film authentiquement en marge, qui s’avéra malheureusement « invendable », selon ses producteurs, et ne rencontra – assez logiquement – lors de la quasi non-exploitation commerciale qui s’ensuivit, aucun succès public.

Les suppléments ne sont pas en reste avec, en plus de la chouette interview de Joe Dante, l’intégralité des scènes de L’homme-fourmi, l’hilarant film dans le film, un making-off d’époque et des bandes-annonces.

Mathias Ulrich

[dvd:] BLOOD ISLAND – Jang Cheol-soo

5 mai

Ed. Distrib film

Hae-won est une jeune employée de banque à la dent longue. Témoin d’une agression, elle refuse de porter secours à la victime, puis de témoigner par peur des représailles. Craignant pour sa sécurité, elle décide de répondre à l’invitation de son amie Bok-nam et de se faire oublier un moment sur l’île où elle passait ses vacances dans son enfance. Mais la situation là-bas est encore plus effrayante qu’à Séoul…

Jusqu’où un cinéaste peut-il aller pour illustrer son propos sans tomber dans la complaisance et discréditer sa démarche ? En face d’un film aussi borderline que l’est Blood island, cette éternelle question s’impose plus qu’elle ne se pose. Le propos ici est à peu près ceci : l’homme coréen est un salaud et la femme coréenne une victime consentante. L’un et l’autre vivent en harmonie dans un monde régit par la lâcheté et la domination. Parfois, poussée par les événements, une femme se résout à chambouler l’ordre établi. Qu’arrive-t-il alors ?

La démonstration passe par la mise en miroir de Bok-nam et Hae-won. Humainement, la pure et l’irrécupérable. Celle que l’on prend en sympathie et celle que l’on déteste à la première minute. Le calvaire et la terrible vengeance de l’une doit servir à la prise de conscience de l’autre. Cette façon très tranchée de concevoir les choses (on en sacrifie une pour sauver l’autre) se retrouve dans la manière d’isoler les deux femmes au milieu d’un panier de crabes indescriptible. Sur l’île, les hommes sont idiots, fainéants et violents avec les femmes. Les femmes sont idiotes, soumises aux hommes et violentes avec les plus faibles d’entre elles. A ce degré de subtilité, si le cinéaste est assuré de faire réagir son public (Blood island est un film qui recherche la réponse épidermique), il ne peut guère présumer par contre de l’indulgence de celui-ci. D’autant que le bougre systématise ce type de donne autant qu’il peut (voir les policiers qui laissent un marlou agripper violemment Hae-won à la gorge sous leurs nez mais empêchent celle-ci de se défendre !).

Au milieu de cet océan d’infortune et d’insécurité, signalons quand même que Blood island est un film joliment tourné, aux images et décors naturels somptueux. Sa partie slasher, cantonnée dans la dernière demi-heure est, en outre, dynamique et saignante à souhait… Mais à cultiver le grincement de dents avec une telle insistance, on s’expose à récolter une certaine méfiance quant à ses intentions.

Mathias Ulrich

 N.B. : Auréolé par le Grand Prix au dernier festival de Gérardmer et réalisé par un ancien assistant de Kim Ki-duk, partisan comme lui de prises de position casse-gueule et donc apte à faire débat dans les chaumières, on peut s’étonner que ce premier film de Jang Cheol-soo arrive chez nous directement en DVD, sans passer par la case salle.

[dvd :] L’INCOMPRIS – Luigi Comencini

24 fév

Ed. Carlotta

Laissé inconsolable après la mort de sa femme, Sir Duncombe, consul britannique à Florence, reporte toute son affection sur Milo, son fils cadet, laissant de côté l’aîné, Andrea, qu’il juge indifférent et irresponsable.

Dans l’entretien qui conclut le livre Luigi Comencini, enfance, vocation, expériences d’un cinéaste, sa fille Cristina, qui mène la discussion, fait remarquer à Comencini que la fin de L’incompris est fortement chargée en émotion. « Elle est racoleuse » tranche-t-il immédiatement. S’il est permis de ne pas partager sa sévérité, il est de fait que le ton mélodramatique mis à l’œuvre ici fait figure d’exception dans la carrière du cinéaste, chez qui le pessimisme mène plus volontiers au cynisme le plus glaçant (A cheval sur le tigre, L’argent de la vieille, Le grand embouteillage).

Il n’aura d’ailleurs nul besoin d’y avoir recours dans ces autres formidables films sur l’enfance que sont Les aventures de Pinocchio et Eugénio. D’où peut-être son sentiment d’insatisfaction. Pourtant, jusque dans ses débordements lacrymaux, L’incompris est un film tout sauf insatisfaisant. Dès qu’il touche au monde de l’enfance, Comencini semble trouver d’instinct le juste dosage entre émotion, drôlerie et cruauté. Il est vrai qu’en bon habitué de la comédie à l’italienne, il s’entend à marier les genres, à tremper dans la mélancolie les séquences les plus drolatiques. Surtout, il sait rendre ses histoires universelles. Un mélo situé dans un milieu de haute bourgeoisie devient accessible à tous. En soi, c’est déjà proche du tour de force. Ou comment un auteur naturellement peu enclin à chercher à tirer la larme se retrouve le plus apte à le faire…

Le film est moins drôle vu adulte qu’il ne l’était quand on était enfant. On est plus sensible rétrospectivement aux vexations, à la frustration, aux efforts désespérés endurés et fournis par Andrea. « C’est dur de débuter dans la vie ! » se dit-on, un peu effaré du nombre de fois où on l’a vu gamin et du plaisir qu’on y prenait à chaque fois.

Qu’est devenue la VF de notre enfance ? Déjà absente de l’édition DVD sorti chez Opening il y a quelques années, elle n’est pas plus présente ici. Ne reste qu’une piste italienne, crédible d’un point de vue dramatique mais pas toujours très bien synchronisée. Une sombre histoire de droits ou de matériel détérioré se cache certainement là-dessous. Dommage, cela coupe un peu le film de son premier public, à savoir les enfants…

Mathias Ulrich

[dvd :] LE RENNE BLANC – Erik Blomberg

10 fév

Éd. Artus Films

Négligée par un mari qui lui préfère la pratique de la chasse au renne, une jeune femme part chercher de l’aide auprès d’un sorcier pour remettre un peu d’enthousiasme au sein de son couple. Celui-ci l’envoie sacrifier un jeune renne au pied d’un monument de pierre. Mais des puissances négatives, déjà tapies en elle, se manifestent. Bientôt, sous la forme d’un cervidé, elle attire des chasseurs pour les vider de leur sang…

En 2006, le finlandais Antti-Jussi Annila, par ailleurs réalisateur de l’excellent Sauna, tentait une fusion entre folklores mythologiques finnois et chinois dans un Jade warrior ostentatoire et quelque peu raté. Les similitudes entre les deux semblaient bien apparaître de-ci, de-là. Mais à trop noyer l’humain dans le spectaculaire aux petits pieds d’un bataillon de tics visuels issus du récent cinéma de Hong Kong, le film oubliait de faire ressentir au spectateur ce sentiment d’universalité des traditions, qui rassure et réjouit tout à la fois.

Quelques 54 ans plus tôt et de toute évidence sans effort fait dans ce sens, un autre cinéaste finlandais, Erik Blomberg tournait Le renne blanc. Une œuvre très curieuse où une lapone se transforme en bête à bois et en vampire à la dent proéminente. Lors d’une scène, elle se déplace même en semblant montée sur roulettes, la chevelure flottant au vent, comme les personnages féminins des productions Tsui Hark, eux aussi adeptes de thérianthropie – parfois inversée – et de vampirisme.

Film avec le chamanisme pour toile de fond, Le renne blanc donne insensiblement au spectateur le sentiment d’être en terrain connu. Et nous rappelle que le chamanisme a été/est toujours pratiqué sous des formes très similaires par un peu toutes les cultures du monde. Les stèles rencontrées dans les plaines lapones sont les même que l’on croise dans les steppes mongoles. De même, un non amateur de cinéma de Hong Kong devrait pouvoir rattacher le film à un élément quelconque de sa culture cinéphilique. Aux légendes indiennes de Wolfen, par exemple.

Les photos d'enfance de Christine Boutin expliquent bien des choses.

Pour autant, le film d’Erik Blomberg, à l’action située dans des paysages immaculés où la neige rend tout déplacement laborieux et incertain, ne ressemble à aucun autre. Tourné dans un très beau noir et blanc, il est souvent déconcertant, parfois aride, alternant un style sec semi-documentaire avec de vraies envolées de poésie fantastique. On est dans la prise de conscience des puissances de la nature. On est aussi dans la psyché d’une femme délaissée. Et dans un film d’épouvante répondant aux canons du genre : réveil du monstre, victimes qui s’amoncellent, etc. Tout ça sur moins de 70 minutes, avec une belle économie de dialogue.

Le renne blanc est aussi un puzzle ésotérique parfois franchement difficile à décrypter, et pour une fois on conseillerait presque de commencer par les bonus. Sur prêt d’une heure, l’écrivain Georges Foveau, auteur d’un livre sur le sujet, y revient sur la représentation du chamanisme au cinéma, au travers d’une poignée de films représentatifs. Surtout, il propose des clefs d’interprétation passionnantes concernant les véritables enjeux de l’histoire. Sur un combat chamanisme / chrétienté, tradition / modernité qui aura pu un peu passer au dessus de la tête du spectateur distrait par les aspects purement sensitifs d’un film pas toujours facile à aborder mais qui saura récompenser ceux qui auront été vers lui.

Mathias Ulrich

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