Archives par Auteur

Retour sur… THE MAN FROM EARTH – Richard Schenkman

14 nov

Allez John, fais pas ton intéressant !

Après une dizaine d’années d’enseignement, John Oldman a décidé de démissioner et de déménager. Apprécié par ses étudiants et ses collègues, sa décision est mal comprise, et ceux-ci aimeraient comprendre ce geste soudain. Ils viennent le saluer dans sa maison aux portes du désert. Quelques déménageurs emportent les derniers meubles au fil de la journée. C’est dans son salon, où subsistent quelques objets personnels, que l’histoire se déroule.

Après s’être montré curieusement renfermé, John annonce tout à trac qu’il serait en réalité un homme de Crô-Magnon, qui n’a pas pris une ride depuis 14 000 ans. Ça fait bien plaisir à ses amis de voir que son sens de l’humour se porte bien, et ils se prennent à son jeu en traquant les incohérences de sa position. Ça donnera lieu à des échanges intéressants, jusqu’au petit matin, sur des chemins menant à des remises en question pas nécessairement confortables, voire même parfois à des démonstrations d’anxiété assez spectaculaires pour certains.

Lire la suite

[agitation :] DEFYING GRAVITY (saison 1)

8 avr

L’acteur Ron Livingston présente quelques facettes de la série [en]

L’épisode commence dans le salon crasseux d’un vieil ivrogne aigri et avachi sur son canapé. Son fils lui fait ses adieux, il part pour un voyage de six années autour de sept planètes du Système solaire et il est loin d’être certain que son paternel soit là pour fêter son retour. L’entame de Defying gravity, un peu glauque, semble en porte-à-faux avec l’idée d’une série TV de SF mais distille avec efficacité une idée forte : il va y avoir de l’introspection à doses massives.

Et à cet égard, ce long voyage tient ses promesses. Les squelettes sortiront du placard, les faux-semblants se détricoteront… Toutefois, les mystères ne seront pas tous levés dans la première saison de cette série, qui d’après son créateur James D. Parriott aurait dû en compter pas mal, qui ne verront malheureusement jamais le jour.

Lire la suite

SITA SINGS THE BLUES – Nina Paley

12 sept

Un film animé en flash, marrant, touffu, des accents indiens improbables qui racontent  des bouts de Râmâyana, des extraits de blues qui tache, de l’auto-biographie … Bienvenue dans l’univers de Nina Paley.

Le film était passé en salle à Strasbourg, au Star of course, et sans être complètement convaincu (les graphismes en flash sont parfois superbes, parfois … moins) j’avais beaucoup aimé l’esprit bordélique, les légendes indiennes racontées avec l’accent local, l’humour, le contrepoint auto-biographique … bref plein de choses. J’admire aussi le fait qu’elle ait fait son film seule, avec un budget très chiche (15 000 $, je crois).

Je découvre aujourd’hui qu’elle a mis son film en libre téléchargement sur son site. Ceci pour diverses raisons, dont notamment que l’alternative aurait été de laisser son film mourir sur l’étagère d’un quelconque producteur frileux (c’est la crise pour tout le monde, et pour le cinéma indépendant aussi). Un téléchargement  libre, mais avec des contraintes, c’est-à-dire dans le cadre d’une licence Creative Commons (distribution libre – pas de modifications – pas d’usage commercial), et l’interdiction de boucler l’œuvre par des protections DRM (Digital Rights Management, mises en avant par certaines grandes compagnies de musique et cinéma). Il s’agit pour elle d’une prise de position militante qu’elle défend et explique. Je place quelques liens en fin d’article (en anglais) pour qui souhaite approfondir ce sujet.

Pour ceux qui s’inquiètent légitimement de savoir comment elle pense être rétribuée, disons en simplifiant que l’œuvre est libre, mais son support est payant. Les DVD, les t-shirts, les livres etc. sont des ressources finies, contrairement à l’œuvre numérique, fluide, incontrôlable. Mais je vous invite à la lire, en anglais seulement pour l’instant, je n’ai pas trouvé de traduction française.

En attendant, downloadez et enjoy !

(-_-)_♥

> Le site officiel de Sita sings the Blues
> Le site officiel de Sita sings the Blues (page de téléchargement)
> Dialogue sur le blog de Nina Paley entre Paley et Cory Doctorow autour de la notion de licences non-commerciales
> Sita sings the Blues sur Wikipédia [fr]

ALICE ET MOI – Micha Wald

2 août

Sur les conseils de Micha Wald, réalisateur de Simon Konianski, je suis allé chercher sur le net son court métrage Alice et moi qui en contenait l’histoire en germe. Voir des scènes très similaires intérpretées par des acteurs différents laisse une sensation assez curieuse… Y’a comme qui dirait un bug dans la matrice.

[dvd :] MASCARADES – Lyes Salem

8 juil
mascarades-dvd

Mascarades (éd. Mk2)

Le pitch

Dans un village perdu de l’Atlas algérien, Mounir aimerait être riche. Malgré des haussements de sourcils impressionnants et une moustache combative, ce fanfaron ne parvient pas à se faire craindre autant qu’il le souhaiterait. C’est que sa sœur a de fréquents accès de narcolepsie qui en font la risée des langues de vipère du village. Alors un jour, dans un état d’ébriété avancé, il prétend qu’un riche étranger a demandé la main de cette jeune femme au demeurant très charmante. À l’annonce de cette nouvelle les imaginations et les inquiétudes vont s’embraser et les comportements allègrement dérailler.

L’analyse

Lyes Salem se définit comme un comédien qui réalise ses films plutôt que comme un réalisateur qui joue dedans. Et c’est son personnage qui est le moteur principal de cette comédie. Dés le premier (gros) plan le visage de Mounir s’annonce comme icône visuelle – un peu comme le visage à moustache de Charlot – et comme ressort comique – à l’inverse complet d’un Buster Keaton sans expression. Plus il fronce le sourcil et plus il nous fait rire.

Le scénario est basé sur le quiproquo et des dialogues, il pourrait se résumer à une histoire d’amour caché croisée avec un mensonge dont les conséquences dépassent les prévisions de celui qui l’a formulé, en saupoudrant allègrement le tout de péripéties déclenchées par le mensonge en question.

Les nombreux seconds rôles, plutôt convaincants, sont loin toutefois de disputer la vedette à Mounir.

Un mot sur l’accompagnement musical: cet oud (?) qui déroule une ritournelle aigrelette et tourbillonante comme une brise de printemps s’accorde au ton léger de cette comédie et donne même envie de danser en quittant la salle de ciné.

La synthèse

Mascarades est le premier long métrage de Lyes Salem et il tient toutes les promesses de ces comédies de haut niveau qui nous tendent en plus un "miroir à réfléchir", dans la tradition des Lubitsch et autres Capra. Ces références se justifient par l’ambition du film de réussir une comédie "pour tous" avec un regard subtilement critique quand à la nature humaine.

Les bonus

Mk2 a fait un travail d’édition dont l’intérêt mérite d’être souligné. Les bonus consistent en deux courts métrages et un making-of .

• Jean-Farès est un faux monologue (au téléphone) au cours duquel Lyes Salem (sans sa moustache, on ne le reconnaît presque pas !) annonce à sa famille au bled, et à une belle-famille plutôt vieille France, la naissance de son fils. Satisfaire les goûts de chacun se révélera une mission (presque) impossible. Presque.

• Cousines raconte le retour à Alger, pour les vacances, d’un cousin de France (Lyes Salem). Accueilli comme le fils prodigue, il ramène les traditionnels cadeaux à sa famille: ustensiles de cuisine, biscuits, jouets, etc. Rapidement, cependant, il va se trouver en porte-à-faux avec son cousin notamment, qui laisse très peu de liberté à sa femme. C’est sur le ton de la chronique de quartier que se jouera la thématique du film: la liberté de la femme.

Le making-of est surtout intéressant pour les commentaires de Lyes Salem sur ses intentions – il dit par exemple qu’il n’a pas voulu faire un film sur l’Algérie mais un film en Algérie. Énorme nuance. S’y ajoutent quelques scènes assez anecdotiques sur le tournage proprement dit.

Entretien + bande-annonce

TŌKYŌ SONATA – Kyoshi Kurosawa

5 juil

tokyosonata18b_400

Rencontre avec Didier Bourdon, Anne Consigny et Bambou

22 juin
L1030818

Je vous jure que ce sont eux !

Le cinéma Vox, à la pointe de la hype, a inventé la speed-"rencontre avec le public" jeudi dernier : sept minutes pour que le réalisateur-acteur et sa souriante compagne – dans le film – répondent brièvement à trois questions du public lors de l’avant-première de Bambou. Ceux qui ont été déçus de ne pas les rencontrer après le film (ce qui pourrait sembler logique à certains esprits chagrins) se seront consolés en écoutant le roué présentateur-animateur de NRJ, qui a su faire patienter le public en manque de sa dose de star ! Bambouuuuuuu !

(-_-)

[dvd :] Le cinéma de Mai 68 vol. 2 – L’héritage

24 avr
cinemademai68Le cinéma de Mai 68 vol. 2 – L’héritage (éd. Montparnasse)

Cinélutte se constitue en 1973. Quoique indépendant de toute appartenance politique, ce collectif hétéroclite de réalisateurs, techniciens et étudiants est porté par l’idéal communiste – ou l’une de ses sous-branches trotsko-maoïstes.

Le projet de Cinélutte

Il était urgent, dans la foulée de l’après 68, de permettre l’expression d’un discours de contre-pouvoir face à celui du gouvernement et du patronat, en donnant la parole aux ouvriers. Cette nécessité, ajoutée au désir d’expérimenter une forme de collectivisation de la création, guide les sept films produits par Cinélutte présentés dans ce deuxième volume du Cinéma de Mai 68 édité par Montparnasse.

L’interêt de leur approche

Leurs films se caractérisent par une économie de moyens et une liberté de ton stimulante et étonnante – hier comme aujourd’hui. En se démarquant du corset du "cinéma de papa" ou de la télévision de l’ORTF, ils esquissent des espaces mentaux prometteurs pour le genre humain.

Dans un souci de mettre fin à la tyrannie du réalisateur omnipotent, ces films se veulent œuvres collectives où chacun participe à tout, où les rôles sont interchangeables. Cinélutte a le culot galactique de soumettre l’Idéal à l’épreuve de la Pratique. Gonflé !

Les failles

Ces films ont les défauts de leurs qualités pourrait-on dire. La démarche prime sur l’œuvre et ça ne s’accomplit pas sans un minimum de casse. On manque parfois de contexte et d’analyse pour saisir des enjeux à la fois lointains et d’actualité. Et la structure de ces moyens métrages, d’une quarantaine de minutes chacun, laisse une sensation de répetition et de flottement bordélique, quoique généreux, quoique bordélique.

Conclusion

La focalisation de ces films sur l’expression subjective plus que sur l’explication objective implique quasiment l’impossibilté d’une réussite esthétique quand toute l’équipe est aux manettes. Mais l’interêt de ces œuvres pourrait résider dans une sorte de communion dans l’action qu’il permet à ces êtres humains vivant une aventure.

Certains échecs valent bien des réussites. Peut-être ces films sont-ils ainsi avant tout destinés à profiter à ceux qui les réalisent et à leur entourage proche, préfigurant d’une certaine manière la spontanéité et l’accessibilité bien démocratique de la vague YouTube de la vidéo faite maison. Avec une ambition artistique et politique bien plus élevée s’entend.

(-_-)


LE CINÉMA DE MAI 68

  • DVD 1
    Ce n’est qu’un début, continuons le combat
    (Claudia von Alemann, 1968-1969)
    Kimbe red pa moli
    (1971)
    Cinélutte : Bonne chance, la France (1974-1975). Triptyque composé de
    L’autre façon d’être une banque

    Portrait du comité Giscard
    Un simple exemple
  • DVD 2
    Cinélutte : Jusqu’au bout (1973)
    Margoline (1973)
    Petites têtes, grandes surfaces – Anatomie d’un supermarché (1974)
    À pas lentes (1977-1978).
    Texte "Un cinéma de lutte pour les gens en lutte" par Sébastien Layerle.
  • CD : Portrait musical de Colette Magny.
Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 58 followers