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[agitation :] Sur la télévision – Louis Skorecki

13 jan

Ed. Capricci

Ça fait bien longtemps que Louis Skorecki est agaçant. Avec talent. Ses chroniques quotidiennes sur les films à la télé dans Libération, qui semblaient parfois tourner en boucle, son art consommé de la provocation et une fausse nonchalance pour bouleverser les hiérarchies cinéphiles, son entêtement à marquer la fin de l’innocence du cinéma à la fin des années 50 avec Rio Bravo et Sueurs froides : toutes ces manies et obsessions (qu’on retrouvait aussi dans ses films, les trois opus des Cinéphiles, Skorecki déménage) nous séduisent comme elles nous font tourner en bourrique.

Elles sont également à l’œuvre dans les textes regroupés chez Capricci, qui sont centrés, eux, sur les séries télévisées. Comme pour les films, Skorecki trace des frontières, distribue les bons et les mauvais points, se permet quelques belles digressions, parle encore et encore de Hitchcock (à la télé et au cinéma) et surtout, démontre un amour sincère du genre à travers une belle érudition.

Magnum, Columbo, La Petite Maison dans la prairie, Chapeau melon et bottes de cuir, Millennium, Mission Impossible, se croisent au fil de pages où les surprises sont nombreuses et les interprétations toujours passionnantes. Comme pour le cinéma, l’auteur s’amuse à mettre en avant des séries populaires comme Mentalist ou Dr House, au détriment d’une œuvre désormais indiscutable comme Sur écoute, par exemple.

François-Xavier Taboni

PS : pour prolonger le plaisir de lecture et éprouver la curiosité du personnage, on peut se promener sur http://skorecki.blogspot.com/. La navigation n’est pas toujours très souple, mais le voyage vaut largement le détour.

[dvd :] Richard J. Thomson

18 déc

Ed. Bach Films

Plutôt spécialisé dans le cinéma de patrimoine (Griffith, Ulmer, Browning, le film noir…) et les titres libres de droits, Bach Films s’aventure également sur le territoire du cinéma de genre français contemporain. Après Paris by Night of the Living Dead de Grégory Morin, l’éditeur s’occupe cette fois de la filmographie d’un des plus célèbres outsiders du cinéma français, Richard J. Thomson.

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[dvd :] HUILLET & STRAUB volume 6

8 déc

Ed. Montparnasse

Avec cette sixième livraison de films estampillés Straub-Huillet, Les Editions Montparnasse offrent une vision assez représentative de la filmographie du tumultueux duo. Sur trois dvd, on trouve des films du début et de la fin de leur carrière et des adaptations de leurs auteurs fétiches, Brecht, Corneille et Vittorini.

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[dvd :] TOMORROW AT SEVEN Ray Enright

24 nov

Ed. Hantik films

Après Black Dragons et Death Kiss, la Scare-ific collection de Hantik Films accueille un nouveau titre, Tomorrow at Seven, de Ray Enright.

Comme pour les deux précédents films, l’éditeur indique sur son site que ces œuvres sont rares et que certaines n’ont pas bénéficié d’une remasterisation. Si l’avertissement est louable, on peut quand même regretter la qualité limite du master proposé. L’éditeur se rattrape avec le livret signé Jean-Pierre Putters et le sympathique bonus constitué par deux nouveaux épisodes du serial Undersea Kingdom. Le film, lui, reste vraiment dans la ligne éditoriale de la collection, qui propose des œuvres assez proches de l’esprit du serial.

Cinéaste caractéristique des artisans de l’âge d’or des studios, Ray Enright a fait ses début comme gagman chez Mack Sennett avant de devenir réalisateur à la fin des années 20. Il oeuvrera tout au long de sa carrière dans les genres rois (western, polar, comédie musicale) avec certains des acteurs les plus populaires d’Hollywood, comme John Wayne, Henry Fonda, Randolph Scott (sept films), Dick Powell ou Audie Murphy.

En attendant, le réalisateur se fait la main sur une petite bande indépendante. Sur un scénario ponctué par des scènes humoristiques gentiment désuètes, Ray Enright signe un  thriller court, classique et efficace. Intrigue à énigmes, rebondissements rocambolesques, ambiance très théâtre (on est encore au début du parlant), le film est assez caractéristique de la production de l’époque et constitue un honorable divertissement.

François-Xavier Taboni

Post scriptum qui n’a (presque) rien à voir : Après un fascicule consacré à Vampire, vous avez dit vampire, Hantik édite un nouvel opus, centré cette fois sur Hellraiser II : les écorchés, de Tony Randel, qui fut mutilé par les censeurs de plusieurs pays, dont la France.

Journal d’un CUTien à Cannes (saison 4, ép.10)

21 mai

Fin de festival difficile pour François-Xavier...

C’est un peu le début de la fin du festival, de la compétition et de mes espoirs de ne pas dormir pendant une projection. Dans le cas de This Must be The Place, présenté en compétition, les assoupissements passagers sont un soulagement. Les errements de Cheyenne, rock star lymphatique incarnée par un Sean Penn en roue libre, ne sont pas vraiment un des temps forts de la sélection officielle. Dire que des rumeurs parlent du prix d’interprétation masculine pour Sean Penn, dirigé pour la première fois par Paolo Sorrentino…

Le sommeil se fait encore plus impitoyable quand je découvre Le Chasseur, second film du réalisateur russe Bakur Bakuradze : le film commence et le personnage principal tue un cochon avant de conduire sa voiture en pleine campagne. Je m’endors. Quand je me réveille, le personnage tue un autre cochon et conduit à nouveau sa voiture. Je re-sombre. Ce manège dure pendant une heure et quart. Je finis par demander à ma voisine de quoi parle le film. Elle m’avoue qu’elle a dormi, elle aussi. Je décide de m’accrocher un peu sur la seconde partie du film et découvre que notre héros vit une liaison adultérine avec une femme sortie de prison. C’est à peu près tout ce que je parviens à tirer de ce drame laconique et déprimant. Je me serai au moins reposé.

Le soir, je fais un plus d’efforts pour suivre Il était une fois en Anatolie (en photo), de Nuri Bilge Ceylan, présenté en compétition. Mais quand même, Nuri Bilge exagère. 2h37 pour raconter une enquête criminelle menée par un procureur, un médecin et quelques pieds nickelés de la police et de l’armée. Quand la recherche du corps de la victime dure facilement 1h30, entrecoupée par une scène de repas, on peut comprendre que les journalistes fatigués s’assoupissent de temps en temps. Pourtant, c’est ce travail sur la durée et une mise en scène d’une grande précision qui fascinent. Le réalisateur donne autant d’importance à l’action (ou l’absence d’action), qu’aux histoires que se racontent les personnages au cours de l’enquête et qui trouvent parfois des échos dans les événements eux-mêmes. Cette intelligence du récit, mariée à un humour à froid qui fonctionnait déjà de façon surprenante dans Les Trois Singes, font le prix d’un film passionnant si on a le courage d’y entrer.

Comme la soirée Drive commence après minuit, je me cale une dernière projection en bouche-trou, Oslo, 31 August, de Joachim Trier. C’est la première fois de la journée que je ne m’endors pas devant un film. Pourtant, cette libre adaptation du Feu Follet, de Drieu La Rochelle, ressemble plus à un long clip de prévention contre la drogue qu’à une œuvre de cinéma. Reste l’interprétation, convaincante dans son ensemble.

Après une soirée arrosée et trois heures de sommeil, je découvre dans des conditions périlleuses le dernier film de la compétition, La Source des femmes de Radu Mihaileanu. Je serais bien présomptueux de donner un avis sur ce film que j’ai entr’aperçu, mais son sujet et son casting pourraient bien en faire un des favoris du jury cannois et un futur succès en salles lors de sa sortie en novembre prochain. Il est néanmoins difficile de deviner les décision du jury cette année, le bruit des rumeurs s’étant fait rare sur la Croisette. J’espère quand même y retrouver, à des places diverses, Le Gamin au vélo, Pater et Drive, enchantements de la sélection 2011.

Ce soir, si tout se passe bien, apéro, plage, film et fête (c’est aussi ça, Cannes). A l’année prochaine.

François-Xavier Taboni

Journal d’un CUTien à Cannes (saison 4, ép.9)

20 mai

ATTENTION!!!!!!!! La voiture va te manger.

Une nouvelle journée qui commence à 14h30, pour cause de soirées cannoises sur les plages et sur les hauteurs de la ville en compagnie de quelques gins tonic bien servis.

C’est la cohue pour assister à la deuxième projection de La piel que habito, de Pedro Almodovar, présenté en compétition. La popularité du cinéaste et la reprise de sa collaboration avec Antonio Banderas y sont probablement pour beaucoup. Pour le reste, Almodovar déroule avec une certaine habileté les ficelles de son cinéma : récit à tiroirs entre présent et passé, mise en scène très cadrée et révélations scénaristiques et psychanalytiques pour le moins étonnantes. Il faut que le cinéaste convoque un univers de science fiction pour rendre un tant soi peu crédible cette histoire abracadabrante. Heureusement, Almodovar sait terminer son film sur une note assez émouvante et je sors finalement plutôt content de cette projection.

Comme je suis particulièrement en retard, ma projection suivante se déroule à 19h30 après 1h30 de queue, quand même. La première scène de Drive, présenté en compétition, me fait immédiatement oublier tous ces menus soucis. En adaptant un roman de James Sallis (Drive – Rivages Noir) Nicolas Winding Refn signe un des plus beaux polars angelenos de ces dernières années. Marchant sur les traces de Michael Mann et William Friedkin, le réalisateur de Bronson donne sa vision de ce que peut être un film noir aujourd’hui. Les mésaventures d’un homme, cascadeur le jour, engagé comme chauffeur dans des hold-up la nuit, sont tout simplement stupéfiantes. Aussi inspiré quand il s’agit de filmer la touchante idylle entre le héros et sa voisine au début du film que pour décrire une explosion de violence froide dans sa seconde partie, le cinéaste parvient surtout à ne pas tomber dans le piège du style pour le style. Il s’appuie pour ça sur une interprétation irréprochable : Ryan Gosling, tout en intériorité, rappelle un jeune James Caan tandis que Carey Mulligan campe une touchante femme fatale. Dans le camp adverse, Nicolas Winding Refn parvient à renouveler l’image deux acteurs souvent mal ou sous employés, Albert Brooks et Ron Perlman.

Bien qu’il puisse pâtir de l’enthousiasme qu’a provoqué Drive, je vais quand même découvrir Le jour où il arrive, le nouveau film de Hong Sang-soo à 22h. Depuis quelques films, le cinéaste sud-coréen se débarrasse de plus en plus de la technique pour arriver à approcher la vérité des sentiments éprouvés par ses personnages. Si la démarche est louable, le résultat, n’est pas complètement satisfaisant : on a par exemple du mal à comprendre pourquoi Hong Sang-soo choisit de tourner son film en noir et blanc, tant celui-ci parait terne. In fine, cette effacement de la technique finit par se remarquer et joue un peu contre un cinéaste qui reste néanmoins très fort pour rendre passionnantes des discussions de bistrots et des marivaudages amoureux toujours aussi minimalistes.

Demain, on tente de parler de This Must be the Place, de Paolo Sorrentino, et de One Upon a Time in Anatolia de Nuri Bilge Ceylan.

François-Xavier Taboni

Journal d’un CUTien à Cannes (saison 4, ép.8)

19 mai

Raccompagné par Gilles Jacob et Thierry Frémaux, Lars von Trier quitte le Festival de Cannes.

Il y a quelques jours, Terrence Malick nous montrait le début du monde avec The Tree of Life. Lars von Trier présente aujourd’hui un film miroir, Melancholia (en photo), drame intimiste et cosmique sur la fin du monde. Beaucoup de liens semblent rapprocher les deux œuvres, mais, stylistiquement, chacune appartient bien évidemment à son auteur. Le dernier opus, présenté en compétition, du danois tourmenté se place en effet dans la lignée esthétique d’Antechrist. Déconcertant, émouvant, difficile à appréhender en quelques heures (comme le Malick, finalement), c’est le genre de film sur lesquels butent un peu facilement les jugements hâtifs. Il faudra laisser du temps à Melancholia pour grandir en nous et bien évidemment s’abstraire de la polémique déclenchée par la dernière provocation en date de Lars von Trier lors de la conférence de presse. Espérons que cette fin du monde cinématographique ne marquera pas la fin de sa carrière.

Xavier Durringer n’est pas confronté aux même problèmes que le réalisateur d’Epidemic. Il faudrait en effet être particulièrement pointilleux pour trouver la moindre polémique au sein de La Conquête, présenté hors compétition. Petit condensé assez télévisuel de l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, cette biographie rappelle un peu le W., d’Oliver Stone, produit assez lisse, bien vendu sur une irrévérence supposée, et au final bien trop sage. Seul Denis Podalydès, qui livre une prestation impressionnante de vérité, sans jamais sombrer dans la caricature, tire vraiment son épingle du jeu.

Il sera en revanche bien difficile de trouver un élément qui pourrait repêcher le nouveau film de Naomi Kawase, Hanezu, présenté en compétition. Le style ultra-minimaliste de la cinéaste ne sert pas vraiment une intrigue très légère à laquelle on n’accroche jamais et la volonté de la cinéaste d’inscrire son récit dans un environnement discrètement fantastique n’ajoute rien à un projet aussi déconcertant que décevant.

Heureusement, le film est court et je peux enchaîner avec la projection de presse du second film japonais en compétition, Ichimei, de Takashi Miike, remake du Hara-kiri de Masaki Kobayashi datant de 1962. Il a donc fallu le sujet de ce classique du cinéma japonais, et l’arrivée de Jeremy Thomas (collaborateur entre autres de Bertolucci et Oshima) aux rennes de la production pour que Miike fasse son entrée dans la sélection officielle. Pour parler plus précisément du film, on est assez déçu par la révérence dont le cinéaste fait preuve vis-à-vis du film original. Les ajouts majeurs de sa version consistant en un tournage en couleurs et en 3-D, ce dernier choix est particulièrement surprenant étant donné la nature très statique du sujet et de la mise en scène. A noter que pour les fans hardcore du Miike plus foutraque, on pouvait voir au marché du film une autre de ses œuvres, Ninja Kids, également terminé cette année. Miike reste Mike : tout va bien.

Demain, si les nuits cannoises le permettent, on parlera de La piel que habito, de Pedro Almodovar, et de Drive, de Nicolas Winding Refn.

François-Xavier Taboni

Journal d’un CUTien à Cannes (saison 4, ép.7)

18 mai

"Allô maman, ici Lindon"

C’est un peu ignorant des codes qui régissent le cinéma d’Aki Kaurismaki que j’assiste à la projection de son dernier film, Le Havre, présenté en compétition. Cette fraicheur m’aide à prendre un grand plaisir à cet opus français du réalisateur finlandais. Des discussions avec des journalistes plus au fait de son cinéma me confirment une certaine lassitude chez ceux qui le suivent depuis des années, même si tous s’accordent pour louer l’interprétation dans son ensemble. Le film remporte en tout cas un grand succès lors de ses projections et il ne faut jamais bouder un moment de rire pendant une quinzaine cannoise.

La journée sera placée sous le signe de la rigolade, car, en attendant la projection de Pater (en photo), je me réfugie au marché pour rire (et dormir un peu aussi) devant Torrente 4 (en 3D) de et avec Santiago Segura. Si certaines situations outrancières sont effectivement très drôles, le comédien se repose un peu trop paresseusement sur la popularité de son personnage en Espagne. Du coup, le film perd beaucoup d’intérêt passé son premier quart d’heure.

Qu’importe, puisque la suite de mon programme est constituée par Pater, d’Alain Cavalier, avec dans les rôles principaux, Vincent Lindon et le cinéaste lui-même, qui incarnent respectivement un premier ministre et un président de fiction. En passant avec brio du documentaire à la fiction en brouillant constamment les frontières entre les genres, les rendant même dérisoires, le réalisateur d’Irène signe à la fois un film politique stimulant, une comédie savoureuse et un film passionnant sur le cinéma, et les rapports entre un réalisateur et son acteur. L’intelligence et la générosité des deux artistes font que cet étrange objet dépasse bien évidemment son statut de curiosité dans la production cinématographique pour en faire tout simplement un très beau film.

Demain, on essaie de parler de Melancholia de Lars von Trier et de Hanezu no tsuki de Naomi Kawase.

François-Xavier Taboni

Journal d’un CUTien à Cannes (saison 4, ép.6)

17 mai

Dans quelle main ai-je caché le dernier bon film de ma femme ?

Attendu depuis plus d’un an par la planète cinéphile, The Tree of Life (en photo) se dévoile enfin aux yeux des spectateurs lundi matin, à la séance de 8h30. Dans ce film, Terrence Malick ambitionne de raconter la vie d’une famille américaine dans les années 50, tout en évoquant également en images les origines de l’humanité. Notamment illustré par des images spectaculaires de coulées de lave, d’aurores boréales, de dinosaures en images de synthèses ou de bancs de méduses, le film se présente d’abord comme un poème visuel, avant de prendre un tournant narratif assez ténu. Cette abstraction, liée à une imagerie parfois assez naïve, ne convainc pas vraiment le public de la salle Lumière : le film est aussi copieusement hué qu’il est applaudi.

Une petite course matinale sur la croisette me permet d’entrer ensuite à la projection d’Impardonnables, d’André Téchiné, présenté à La Quinzaine des Réalisateurs. Adapté d’un roman de Philippe Djian, le film, où plusieurs genres se bousculent, commence par séduire. Malheureusement, abondance de biens nuit et les constants revirements de l’histoire, alimentés par les diverses névroses de personnages, finissent par asphyxier un récit, dont on se détache peu à peu pour attendre une ou des conclusions qui ne semblent jamais venir.

Hors satan, de Bruno Dumont, présenté en Certain Regard, n’offre pas vraiment les mêmes caractéristiques. Son nouvel opus, si caractéristique de son style, surfe entre néo film noir et cinéma fantastique, pour un résultat qui provoque bien évidemment une scission parmi le public.

Après toutes ces émotions, il faut se ressourcer. Un repas idyllique dans un cadre paradisiaque me permet de reprendre des forces avant de voir le dernier film de la soirée, The Island, second long métrage du bulgare Kamen Kalev. L’Œuvre, qui navigue entre plusieurs thèmes, plusieurs genres, et même plusieurs esthétiques, peine à convaincre. On est bien sûr surpris par les brusques bifurcations du récit, mais celles-ci semblent tellement artificielles qu’il est difficile d’adhérer à un projet dont on a bien du mal à cerner la cohérence.

Demain, on devrait normalement parler de Pater d’Alain Cavalier et du Havre d’Aki Kaurismaki.

François-Xavier Taboni

Journal d’un CUTien à Cannes (saison 4, ép.5)

16 mai

"J'aime qu'on me beurre la biscotte."

Le gros avantage des séances de presse de 8h30, c’est qu’elles se déroulent au Grand Théâtre Lumière et qu’il est plus facile aux journalistes sans grade d’y accéder. Leur gros défaut, c’est qu’elles se déroulent à 8h30.

Aussi, je laisse filer plusieurs minutes de The Artist (Compétition, notre photo) de Michel Hazanavicius, pour cause de sommeil en retard. Ce défaut de concentration ne nuit pas à la compréhension d’une intrigue assez simple. Cinéphile averti, Hazanavicuis s’est offert le plaisir de tourner un film muet en reproduisant le plus possible les conditions de tournage de l’époque. Mais son amour du détail et sa précision technique, qui étoffaient les intrigues fantaisistes des deux OSS 117, ne servent ici que d’écrin à un hommage bien trop respectueux à l’âge d’or du cinéma. Loin de l’irrévérence des aventures d’Hubert Bonisseur de la Bath, The Artist est le devoir d’un élève soigné, qui ne parvient jamais à prendre ses distances avec l’objet de son affection.

Changement de registre à la Semaine de la critique, qui présente Take Shelter, le second film de Jeff Nichols (Shotgun Stories). Après les histoires de vengeances familiales de son premier film, le réalisateur se replonge, toujours en compagnie de Michael Shannon, dans l’Amérique profonde pour une histoire à la frontière du fantastique. Entre les références bibliques et un style classique et dépouillé, les cinéaste poursuit une œuvre très cohérente. L’histoire de ce père de famille tourmenté par des rêves apocalyptiques qui minent peu à peu la vie de son foyer est portée par un metteur en scène qui sait aussi bien traiter les scènes intimistes (aidé par un casting remarquable) que l’imagerie fantastique et inquiétante qui rythme son récit.

Bertrand Bonello est lui aussi habité par des visions. C’est évident à la découverte de L’Apollonide (souvenirs de la maison close), troisième entrée française de la compétition. Malheureusement, ce travail de plasticien peine à s’incarner dans ce film, où la vie d’une maison close est évoquée alternativement de façon réaliste et onirique. La chair est triste, hélas, et Bonello a lu tous les livres. Les références littéraires, picturales et musicales se bousculent dans un film à l’atmosphère pesante, dont les séquences, très inégales, irritent ou fascinent, selon l’état d’esprit. On peut quand même mettre au crédit du réalisateur de Tiresia d’exploiter pleinement le talent et la grâce de Céline Salette, qui trouve son meilleur rôle depuis Meurtrières de Patrick Grandperret.

Demain, on essaie de parler notamment de The Tree of Life de Terence Malick et d’Impardonnables, d’André Téchiné.

François-Xavier Taboni

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