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Journal d’un CUTien au FEFFS (ép. 2)

25 sept

/// Chaque jour, un CUTien raconte ce qu’il a vu/vécu au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (le FEFFS quoi…) ///

“Voici venu le temps des rires et des chants /  Dans l’île aux enfants / C’est tous le jours le printemps / C’est le pays joyeux des enfants heureux / Des monstres gentils / Oui c’est un paradis”… Chantal Goya a beaucoup aimé Vinyan, paraît-il.

Ma journée fantastique a commencé hier avec la projection d’Entre les murs. Oui, je sais, c’est hors-sujet. C’est même un peu tabou, puisque la sortie de la Palme d’Or vient faire de l’ombre à notre cher FEFFS, mais c’est comme ça. Croyez-moi le contraste est saisissant. Je n’entrerai pas ici dans la critique, d’abord parce que Rock s’en est déjà chargé brillamment dans la revue, mais surtout parce que je vais me faire taper sur les doigts. On est là pour parler des monstres.

Passons donc à Jason et les Argonautes, premier film estampillé FEFFS de ma journée. Le vaillant Jason s’est fait piquer sa place de roi de Thessalie par le vilain Pélias. Devenu adulte, il entreprend de venger son père et de récupérer le trône qui lui est dû. Comment faire ? Récupérer la toison d’or, trésor hautement protégé, qui vaudrait à Jason le respect de tous. Pour cela, il recrute les Argonautes, de solides gaillards qui n’ont peur de rien. Bien sûr, leur route est semée d’embûches. Mais Jason est plus fort.
Jason et les Argonautes est l’un des premiers films de Don Chaffey, qui n’a pas fait de carrière brillante à Hollywood, puisqu’il s’est vite redirigé vers les séries télé. C’est surtout une production de Ray Harryhausen, maître incontesté des effets spéciaux, à qui le FEFFS rend hommage. Et il faut bien le dire, (rendons à Ray ce qui appartient à Ray), les effets spéciaux sont la grande réussite de ce film – rappelons qu’il date de 1963. Les monstres sont impressionnants, comme ce géant de ferraille au début du film et les cultissimes squelettes de la scène finale. A part cela, la mise en scène n’a pas grand intérêt. Pour ne pas s’ennuyer, il faut aimer les épopées mythologiques. Ce n’est pas mon cas.

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DVD : 24 mesures (de Jalil Lespert)

20 août

24 mesures, ce n’est pas ce qu’il faut pour jouer un morceau de jazz ou de blues. En fait, il en faut juste 12. Cela, Jalil Lespert ne l’a su qu’après. Une fois qu’il avait déjà choisi le nom de son film. Alors tant pis. Ce nom lui a plu, il n’a pas voulu en changer.
La référence musicale ne tombe pas par hasard. La musique est partout dans ce film, premier long-métrage d’un acteur reconnu (et cesarisé pour son rôle dans Ressources humaines, de Laurent Cantet). Jalil Lespert a écrit l’histoire comme un morceau de free jazz. A quatre mains, avec Yann Appery, un ami écrivain (auteur de Farrago, Prix Goncourt des Lycéens). Ses personnages, il les a envisagés comme des instruments de musique au service d’une même composition.
Et puis, 24 mesures, cela tombait bien puisque que c’est justement en 24 heures que se déroule le film. Ou plus exactement la nuit de Noël, un 24 décembre. Tiens ? …Unité de temps mais surtout pas de lieu en encore moins d’intrigue. On est donc loin de la bienséance dramaturgique.
A l’origine, il y a Helly, une jeune droguée, forcément paumée, qui espère bientôt récupérer la garde de son fils. Helly grimpe dans le taxi de Didier, le soir de Noël. Puis elle se fait renverser par Marie et danse avec Chris. À la fin, on aura croisé quatre paumés. Quatre personnages, non pas en quête d’auteur, mais d’une raison de vivre.
Vaste entreprise dans laquelle Jalil Lespert se jette à corps perdu. Avec plus ou moins de succès. Benoît Magimel est fantastique et son personnage délicieusement ambigu. Prépare-t-il un sale coup ? On ne veut pas y croire.
Lubna Azabal qui interprète Helly est moins convaincante. Le rôle de la mère junkie est sans doute trop éculé. Peut-être n’a-t-elle pas su renouveler le genre. Bérangère Allaux ne sauve pas la mise et manque de passer à la trappe. Rendons donc hommage à Clothilde Hesme, la lumineuse, qui brille dans une scène de lesbiennes trash. Quant à Sami Bouajila, on regrette qu’il apparaisse si tard et si peu.
Malgré tout Jalil Lespert est un réalisateur prometteur. Et 24 mesures un film audacieux.

Fanny Lépine

24 mesures, de Jalil Lespert (Ed. MK2)
Avec Lubna Azabal, Benoît Magimel, Sami Bouajila, Bérangère Allaux

Sortie DVD le 21 août. Bonus : De retour (un court-métrage de 23 minutes de Jalil Lespert) et un Making of de 12 minutes.

Network (de Sidney Lumet)

9 juil

“Bon, il y a eu un génocide en Afrique, mais tu en parleras rapidement à la fin du journal. On ouvre avec la sex tape de Marylin Monroe.”

Et si PPDA sombrait dans une profonde dépression après son éviction du 20h? Et s’il menaçait de se suicider, en direct, devant ses millions de téléspectateurs ? Et si ses états d’âme allaient droit au cœur de ces mêmes téléspectateurs, qui, fatigués de voir leur pouvoir d’achat s’effriter, se précipitaient à la fenêtre pour hurler leur colère ?
Oui c’est vrai. C’est rocambolesque. Fou. Inconcevable.
Et bien, ce petit malin de Sidney n’est pas de cet avis. Dans Network, il imagine tout ça. L’éviction d’un présentateur vedette, la dépression collective et bien sûr l’exploitation du filon au profit d’un audimat galopant.
Sur scène, on retrouve tous les personnages indispensables à un bon brûlot sur le monde de la télévision. Donc, le présentateur vedette, devenu le nouveau prêcheur de l’apocalypse, dépressif et suicidaire. On en a déjà parlé. La nouvelle directrice des programmes, belle, ambitieuse et surtout sans le moindre scrupule. Le patron de chaîne, complètement inféodé aux actionnaires, qui eux sont un peu fous et capricieux. Et bien sûr, le gentil Max. C’est l’ancien directeur de l’info. Il est de la vieille école et regarde d’un mauvais œil l’évolution d’UBS, puisqu’il s’agit du nom de la chaîne. Vous voulez de la télé poubelle ? On va vous en donner. Vous voulez du crime, des attentats, des hold-up ? Des vrais, bien sûr. On va vous en trouver.
Vous l’aurez compris, c’est très démonstratif. Sidney Lumet va au bout de chacune de ses idées, sans craindre le ridicule ni la caricature. C’est souvent drôle, souvent glaçant. Si le film datait de 2008, ce serait sans doute pénible. Mais non, Network est un film de 1976. Et c’est bien là son intérêt. En 1976, aux Etats-Unis, on avait tout compris de ce que serait la télévision dans les années à venir. C’est en 1977 que les Français découvrirent à leur tour les coulisses de la télévision américaine. A l’époque, dit-on, ils furent horrifiés, puis rassurés de se trouver de l’autre côté de l’Atlantique. Voilà, c’est fait. 30 ans plus tard, le rêve américain a traversé l’océan. Pour le meilleur et pour le pire.

Fanny Lépine

NETWORK, main basse sur la télévision de Sidney Lumet (1976)
Avec Peter Finch, Faye Dunaway, Robert Duvall, William Holden – 2h02
A l’affiche au Star St Ex (rue du 22 novembre, Strasbourg), mais plus pour longtemps alors magnez-vous :
samedi 12 juillet (18h), mardi 15 juillet (22h), jeudi 17 juillet (14h), vendredi 18 juillet (20h), dimanche 20 juillet (18h), mardi 22 juillet (22h).

DVD Un mur à Jérusalem

2 juin

Un mur à Jérusalem de Frédéric Rossif et Albert Knobler (Ed. Montparnasse)

Un mur à Jérusalem est un film qui date de 1968. Il faut le savoir. Disons que c’est mieux de le savoir avant de commencer le visionnage. Rien à voir avec la révolution étudiante. Mais dans la forme, on est d’abord surpris par l’austérité du ton. C’est un film qui a quarante d’âge, normal. On peut donc se pencher sur le reste.

Un mur à Jérusalem est un documentaire réalisé exclusivement à base d’images d’archives. Souvent inédites, nous dit-on. Il retrace l’épopée du peuple juif et de la création de l’Etat d’Israël. Une fois n’est pas coutume, le récit démarre au début du siècle dernier. Du conflit israélo-palestinien, on connaît surtout les péripéties d’après-guerre. Pourtant, l’idée d’un Etat juif est évoquée bien avant. Le partage de la Palestine aussi. La création de l’Etat d’Israël est intimement liée aux persécutions antisémites, qui malheureusement ne datent pas d’Hitler.

En pleine affaire Dreyfus, le journaliste hongrois Theodor Herzl, évoque le premier la nécessité d’un abri permanent pour le peuple juif. Après ce n’est que luttes de pouvoir avec les Arabes mais aussi les Turcs puis les Anglais qui tentent, bien maladroitement, de ménager la chèvre et le choux.
Puis vient la Seconde Guerre mondiale et son triste lot de persécutions. En 1945, les survivants de l’Holocauste se tournent vers leur terre promise, la Palestine, où sont déjà installés 700 000 colons juifs. Ils ne sont pas les bienvenus. Les juifs de Palestine se réfugient alors dans le terrorisme pour faire entendre leur voix auprès des autorités britanniques, favorable au camp arabe. 1947, l’ONU définit un partage de la Palestine. 1948, Ben Gourion proclame la création de l’Etat d’Israël. Puis la guerre à nouveau. Le film s’arrête en 1967, à la fin de la Guerre des six jours.

Il y aurait encore beaucoup à dire depuis. Contentons-nous de la mine d’infos déjà livrées dans ce film. Pour le reste, une recherche approfondie sur internet, ou un passage en bibliothèque combleront amplement ce manque. Et puis c’est un film de 1968, faut-il le rappeler. Ce décalage temporel contribue en grande partie à l’intérêt de l’œuvre.

Fanny Lépine

DVD Le système Poutine

24 mar

poutine.jpg

De Jean-Michel Carré, en collaboration avec Jill Emery
(Ed. Montparnasse)

Dans le Petit Robert, le mot «système» renvoie à plusieurs constructions de pensées. Voilà celle qui me paraît la plus appropriée au cas Poutine : «Ensemble coordonné de pratiques tendant à obtenir un résultat». Car le système Poutine c’est avant tout une méthode, un plan d’action extrêmement bien huilé, qui lui a permis de se saisir du pouvoir et d’y rester. Quel meilleur titre pour un documentaire sur l’homme politique le plus fascinant du moment ?
Ce documentaire de Jean-Michel Carré et Jill Emery retrace, pas à pas, l’ascension de Vladimir Vladimirovitch Poutine, fils d’un ouvrier modèle, recruté par les services secrets à l’âge de 23 ans. Une bonne piqûre de rappel sur la trajectoire de l’homme qui dirige la Russie depuis bientôt 10 ans.
Tout commence à Saint-Pétersbourg lorsque Vladimir Poutine décide d’intégrer le KGB. Poutine ne serait pas Poutine sans cette expérience fondatrice au sein des services secrets de ce qu’on appelle encore à l’époque l’URSS. Il y apprend la rigueur, la fidélité à la patrie mais aussi la tactique politique. Puis viennent la mairie de Saint-Pétersbourg, l’arrivée à Moscou, la nomination à la tête du FSB (ex-KGB) puis la désignation comme Premier ministre de Boris Eltsine. Un poste qui l’amènera tout droit à la présidence de la Fédération de Russie. C’est un parcours presque sans fautes. Même ses échecs finissent par le servir. Comme lorsque son mentor, Sobtchak, perd la mairie de Saint-Pétersbourg. Poutine choisit de ne pas le trahir et part se confronter à la politique nationale à Moscou. Avec les succès qu’on lui connaît.
En 1999, Eltsine en fait son poulain. Avec l’aval des oligarques qui contrôlent alors le pays. Tout l’appareil bureaucrate est derrière lui, manque la ferveur populaire. Qu’à cela ne tienne. Poutine se choisit un bouc émissaire et concentre la haine du pays contre les Tchétchènes. Il lance le pays dans une guerre sans merci et promet de «buter les terroristes jusque dans les chiottes». Aujourd’hui encore, on le soupçonne d’avoir fomenter les attentats de Moscou, attribué officiellement aux Tchétchènes, pour asseoir sa légitimité.
Le film est passionnant, bigrement bien construit et alimenté de très nombreuses interviews (une quarantaine !). Le jaquette n’hésite pas à parler de «thriller d’investigation» pour le vendre. Rappelons tout de même que Vladimir Poutine est un homme inquiétant. Guerres en Tchétchénie, assassinats de journalistes, élections truquées… Autant d’éléments qui font de lui un homme peu fréquentable, n’en déplaise à la diplomatie internationale, qui continue de le recevoir avec les honneurs d’un grand chef d’Etat.
Côté bonus, deux entretiens : l’un avec l’ancien conseiller politique de Gorbatchev, l’autre avec le rédacteur en chef de la radio Echo de Moscou, seul média à peu près libre en Russie. Dispensables. En bonus aussi un fabuleux clip vidéo, Je veux un mec comme Poutine. C’est drôle. Drôle comme peut l’être la propagande. Aussi kitsch que glaçant.

Fanny Lépine

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