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[cinép(h)age:] ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND (ép. 17/25)

16 avr

Des oeuvres multiples.

Un film de Michel Gondry (2004)

En matière d’adaptations littéraires au cinéma, il y a les fidèles (Tous les matins du monde Quignard / Cornau), les audacieux, qui transposent l’intrigue et transforment les personnages (La Chevauchée fantastique de John Ford, très librement inspirée de Boule de Suif de Maupassant) et ceux qui glanent des idées dans différents livres pour créer leur œuvre. Eternal Sunshine of the Spotless Mind, de Michel Gondry, en fait partie.

Tout commence par le titre, une citation d’un long poème d’Alexander Pope, Epitre d’Eloïse à Abélard. Aucune traduction française (à ma connaissance), ne fait honneur aux sonorités de ce vers qui est déjà un poème à lui seul. Autant lui laisser son étincelle originelle. Le personnage de Marie (Kirsten Dunst) en reprend un passage tronqué : « Vous, qui dans les langueurs d’un esprit monastique, ignorez de l’amour l’empire tyrannique, que vos coeurs sont heureux puisqu’ils sont insensibles, que vos jours sont sereins, toutes vos nuits paisibles ».

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[cinép(h)age:] : LE TOMBEAU DES LUCIOLES (ép.16/25)

2 avr

Un roman de Akiyuki Nosaka (1967)

Un film d’animation de Isao Takahata (1988)

Akiyuki Nosaka n’est pas sage. Vraiment, il ne fait pas grand chose pour passer inaperçu et tout ceux qui ont vu le film d’animation d’Isao Takahata auront peut-être du mal à voir en Nosaka un auteur sulfureux. Parolier, chanteur, chroniqueur des plaisirs nocturnes, agitateur et provocateur Nosaka s’est illustré en 1963 avec Les Pornographes, un jeu de cache-cache ironique et ludique avec la censure de l’époque.

En 1966, il secoue la société nippone avec Les Enterreurs, rire sombre d’après-guerre qui invente un show-cérémonie en hommage aux enfants avortés. Et pourtant, en 1967, le voici qui livre La Tombe des lucioles, un récit en partie autobiographique qui raconte comment un garçon de 14 ans, Seita, et sa sœur de 4 ans, Setsuko, survivent dans Kobé bombardé par les Alliés.

Le récit, terrible et doux, violent et caressant, mélange les registres de langues, passe du réalisme cru et l’onirisme poétique. Le bombardement de Kobé est décrit en une seule phrase entêtante, qui dépasse les quarante lignes. Nosaka a tout vécu : les décès de sa mère et de sa sœur, la destruction de sa ville, les épidémies, la famine, l’indigence et l’égoïsme des survivants. Les lucioles, c’est à la fois une lumière dans la nuit et les balles traçantes des chasseurs, un émerveillement renouvelé et les projections des bombes incendiaires, un feu qui tombe goutte à goutte. Elles sont aussi les témoins indifférents des drames humains, une nature qui va son chemin contre une civilisation martiale : « trois petits fragments d’os roulèrent, surprenant les vingt ou trente lucioles cachées dans les herbes ».

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[dvd:] PENSER CRITIQUE

30 mar

Ed. Montparnasse

Ça y est, c’est la dernière ligne droite de la campagne pour l’élection présidentielle. Meetings, émissions politiques, interviews, articles de presse : tout le monde a le nez dans le guidon et navigue à la petite phrase.

Les Editions Montparnasse ont effectué un travail de compilation absolument indispensable si on veut comprendre ce qui est en jeu dans le prochain scrutin. Avec Penser critique. Kit de survie éthique et politique pour situations de crise[s], des chercheurs, des enseignants, des avocats, des juges, des sociologues, psychologues et psychanalystes sondent quatre thèmes qui font débat : Travail, crise et luttes sociales – Enseignement et recherche – Des hommes et des frontières – Justice et libertés.

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[cinép(h)age:] LE COLONEL CHABERT (ép. 15/25)

26 mar

Un roman d’Honoré de Balzac (1832)

Un film de René Le Hénaff (1942)

Balzac avait toujours rêvé d’écrire un grand roman napoléonien. A défaut, il a multiplié dans ses récits des peintures sociales et historiques de l’Empire. Le Colonel Chabert, écrit sous le régime de Louis-Philippe Ier (1830-1848), sonne comme un hommage à la période héroïque des révolutions.

Balzac s’appuie sur la célèbre charge française lors de la bataille d’Eylau (1807). Pressés par les troupes russes, les soldats tricolores, conduits par Murat, chargent avec leur cavalerie. Le colonel Chabert, imagine Balzac, est laissé pour mort sur le champ de bataille. Miraculeusement recueilli et soigné, défiguré et malade, il passe plusieurs années à l’étranger avant de revenir en France, pauvre et sans identité. Là, il se présente à sa femme, devenue la comtesse Ferraud, épouse d’un aristocrate royaliste. Celle-ci refuse de le reconnaître comme étant son mari et fait tout pour qu’il soit pris pour un imposteur.

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[cinép(h)age:] BYE BYE BLONDIE (ép. 14/25)

19 mar

Un roman (2004) et un film (2011) de Virginie Despentes.

Comme pour son premier long métrage Baise moi (2000), Virginie Despentes s’appuie sur un de ses romans pour le porter à l’écran. Et comme souvent dans le cas d’auteurs qui transposent leur œuvre dans un autre langage (Beigbeder, Houellebecq, pour prendre des exemples récents), elle la déconstruit sans remords pour aboutir à un autre résultat. Elle en garde les lignes fortes : la localisation (Nancy), une histoire de couple (entre un présentateur télé (Eric) et une punk sur le retour dans le livre (Gloria) vs une présentatrice télé (Frances/Emanuelle Béart) et la même punk dans le film, jouée par Béatrice Dalle), la problématique sociale (les deux héroïnes, amies d’enfance, n’ont pas évolué dans le même monde, et leurs retrouvailles font des étincelles).

Virginie Despentes en a aussi profité pour lisser Gloria, la rendre plus douce : écorchée, mais moins violente dans ses explosions de colère. Le tout donne une histoire moins désenchantée, avec un happy end sur grand écran. Le roman montre les efforts de Gloria pour s’insérer dans l’univers petit bourgeois d’Eric. Elle essaie de se mettre à l’écriture. Une tentative qui disparaît du film : tout effort est inutile et chacun semble devoir rester sur ses positions. Sauf si l’une ou l’autre voulait bien accepter d’abandonner son camp (non j’ai pas spoilé).

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