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Bobby Sands versus James Bond

13 nov
A Belfast, les bus sont Bondés

A Belfast, les bus sont Bondés

Deux films ont dominé ces dernières semaines l’actualité cinématographique en Irlande du Nord. Tout d’abord ce fut évidemment la sortie du dernier épisode du plus britannique des super héros, James Bond, et ensuite la reconstitution d’un épisode historique de la lutte indépendantiste en Irlande du Nord : la Hunger and No-Wash Protest menée par Bobby Sands en 1981.

Tout semble opposer ces deux films. D’un côté l’une des plus longues franchises de l’histoire du cinéma, des moyens colossaux, un réalisateur mercenaire (Marc Forster), et une apologie d’une icône de la culture britannique, à qui Harry Potter a toutefois foutu un petit coup de vieux. De l’autre, Steve McQueen, artiste vidéo, lauréat du Prix Turner, signe un premier film de fiction audacieux sur un épisode réel du temps des Troubles : la grève de la faim entamée par des prisonniers de l’IRA pour forcer le Royaume-Uni de Thatcher à leur conférer le statut de prisonnier politique.

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Where in the world is Osama Bin Laden ?

17 juil

On the road again ? Oui, le mois dernier, seulement trois jours après mon arrivée à Belfast, j’ai pu assister à mon premier film sur le sol irlandais (ou britannique ? choisissez votre camp !) au Queen’s Film Theatre (cf photo, oui c’est bien un cinéma!), le cinéma de l’université de Belfast, celui qui a la programmation la plus originale et la plus internationale de la ville. Et qu’ai-je vu ? « Where in the World is Osama Bin Laden ? » le nouveau documentaire de Morgan Spurlock, qui a eu son heure de gloire avec « Super Size Me ».

Spurlock est à Michael Moore ce que Quick est à McDonald : un digne émule, avec une image moins dégradée et écrasante, qui a adopté sa façon de se mettre en scène dans ses propres documentaires, mais qui a eu la bonne idée de ne pas tomber dans la propagande démagogique. Cependant, la réelle marque de fabrique de Spurlock, c’est de se mettre en danger, de jouer sa propre santé, sa propre vie, et ici évidemment l’intitulé du film laisse à penser qu’il va devoir payer de sa personne, physiquement parlant, tel le héros d’un bon film d’action hollywoodien où un homme, un vrai prend à bras le corps le destin du monde pour aller botter les fesses du méchant ! Et quel méchant en l’occurrence, l’ultimate bad guy en personne : Oussama Ben Laden !

Comme toujours Spurlock prend son sujet (et sa santé et sa sécurité) très au sérieux. Il commence donc par prendre des cours d’autodéfense, des vaccins, des leçons d’Arabes, et même apprendre à gérer les situations où il pourrait être pris en otage (Ingrid Betancourt appréciera…). Mieux vaut prévenir que guérir, n’est-ce pas ? Séquences amusantes, et ô combien futiles, puisqu’au bout d’une heure et demie, en sortant de la salle, on est sidéré de voir combien tout son périple se déroule de façon plutôt chaleureuse, amicale, à l’opposé de tous les préjugés américains (et occidentaux en général) sur les pays Arabes. Les gens d’Egypte, du Maroc, d’Afghanistan lui ouvrent leurs bras et leurs cœurs avec une franchise et un sourire qui font plaisir à voir !

En Arabie Saoudite, les choses sont plus tendues, la moindre interview est surveillée, mais au moins peut-il dialoguer, tandis qu’en Israel il manque de se faire lyncher par des Juifs Orthodoxes qui refusent la moindre de ses questions. Certainement la séquence la plus glaçante et la plus paradoxale, compte tenu des liens USA-Israël. Bien évidemment, on se doute qu’on n’en apprendra pas davantage sur Ben Laden à la fin. A vrai dire, on s’en fiche bien, de Ben Laden, et Spurlock le premier. Son film n’a rien de révolutionnaire, il vient sans doute trop tard pour être de première importance, et n’apporte rien à ce qu’on connaissait déjà sur la situation politique mondiale, et le double jeu de la diplomatie américaine de ces trente dernières années, mais il a cette qualité d’aller au devant de toute une galerie de gens et de les montrer sous un jour humain, souriant, positif, loin des poncifs, loin des peurs et des fictions hollywoodiennes. La bonne humeur qui s’en dégage est communicative et donne même à penser qu’il reste de l’espoir pour l’humanité. Et, dans le contexte actuel (tremblements de terre, inflation, prix de l’essence, guerres, famines, Domenech reconduit à la tête de l’équipe de France…) c’est déjà pas mal !

 

QUIZ !

29 juin

Bonjour from Belfast !

On se plaint souvent de la traduction française des titres de films étrangers, mais qu’en est-il des traductions anglaises des films français ? Voyons si vous arrivez à retrouver les films (récents) qui se cachent derrière ces titres anglais :

-FEMALE AGENTS   (…tout est dit!)

-WELCOME TO THE STICKS (easy!)

-HEARTBEAT DETECTOR  (not easy!)

-SUMMER HOURS   (… litéral)

-COUSCOUS  (…réducteur)

 

Pour les réponses, prenez votre souris et surlignez les lignes qui suivent, et comme par magie les titres français apparaîtront :  Les femmes de l’ombre / Bienvenue chez les Ch’tis / La question humaine / L’heure d’été / et… La graine et le mullet !

Iluminados por el fuego

8 mar

 

En parallèle au dossier sur la guerre au cinéma paru dans le numéro -27 de CUT, un petit compte-rendu d’un film récent, sur une guerre oubliée.

 

Iluminados

La Guerre des Malouines opposa de mars à juin 1982 une Argentine dictatoriale bien décidée à dévier l’attention du peuple de sa brutalité et de son incurie, à un Empire britannique sur le retour.

C’est un conflit dont on parle peu, un conflit quasi-oublié, le produit d’un régime autoritaire désireux de redorer son blason en flattant la fibre nationale, un duel dans l’atlantique en faveur d’une poignée d’îlots bourbeux où s’ébattent des moutons (même pas un puits de pétrole !). Un conflit artificiel donc, au moins aussi artificiels que les flashbacks dont se sert Tristan Bauer, le réalisateur, pour replonger le narrateur dans ses souvenirs.

Un vétéran tente de se suicider. Son camarade de combat (Gaston Pauls, vu dans les Neuf Reines) vient à son chevet et se remémore leur période au front. Le procédé n’est pas léger, et vire carrément au grand mélo dans un épilogue larmoyant où le cinéma se fait complètement bouffer par la politique. Pourtant, ce film a le mérite de nous rappeler qu’il n’y a pas de « drôle de guerre », surtout pour ceux qui sont censés y participer. Car, plus que dans les scènes de combat (modestes et confuses, comme un parallèle à la désorganisation et aux carences des troupes argentines), c’est dans le portrait touchant de la camaraderie des appelés qui tentent de faire avec le froid, la faim, la peur, l’humidité, brimés par des officiers sadiques, que le film emporte le morceau. Ce sont les meilleures séquences, sobres, émouvantes, à hauteur d’homme.

Malgré l’effet de surprise de l’invasion, la riposte britannique boutera les Argentins hors des îles, ce qui contribuera au discrédit du régime de Buenos Aires, et amènera une transition démocratique anticipée. De tout cela, rien n’est fait mention dans le film, car la guerre n’est pas une seule fois remise en question ! Elle est même justifiée en fin de bobine par un encart qui dédie le film aux victimes argentines et rappelle le slogan : « Las Malvinas son Argentinas ». La seule critique que se permet le film, c’est à l’adresse de l’impréparation et de l’incompétence de la hiérarchie qui les a menés à la défaite. Du même coup, les soldats argentins passent du rôle d’agresseurs à celui de victimes. Qui attendent toujours d’être vengés.

C’est un petit problème pour un public non-argentin que ce choix partial peut mettre mal à l’aise, voire franchement gêner, invités que nous sommes à communier en faveur du bon droit de l’Argentine. Pourquoi pas ? C’est de bonne guerre, comme on dit. Reste l’impression désagréable que les soldats que l’on nous montre, avec qui ont a sympathisés sont au final trahis, utilisés, exploités par le film lui-même, après avoir été trahis, sacrifiés par leurs supérieurs.

Le grand film sur la guerre des Malouines reste à faire.

 

FILMASIA 2007

4 déc

FILMASIA

La troisieme édition de FILMASIA Festival du Film Asiatique s´est tenu le weekend dernier a Prague dans les cinémas Světozor et Aero. Cette édition a eu pour bonne idée de se focaliser sur la production Hong-Kongaise et de rendre hommage au talent protéiforme de Johnnie To, via des productions Milkyway Image.

Les cinéphiles Pragois ont donc pu découvrir : EXPECT THE UNEXPECTED de Patrick Yau ; TRIANGLE réalisé par Tsui Hark, Ringo Lam et Johnnie To ; CRAZY N´THE CITY de James Yuen ; THE HEAVENLY KINGS de Daniel Wu ; ONE NITE IN MONGKOK de Derek Yee ; INVISIBLE TARGET de Benny Chan ; A BATTLE OF WITS de Jacob Cheung ; A DIRTY CARNIVAL de Yoo Ha ; et sans oublier LUST, CAUTION d´Ang Lee.

IMACYBORGPour ma part, j´ai assisté a la projection de I AM A CYBORG BUT THAT´S OK de Park Chan-Wook. Hélas, la déception est a la hauteur de l´attente : une jeune femme, persuadée d´etre un cyborg, se fait enfermer dans un asile psychiatrique en compagnie d´autres malades grand genre, et s´ensuit une histoire d´amour avec un kleptomane… Le concept de comédie romantique en asile psychiatrique est une gageure intéréssante, mais si l´on retrouve la patte indéniable de PCW pour retourner comme une crepe les codes éthiques et moraux, le film ne débouche sur rien de bien concret et peine a faire rire. Ce n´est que lorsqu´il se focalise sur les deux personnages principaux que le film prend un certain relief et parvient a émouvoir, alors que le reste du temps, le cinéaste semble croire qu´il doit absolument filmer les fous comme si il en était un lui-meme.

NOUNOURS : LE FILM et LE SITE

3 déc

Nounours fait partie de cette catégorie un peu à part,

de ces films tournés en un instant sans écriture, sans prévoyance,

hop ! ça se déclenche et paf! c’est dans la boîte…

Nounours

Ainsi commence la gentille lettre aux spectateurs (nonchalants) de Benoit Legrand, jazzophage, cinephile, nouvellement cinéaste et accessoirement ami rencontré sur les bancs d´une fac Strasbourgeoise peu recommandable qui décida de poursuivre une carriere de galérien du 7e art.

Exilé a Lyon depuis, voici son premier film documentaire, 55 minutes de pur bonheur que meme Van der Keuken et Jean Rouch (ses références absolues en matiere de documentaire) s´en retournent dans leurs tombes, et qui bénéficie d´un joli site internet bien foutu avec en prime un extrait visionnable. Vous pouvez aussi consulter sa fiche film sur le site internet des Etats Generaux du Film Documentaire de Lussas.

Comment voir ce petit miracle, tourné sans aides ? Tres simple, il vous suffit d´aller sur le site et de télécharger… un bon de commande et de remplir un cheque pour une somme encore plus modique que pour le dernier Radiohead (bon, j´exagere un peu la…).

Pour finir, l´avis meme de Nounours (le héros) sur Nounours (le film) :

Moi en regardant le film j’ai trouvé ça touchant,

vivant, ça a réussi a blesser mon âme, à me faire pleurer.

Donc, n´oubliez pas : http://www.nounours-lefilm.com/

 

 

TOURNAGE A PRAGUE

7 nov

Weekend dernier a Prague. Tournage du coté de Malá Strana.

T1

T3

T2

Quiz : mais qui est donc l´actrice ???  

T4

THE FOUNTAIN Vs. SUNSHINE (Vs. SOLARIS)

13 oct

fountain2

Comme j’ai pas eu le fax sur le thème SF du mois dernier je vais me rattraper ce mois-ci. Il y a du bon à être en Tchéquie et d’avoir les films dans le désordre. Le mois dernier par exemple j’ai pu voir SUNSHINE et THE FOUNTAIN a deux semaines d’intervalle, un paradoxe temporel qui m’a bien fait cogiter. Si le premier est un pur film de SF, je n’ai pas pu m’empêcher de lui trouver avec le second (plus métaphysique que scientifique) quantité d’atomes crochus. Premier point, le plus évident, dans les deux films nous avons un voyage vers un soleil/une étoile. C’est une figure obligée de la SF, mais les objectifs diffèrent toujours (Georges Lucas, lui, envoie Luke Skywalker détruire l’Etoile Noire parce que c’est une méchante étoile !) et ici dans les deux cas nous avons affaire à une étoile qui se meurt. Donc, l’objectif est de sauver. Pour Sunshine il s’agit de sauver l’humanité, et pour The Fountain… Pareil ! D’accord, Tom a surtout pour but de sauver sa femme (ou de la retrouver) mais il faut bien comprendre qu’il est l’ultime être humain en vie dans tout le cosmos. Et là, pour ceux qui ont vu le film vous vous dites : quoi ? Parce qu’il n’est fait aucune mention de la Terre ou de ses habitants au 26e siècle. Cependant, si vous avez la bande originale du film (Clint Mansell, encore une fois monstrueux) vous verrez que le thème musical qui accompagne l’apparition de Tom l’astronaute se nomme The Last Man ! CQFD. Donc Tom est l’ultime être humain et sa quête n’est pas aussi égoïste qu’on peut le croire. Car je vous le demande : une fois qu’on est le dernier être humain au monde, est-ce que le mot égoïsme signifie encore quelque chose ?
Deuxièmement : le vaisseau spatial. Danny Boyle a commandé le sien à la NASA avec un réalisme tout kubrickien. Aronofsky, lui, a réduit le sien à sa plus simple expression : une bulle qui semble se mouvoir par la pensée. Toutefois, dans les deux cas, nous avons pour point commun que ces deux vaisseaux emportent un écosystème, une serre, qui leur fournit nourriture dans les deux cas et à chaque fois l’épuisement ou la destruction de cette serre est fatal. Souvenons-nous au passage de Silent Runner, le premier film de SF écolo ou un vaisseau-serre traverse l’espace et le temps dans un but semblable à celui de ces deux films : sauver / protéger. Néanmoins, l’arbre qui accompagne littéralement Tom à travers l’espace n’est pas qu’un stupide morceau de bois. D’une part, pour ce qu’il représente pour Tom (il l’identifie à sa défunte femme) et aussi pour l’humanité car cet arbre n’est pas n’importe lequel : c’est l’Arbre de Vie. Celui qui permet à Tom de traverser le cosmos sans vieillir et celui qui doit permettre à la Vie de renaître. Et c’est là qu’intervient le Divin. Car pas de bonne SF sans présence divine ! Même Danny Boyle n’y échappe pas puisqu’il montre avec le personnage de Pinbaker, capitaine d’Icarus I, l’influence du voyage interstellaire sur un esprit humain (thème qu’on retrouve dans Solaris). Pinbaker s’est trouvée une autre mission et dérive dans l’espace en attendant les anges. Il veut, il le dit, être le Dernier Homme (tiens tiens, The Last man ?), celui qui fera face à Dieu. Il n’a plus l’intention de sauver l’humanité, mais de la condamner, de la renvoyer à la poussière originelle, comme le grand inquisiteur Silecio dans The Fountain. Il n’est pas fait mention de croyance en Dieu chez Tom (apres tout il est scientifique, même s’il s’appelle Creo) mais l’ironie veut qu’il devienne à son tour Dieu, d’une part grâce à son envie démiurgique de trouver un remède à la mort (Death is a disease, there’s a cure, and i’ll find it !) et donc de devenir immortel (première des qualités pour laquelle c’est cool d’être Dieu) et ensuite grâce à son sacrifice (désintégré par la supernova, il va servir d’engrais si je puis dire à l’Arbre de Vie, comme le mythe maya dont lui avait parlé sa femme – comme quoi il n’y a pas que Jesus qui sait se sacrifier). En ce sens, il se rapproche davantage du personnage de Cillian Murphy qui amorce la bombe stellaire et fera face lui aussi à un final dantesque. Deux coïncidences pour finir : dans les deux films, nous avons Cliff Curtis au casting. Et surtout dans chaque film les deux derniers mots prononcés, le sont par une femme, et sont identiques : Finish it ! Et c’est ainsi que deux films conçus à des milliers de km l’un de l’autre ont finalement davantage en commun que ce qu’on pourrait croire par la magie de la science-fiction.

PS : ce qu’on peut lire au-dessus était mon article version longue pour le numéro 24. Je m’apprêtais à le publier ici tel quel, jusqu’à ce que je revois à la télévision le Solaris de Steven Soderbergh. Je fais déjà mention de Solaris dans l’article, mais je pensais surtout à celui de Tarkovsky. Or, en revoyant le Solaris que Soderbergh a tiré du roman de Stanislas Lew, je me suis aperçu qu’il avait tout à fait sa place ici. Là aussi, nous avons un homme, Kelvin, qui a perdu sa femme. Une mission le propulse sur la base orbitale qui essaie de perçer le mystère de Solaris, la planète-esprit. Et c’est là qu’il va retrouver sa femme, ou quelque chose qui y ressemble en tout cas. Soderbergh diffère beaucoup de Tarkovsky dans son traitement, surtout dans la mesure où Tarkovsky, nourri de mysticisme chrétien, sondait le rapport de l’homme à l’univers et à la vie. Soderbergh, lui, suit une pente différente, avec au bout du chemin le thème (très américain) du Paradis Perdu. Et dans son cas, le Paradis est retrouvé ! Car qu’est-ce que le Paradis ? Un homme, une femme, et basta, pour l’éternité ! En choisissant de rester sur la station, Kelvin retrouve son Paradis : il devient immortel (il se coupe avec un couteau, et sa plaie se referme miraculeusement, comme pour le Conquistador de Foutain). Les dernières minutes du film montrent d’ailleurs Kelvin et Rheya réunis, car Death shall have no dominion, comme il est dit dans le poème de Dylan Thomas qui sert de mot de passe aux amants.

En somme, mon article sur la science-fiction est un bel échec. En m’attardant sur ces trois films, je ne traite au final que du thème du Paradis Perdu. Un thème lié aux Etats-Unis eux-mêmes (les Puritains, the Manifest Destiny, la Nouvelle Jerusalem, etc…). Boyan a absolument raison en disant que le film d’Aronofsky est porté par une grande innocence. C’est cette recherche d’une innocence primordiale qui lie ces films. D’une innocence perdue.

Solaris

Sunshine

 

KUBRICK´S NAPOLEON

2 sept

STANLEY KUBRICK´S NAPOLEON SCRIPT

Il y a quelques mois semaines, CUT consacrait un enieme passionnant dossier au plus surfait génie du cinéma, oui, vous l´avez deviné : Stanley Kubrick. Ca y est vous vous en souvenez ? Bon, sur le coup j´avais décliné ma participation au dossier, faute de trouver un angle intéréssant et pas rebattu ! Moi et les themes… Mais je suis sur que vous vous souvenez aussi qu´il était souvent fait référence au mythique film maudit de Kubrick, sa biographie avortée de Napoléon Bonaparte. Eh bien j´ai eu la chance de tomber quelques temps plus tard sur le scénario de son film. Evidemment, la deadline est passée depuis longtemps, mais grace a ce blog, je vais pouvoir rattraper mon retard, décortiquer ce script, et meme vous offrir en exclusivité la version Pdf pour les courageux qui aiment lire en anglais (voir plus haut).

Pour traiter la vie de Napoléon, de sa naissance jusqu´a sa mort, dans les limites imparties d´une production Hollywoodienne, Kubrick n´a pas d´autre choix que de recourrir a un narrateur. Sans etre envahissant, celui-ci donne les dates, introduit actions et personnages, et cede ici ou la la place a certains morceaux choisis et pertinents des mémoires et de la correspondance de l´Empereur en fonction de la période. Ces périodes sont délimitées précisément par des cartons. D´abord ENFANCE, ensuite 1789 – REVOLUTION, puis LA PREMIERE CAMPAGNE D´ITALIE / EGYPTE / COUP D´ETAT / EMPIRE / LA CHUTE / L´INVASION DE LA FRANCE / ELBE, et finalement SAINTE-HELENE. Mais rien ne dit que les titres eussent été conservés a l´ecran. Autre moyen extradiégétique employé par Kubrick : les cartes animées pour expliquer les marches des armées, les plans de batailles, les déplacements incessants des armees d´un bout a l´autre d´un continent.

Un point particulierement intéréssant est la place que le script donne aux femmes dans la vie de Napoléon. C´est le principal ressort dramatique qui va permettre a Kubrick de vraiment donner chair (si je puis dire) a son personnage. Les relations que le petit caporal entretient avec la gente féminine est plus importante que la politique, les batailles… Et sa relation avec Joséphine (je te trompe, tu me trompes, je te quitte, mais je t´aime encore…) constitue bel et bien un des fils rouge du film. Kubrick semble prendre un malin plaisir a dépeindre la luxure qui habite l´Empereur, comme un parallele a sa soif de conquete.

Evidemment, pas de Napoléon sans batailles ! Mais Kubrick ne vise pas a la surenchere. On ne compte que deux vraies batailles filmées de facon exhaustives dans le script. D´abord une bataille anonyme dans les plaines d´Italie contre les Autrichiens, et n´est en fait qu´une synthese, avec commentaires, de la tactique qui lui réussira pendant un temps. Et enfin, la derniere bataille : Waterloo. Sinon, Austerlitz se réduit a la débacle post-affrontement des Russes et aux négociations qui s´ensuivent. Quant a l´Espagne… Pas un mot, pas une ligne !

Du point de vue du personnage lui-meme, on passe de l´enfant maladif surprotégé par sa mere au solitaire qui doit faire avec les brimades de ses corélégionnaires de l´école militaire. Il devient ensuite un soldat qui attend son heure, a l´innocence maladive vis-a-vis des femmes, pour passer a un sous-officier dégouté par la populace et la pusillanimité des autorités. Il gagne ses galons cependant aupres des Révolutionnaires dissolus pour lesquels il n´a que mépris mais qui lui ouvrent leurs salons et leurs orgies. Sa rencontre avec Joséphine est décisive. Elle entretient en lui un feu qu´il transporte sur les champs de bataille d´Italie et d´Egypte. Se voyant trompé, il trahit la Révolution et organise un coup qui le porte au pouvoir, et mettent les hommes (et les femmes) a ses ordres. Cet appétit se révele fatal : plus dur sera la chute. Il est trompé a son tour et finit comme l´on sait. Il y a de nombreuses similitudes entre son parcours et celui de Barry Lyndon. Kubrick lie la destinee de son héros a ses relations avec les femmes, avec SA femme plus précisément, et c´est en commencant a singer les Empereurs et les Rois que Napoléon perd sa chance et sa bonne étoile, comme Barry Lyndon.

Sans que l´on puisse dire avec certitude quel genre de film Kubrick aurait tiré de ce script, on y retrouve cette sorte de sécheresse propre au vieux Stanley, cette absence de fioritures, mais un incessant travail pour taper la ou ca fait vrai, la ou ca fait sens. Il nous offre quelques scenes comme Napoleon et le Tsar qui prennent un sauna, Bonaparte jeune qui croit que la glace qui s´est formée dans son pichet est du verre, Murat qui enseigne la valse a Napoleon, Napoleon qui sort de table pour se taper une convive… La seule image un peu émotive et tire-larmes de tout le film ouvre en fait et termine le film. C´est celle d´un ours en peluche mentionné dans les bras de Napoléon bébé a la premiere ligne du script, et le script se termine avec le meme ours en peluche, apres sa mort, dans l´appartement de sa mere. La récurrence n´est pas innocente, et chacun y verra ce qu´il voudra.

Enfin, pour terminer ce tres/trop long article, mentionnons aussi les 6 dernieres pages du script, qui sont des notes de productions signees de la main meme de Kubrick. Il y analyse a l´intention de ses producteurs et des décideurs du studio, les frais, la longeur prévu du tournage (150 jours, soit 1mn30 de tournage par jour utile selon ses calculs), les localités envisagées pour le tournage (Italie et Yougoslavie), l´offre de l´armée Roumaine de mettre 30 000 a sa disposition, la difference de prix entre les tailleurs Roumains et les autres pour obtenir des costumes d´époques crédibles, ainsi que des spécifications pour le casting et d´autres détails techniques pour améliorer la qualité de la photographie, et de la couleur tout en réduisant les couts etc etc… Le tout fournit des indications tres interessantes sur comment on devait monter un tel blockbuster a cette époque.

Ces 6 pages ont un tres net gout de lettre de motivation. Quel dommage qu´elles ne se soient pas révélées assez convaincantes !

MIRANDA JULY´s BLOG

18 juin

Miranda July a écrit un recueil de nouvelles intitulé No One Belongs Here More Than You.

Elle a donc créée un site internet pour en assurer la promotion. Un site totalement artisanal et décalé qui a nécessité un budget faramineux : un marqueur, un frigidaire, et un appareil photo.

Pour le découvrir : http://noonebelongsheremorethanyou.com/

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