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[dvd :] JE VEUX SEULEMENT QUE VOUS M’AIMIEZ – Rainer Werner Fassbinder

22 déc

Ed. Carlotta

Il aura fallu 35 ans pour que ce chef d’œuvre de Fassbinder apparaisse enfin sur nos grands écrans. Certes « Ich will doch nur, dass ihr mich liebt »  (tellement plus chic en VO…) est une production WDR, promise au petit écran chez nos amis allemands, donc. Mais loin de passer inaperçu, ce film de Fassbinder aura du affronter des années de lutte judiciaire pour parvenir jusqu’à nous. C’est le moment de dire « ouf… »

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[dvd :] CHINA BLUE – Micha X. Peled

2 mar

Ed. Montparnasse

Que cache le miracle économique chinois ? Réponse : des salaires de misère. Ce n’est un scoop pour personne.  C’est à la base même des dérives de la mondialisation. Qui dit salaire de misère, dit faibles coûts de production et donc compétitivité imbattable. Voilà pour la théorie économique.

Le réalisateur Micha X. Peled, lui, s’est intéressé à la pratique. Il est allé fourrer son nez dans les affaires chinoises pour tenter d’en comprendre le système de production. Un système si bien huilé, qu’il est en passe de faire de la Chine la première puissance économique mondiale.  En soi, c’est déjà un exploit. Peu de régimes sur terre sont aussi soucieux de continuer à produire en toute discrétion et surtout en toute impunité.

Ce qui fait l’intérêt de ce documentaire, c’est sans doute la force du témoignage. On y suit une jeune chinoise, qui à l’âge de 16 ans, quitte sa campagne natale, sa famille et ses attaches pour venir chercher du travail en ville. La voilà qui part à travers champ, son baluchon sur le dos, avec pour seule destination, l’inconnu.

Dans cette usine près de Canton, qui fabrique des jeans, il suffit de se présenter à l’accueil pour décrocher un emploi. Après, tout s’enchaîne. D’immenses dortoirs sont prévus pour accueillir ces jeunes travailleurs, la majorité venant de loin, comme Jasmin. Tout cela a des airs de colonies de vacances. Les jeunes filles ont le même âge, elles vivent et rigolent ensemble. Elle sont d’ailleurs plutôt gaies et souriantes. Mais le travail est épuisant. Ici, le seul mot d’ordre, c’est le respect des délais de livraison. Les contremaîtres veillent à la cadence et lorsqu’on prend du retard, il faut rattraper, quitte à travailler 23 heures d’affilés.

N’allez pas croire que ces jeunes ouvrières sont serviles. Elles sont prêtes à bien des sacrifices mais uniquement parce qu’elles vont être payées. Lorsque le patron pousse le bouchon un peu trop loin, en repoussant indéfiniment la date de paie, la colère syndicale gronde. On les découvre farouches, rebelles et déterminées.

Pour obtenir ces témoignages, Micha X. Peled a du s’armer de patience. Le régime lui a régulièrement mis des bâtons dans les roues, stoppé le tournage et effacé des bandes. Il a fallu faire entrer le matériel clandestinement dans l’usine car ce film n’a d’intérêt que dans le huis clos qu’il décrit. C’est une sorte de micro ville et de microcosme entièrement dévoués à la croissance chinoise. Le profit avant tout.

Pas de doute, ce documentaire s’inscrit dans l’excellente collection « Engagés », éditée par les éditions Montparnasse. Il a d’ailleurs reçu le prix des droits de l’homme au festival international du documentaire d’Amsterdam.

Fanny Lépine

[dvd :] J’AI TRÈS MAL AU TRAVAIL – Jean-Michel Carré

13 fév

travail

Éd. Montparnasse

D’après une enquête menée auprès de 6000 personnes, le travail arrive en deuxième position comme condition du bonheur, juste après la santé mais devant la famille. Voilà une des réalités qu’on apprend en visionnant J’ai très mal au travail (de Jean-Michel Carré). Déconcertant. Et forcément on s’interroge. Et moi, qu’aurais-je répondu ? Car ce film appelle sans cesse à ramener la couverture à soi. C’est déjà une bonne chose.

En donnant la parole à différents corps de métiers, Jean-Michel Carré tente de démontrer, ce qui est résumé, de façon abrupte, dans le dossier de presse : travailler tue. Trop souvent encore, on pense que si on a la chance d’avoir un travail, il est mal vu de se plaindre. Jean-Michel Carré n’est pas de cet avis. Son point de vue est absolument limpide. Auprès de salariés, de psychologue ou de politologues, il propose une approche, à charge, de ce qu’est devenu aujourd’hui le monde du travail. Stress, dépression, harcèlement, suicide. C’est la dure réalité du monde du travail ; les chiffres, que le réalisateur ne se prive pas de donner, le prouvent. Mais ce sont encore les salariés qui en parlent le mieux. Comme cette femme qui travaille dans une usine de tissu et qui ne supporte plus de voir les fils toujours orientés dans le même sens. Ou cet agent de sécurité chez Carrefour obligé de monter des coups tordus parce qu’il faut trouver un motif de licenciement à telle ou telle salariée.

Les managers expliquent, quant à eux, qu’il est normal d’évaluer les salariés, qu’ils le font avec humanité, mais il suffit d’assister à un entretien dans une entreprise de télémarketing pour réaliser à quel point c’est avilissant. Côté multinationale, le stress est là mais de façon beaucoup plus insidieuse. Ceux qui témoignent le font à visage caché. L’un d’eux choisit comme tenue de camouflage un écran d’ordinateur, dans lequel il a mis la tête (sans blague…). Il raconte ainsi son expérience, éprouvante, en dodelinant de la tête, un coup à droite, un coup à gauche, la tête enfournée dans l’écran d’un vieux PC. À ce stade-là, on ne frise même plus le ridicule, on s’y jette à pieds joints. Passons. Cet homme a choisi l’anonymat, ce qui en dit long sur la solitude qui règne dans ces milieux. On est loin des élans de solidarité que peuvent représenter les piquets de grève.

On est partagé, à la vision de ce documentaire, car il inspire deux sentiments opposés. En ponctuant ses entretiens d’extraits de films ou de publicités ayant attrait au travail, Jean-Michel Carré lui donne un côté léger souvent même très drôle car les extraits ont été majoritairement bien choisis. D’un autre côté, les entretiens avec un sociologue, un politologue ou une psychiatre sont très riches, à tel point qu’on en perd le fil. Le film prend alors une tournure plus encyclopédique, voire universitaire. Sentiment qui se confirme avec les bonus. On y retrouve l’intégralité de certains entretiens clés, chapitrés. Au total plus de 3 heures de programmes. C’est long et peu instructif, car si on arrive au bout, on n’en retient pas grand chose.

A noter aussi, dans les bonus, un moyen-métrage de Basile Carré-Agostini Cinq hommes et un garage, ou comme son nom l’indique, la chronique, au quotidien, de cinq hommes qui travaillent dans le même garage mais n’ont pas la même fonction ni la même place dans l’échelle sociale. C’est, en quelque sorte, le microcosme de la vie en entreprise. On pense très fort à « Strip-Tease », l’émission belge diffusée sur France 3. C’est pourtant une bonne façon d’illustrer le propos du documentaire.

Si le sujet vous intéresse, sachez qu’il a intéressé aussi d’autres réalisateurs. Comme Marc-Antoine Roudil et Sophie Bruneau dans Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés (2006) ou Pierre Carles, avec Attention danger travail (2003) et Volem rien foutre al païs (2007). De quoi nourrir sa réflexion sur un sujet, dont on n’a certainement pas tout dit.

Fanny Lépine

[dvd :] MARIAGE À L’ITALIENNE – Vittorio De Sica

9 fév

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Éd. Carlotta

Marcello Mastroianni + Sophia Loren + Vittorio De Sica. Voilà un trio gagnant qui n’a pas échappé à Carlo Ponti producteur du film. Lorsque Mariage à l’italienne sort dans les salles obscures, nous sommes en 1964. Mastroianni et Loren sont au sommet de leur gloire. Ils ont déjà fait leurs preuves ensemble mais aussi avec De Sica, acteur puis réalisateur. Fort du succès de Hier, aujourd’hui, demain (1963), Carlo Ponti (qui est aussi le mari de Sophia Loren), décide – de façon très pertinente – de ne pas changer son équipe gagnante. Il confie donc le projet « Matrimonio all’italiana » à Vittorio De Sica. Celui-ci est chargé d’adapter au cinéma la pièce de théâtre d’Eduardo De Filippo un dramaturge sicilien.

De Sica est alors dans sa période “comédies”, loin de ses premiers succès néoréalistes (Le voleur de bicylette, 1948). On dit que Mariage à l’italienne en fait partie, mais cette histoire tient plus du drame que de la comédie.

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DVD – Coffret Serge Moati (Ed. MK2)

12 oct

C‘est un petit malin ce Moati. Animateur, producteur, écrivain, conseiller politique, il multiplie les casquettes et pourtant il tourne toujours autour du même pot : la politique française. Sans surprises donc, dans ces cinq documentaires, Moati parle… politique.

Prenons-les dans l’ordre chronologique. 10 ans après revient sur les années Mitterrand. Flash back en mai 81, en pleine euphorie de la victoire. Dix ans après qu’en est-il ? Le film est construit en actes, comme au théâtre. Au milieu d’images d’archives, il fait intervenir certaines personnalités de l’époque. Les entretiens sont intéressants d’autant que la plupart des personnes interrogées sont sorties de la vie politique. Pas de langue de bois ni de volonté de démontrer. C’est du vécu. Par contre, les images sont vraiment infectes. Je ne parle pas des archives qui s’en sortent plutôt bien mais de celles tournées en 91 par Moati pour ce documentaire. C’est brouillon, flou et instable. A tel point que la forme vient gâcher le fond.

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Journal d’un CUTien au FEFFS (ép. 2)

25 sept

/// Chaque jour, un CUTien raconte ce qu’il a vu/vécu au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (le FEFFS quoi…) ///

“Voici venu le temps des rires et des chants /  Dans l’île aux enfants / C’est tous le jours le printemps / C’est le pays joyeux des enfants heureux / Des monstres gentils / Oui c’est un paradis”… Chantal Goya a beaucoup aimé Vinyan, paraît-il.

Ma journée fantastique a commencé hier avec la projection d’Entre les murs. Oui, je sais, c’est hors-sujet. C’est même un peu tabou, puisque la sortie de la Palme d’Or vient faire de l’ombre à notre cher FEFFS, mais c’est comme ça. Croyez-moi le contraste est saisissant. Je n’entrerai pas ici dans la critique, d’abord parce que Rock s’en est déjà chargé brillamment dans la revue, mais surtout parce que je vais me faire taper sur les doigts. On est là pour parler des monstres.

Passons donc à Jason et les Argonautes, premier film estampillé FEFFS de ma journée. Le vaillant Jason s’est fait piquer sa place de roi de Thessalie par le vilain Pélias. Devenu adulte, il entreprend de venger son père et de récupérer le trône qui lui est dû. Comment faire ? Récupérer la toison d’or, trésor hautement protégé, qui vaudrait à Jason le respect de tous. Pour cela, il recrute les Argonautes, de solides gaillards qui n’ont peur de rien. Bien sûr, leur route est semée d’embûches. Mais Jason est plus fort.
Jason et les Argonautes est l’un des premiers films de Don Chaffey, qui n’a pas fait de carrière brillante à Hollywood, puisqu’il s’est vite redirigé vers les séries télé. C’est surtout une production de Ray Harryhausen, maître incontesté des effets spéciaux, à qui le FEFFS rend hommage. Et il faut bien le dire, (rendons à Ray ce qui appartient à Ray), les effets spéciaux sont la grande réussite de ce film – rappelons qu’il date de 1963. Les monstres sont impressionnants, comme ce géant de ferraille au début du film et les cultissimes squelettes de la scène finale. A part cela, la mise en scène n’a pas grand intérêt. Pour ne pas s’ennuyer, il faut aimer les épopées mythologiques. Ce n’est pas mon cas.

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DVD : 24 mesures (de Jalil Lespert)

20 août

24 mesures, ce n’est pas ce qu’il faut pour jouer un morceau de jazz ou de blues. En fait, il en faut juste 12. Cela, Jalil Lespert ne l’a su qu’après. Une fois qu’il avait déjà choisi le nom de son film. Alors tant pis. Ce nom lui a plu, il n’a pas voulu en changer.
La référence musicale ne tombe pas par hasard. La musique est partout dans ce film, premier long-métrage d’un acteur reconnu (et cesarisé pour son rôle dans Ressources humaines, de Laurent Cantet). Jalil Lespert a écrit l’histoire comme un morceau de free jazz. A quatre mains, avec Yann Appery, un ami écrivain (auteur de Farrago, Prix Goncourt des Lycéens). Ses personnages, il les a envisagés comme des instruments de musique au service d’une même composition.
Et puis, 24 mesures, cela tombait bien puisque que c’est justement en 24 heures que se déroule le film. Ou plus exactement la nuit de Noël, un 24 décembre. Tiens ? …Unité de temps mais surtout pas de lieu en encore moins d’intrigue. On est donc loin de la bienséance dramaturgique.
A l’origine, il y a Helly, une jeune droguée, forcément paumée, qui espère bientôt récupérer la garde de son fils. Helly grimpe dans le taxi de Didier, le soir de Noël. Puis elle se fait renverser par Marie et danse avec Chris. À la fin, on aura croisé quatre paumés. Quatre personnages, non pas en quête d’auteur, mais d’une raison de vivre.
Vaste entreprise dans laquelle Jalil Lespert se jette à corps perdu. Avec plus ou moins de succès. Benoît Magimel est fantastique et son personnage délicieusement ambigu. Prépare-t-il un sale coup ? On ne veut pas y croire.
Lubna Azabal qui interprète Helly est moins convaincante. Le rôle de la mère junkie est sans doute trop éculé. Peut-être n’a-t-elle pas su renouveler le genre. Bérangère Allaux ne sauve pas la mise et manque de passer à la trappe. Rendons donc hommage à Clothilde Hesme, la lumineuse, qui brille dans une scène de lesbiennes trash. Quant à Sami Bouajila, on regrette qu’il apparaisse si tard et si peu.
Malgré tout Jalil Lespert est un réalisateur prometteur. Et 24 mesures un film audacieux.

Fanny Lépine

24 mesures, de Jalil Lespert (Ed. MK2)
Avec Lubna Azabal, Benoît Magimel, Sami Bouajila, Bérangère Allaux

Sortie DVD le 21 août. Bonus : De retour (un court-métrage de 23 minutes de Jalil Lespert) et un Making of de 12 minutes.

Network (de Sidney Lumet)

9 juil

“Bon, il y a eu un génocide en Afrique, mais tu en parleras rapidement à la fin du journal. On ouvre avec la sex tape de Marylin Monroe.”

Et si PPDA sombrait dans une profonde dépression après son éviction du 20h? Et s’il menaçait de se suicider, en direct, devant ses millions de téléspectateurs ? Et si ses états d’âme allaient droit au cœur de ces mêmes téléspectateurs, qui, fatigués de voir leur pouvoir d’achat s’effriter, se précipitaient à la fenêtre pour hurler leur colère ?
Oui c’est vrai. C’est rocambolesque. Fou. Inconcevable.
Et bien, ce petit malin de Sidney n’est pas de cet avis. Dans Network, il imagine tout ça. L’éviction d’un présentateur vedette, la dépression collective et bien sûr l’exploitation du filon au profit d’un audimat galopant.
Sur scène, on retrouve tous les personnages indispensables à un bon brûlot sur le monde de la télévision. Donc, le présentateur vedette, devenu le nouveau prêcheur de l’apocalypse, dépressif et suicidaire. On en a déjà parlé. La nouvelle directrice des programmes, belle, ambitieuse et surtout sans le moindre scrupule. Le patron de chaîne, complètement inféodé aux actionnaires, qui eux sont un peu fous et capricieux. Et bien sûr, le gentil Max. C’est l’ancien directeur de l’info. Il est de la vieille école et regarde d’un mauvais œil l’évolution d’UBS, puisqu’il s’agit du nom de la chaîne. Vous voulez de la télé poubelle ? On va vous en donner. Vous voulez du crime, des attentats, des hold-up ? Des vrais, bien sûr. On va vous en trouver.
Vous l’aurez compris, c’est très démonstratif. Sidney Lumet va au bout de chacune de ses idées, sans craindre le ridicule ni la caricature. C’est souvent drôle, souvent glaçant. Si le film datait de 2008, ce serait sans doute pénible. Mais non, Network est un film de 1976. Et c’est bien là son intérêt. En 1976, aux Etats-Unis, on avait tout compris de ce que serait la télévision dans les années à venir. C’est en 1977 que les Français découvrirent à leur tour les coulisses de la télévision américaine. A l’époque, dit-on, ils furent horrifiés, puis rassurés de se trouver de l’autre côté de l’Atlantique. Voilà, c’est fait. 30 ans plus tard, le rêve américain a traversé l’océan. Pour le meilleur et pour le pire.

Fanny Lépine

NETWORK, main basse sur la télévision de Sidney Lumet (1976)
Avec Peter Finch, Faye Dunaway, Robert Duvall, William Holden – 2h02
A l’affiche au Star St Ex (rue du 22 novembre, Strasbourg), mais plus pour longtemps alors magnez-vous :
samedi 12 juillet (18h), mardi 15 juillet (22h), jeudi 17 juillet (14h), vendredi 18 juillet (20h), dimanche 20 juillet (18h), mardi 22 juillet (22h).

DVD Un mur à Jérusalem

2 juin

Un mur à Jérusalem de Frédéric Rossif et Albert Knobler (Ed. Montparnasse)

Un mur à Jérusalem est un film qui date de 1968. Il faut le savoir. Disons que c’est mieux de le savoir avant de commencer le visionnage. Rien à voir avec la révolution étudiante. Mais dans la forme, on est d’abord surpris par l’austérité du ton. C’est un film qui a quarante d’âge, normal. On peut donc se pencher sur le reste.

Un mur à Jérusalem est un documentaire réalisé exclusivement à base d’images d’archives. Souvent inédites, nous dit-on. Il retrace l’épopée du peuple juif et de la création de l’Etat d’Israël. Une fois n’est pas coutume, le récit démarre au début du siècle dernier. Du conflit israélo-palestinien, on connaît surtout les péripéties d’après-guerre. Pourtant, l’idée d’un Etat juif est évoquée bien avant. Le partage de la Palestine aussi. La création de l’Etat d’Israël est intimement liée aux persécutions antisémites, qui malheureusement ne datent pas d’Hitler.

En pleine affaire Dreyfus, le journaliste hongrois Theodor Herzl, évoque le premier la nécessité d’un abri permanent pour le peuple juif. Après ce n’est que luttes de pouvoir avec les Arabes mais aussi les Turcs puis les Anglais qui tentent, bien maladroitement, de ménager la chèvre et le choux.
Puis vient la Seconde Guerre mondiale et son triste lot de persécutions. En 1945, les survivants de l’Holocauste se tournent vers leur terre promise, la Palestine, où sont déjà installés 700 000 colons juifs. Ils ne sont pas les bienvenus. Les juifs de Palestine se réfugient alors dans le terrorisme pour faire entendre leur voix auprès des autorités britanniques, favorable au camp arabe. 1947, l’ONU définit un partage de la Palestine. 1948, Ben Gourion proclame la création de l’Etat d’Israël. Puis la guerre à nouveau. Le film s’arrête en 1967, à la fin de la Guerre des six jours.

Il y aurait encore beaucoup à dire depuis. Contentons-nous de la mine d’infos déjà livrées dans ce film. Pour le reste, une recherche approfondie sur internet, ou un passage en bibliothèque combleront amplement ce manque. Et puis c’est un film de 1968, faut-il le rappeler. Ce décalage temporel contribue en grande partie à l’intérêt de l’œuvre.

Fanny Lépine

DVD Le système Poutine

24 mar

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De Jean-Michel Carré, en collaboration avec Jill Emery
(Ed. Montparnasse)

Dans le Petit Robert, le mot «système» renvoie à plusieurs constructions de pensées. Voilà celle qui me paraît la plus appropriée au cas Poutine : «Ensemble coordonné de pratiques tendant à obtenir un résultat». Car le système Poutine c’est avant tout une méthode, un plan d’action extrêmement bien huilé, qui lui a permis de se saisir du pouvoir et d’y rester. Quel meilleur titre pour un documentaire sur l’homme politique le plus fascinant du moment ?
Ce documentaire de Jean-Michel Carré et Jill Emery retrace, pas à pas, l’ascension de Vladimir Vladimirovitch Poutine, fils d’un ouvrier modèle, recruté par les services secrets à l’âge de 23 ans. Une bonne piqûre de rappel sur la trajectoire de l’homme qui dirige la Russie depuis bientôt 10 ans.
Tout commence à Saint-Pétersbourg lorsque Vladimir Poutine décide d’intégrer le KGB. Poutine ne serait pas Poutine sans cette expérience fondatrice au sein des services secrets de ce qu’on appelle encore à l’époque l’URSS. Il y apprend la rigueur, la fidélité à la patrie mais aussi la tactique politique. Puis viennent la mairie de Saint-Pétersbourg, l’arrivée à Moscou, la nomination à la tête du FSB (ex-KGB) puis la désignation comme Premier ministre de Boris Eltsine. Un poste qui l’amènera tout droit à la présidence de la Fédération de Russie. C’est un parcours presque sans fautes. Même ses échecs finissent par le servir. Comme lorsque son mentor, Sobtchak, perd la mairie de Saint-Pétersbourg. Poutine choisit de ne pas le trahir et part se confronter à la politique nationale à Moscou. Avec les succès qu’on lui connaît.
En 1999, Eltsine en fait son poulain. Avec l’aval des oligarques qui contrôlent alors le pays. Tout l’appareil bureaucrate est derrière lui, manque la ferveur populaire. Qu’à cela ne tienne. Poutine se choisit un bouc émissaire et concentre la haine du pays contre les Tchétchènes. Il lance le pays dans une guerre sans merci et promet de «buter les terroristes jusque dans les chiottes». Aujourd’hui encore, on le soupçonne d’avoir fomenter les attentats de Moscou, attribué officiellement aux Tchétchènes, pour asseoir sa légitimité.
Le film est passionnant, bigrement bien construit et alimenté de très nombreuses interviews (une quarantaine !). Le jaquette n’hésite pas à parler de «thriller d’investigation» pour le vendre. Rappelons tout de même que Vladimir Poutine est un homme inquiétant. Guerres en Tchétchénie, assassinats de journalistes, élections truquées… Autant d’éléments qui font de lui un homme peu fréquentable, n’en déplaise à la diplomatie internationale, qui continue de le recevoir avec les honneurs d’un grand chef d’Etat.
Côté bonus, deux entretiens : l’un avec l’ancien conseiller politique de Gorbatchev, l’autre avec le rédacteur en chef de la radio Echo de Moscou, seul média à peu près libre en Russie. Dispensables. En bonus aussi un fabuleux clip vidéo, Je veux un mec comme Poutine. C’est drôle. Drôle comme peut l’être la propagande. Aussi kitsch que glaçant.

Fanny Lépine

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