[dvd :] NID D’ESPIONS – Richard Wallace

26 oct

Éd. Montparnasse

Alors qu’il récupère après un séjour prolongé dans un camp de prisonniers franquiste, John McKittrick apprend la mort de son meilleur ami Louie Lepetino, qui l’avait tiré des mains de ses bourreaux. Souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique qui rend son comportement et sa perception de ce qui l’entoure parfois imprévisible, il décide de mener sa propre enquête, mais il est entouré d’espions qui veulent récupérer une chose en sa possession, et savoir à qui se fier n’est pas chose facile…

Outre le petit cours de rattrapage pour le chroniqueur n’ayant pas fourré son nez dans un livre d’histoire depuis des lustres (« mais que viennent faire ces nazis en pleine guerre d’Espagne ? »), Nid d’espions est un film qui ne manque pas d’attraits. Si en cette année 1943, le cinéma américain n’étaient pas encore prêt à aborder de front le sujet des soldats traumatisés au combat, il pouvait en revanche, et plus pour servir des besoins scénaristiques que pour pointer une réalité sociale, faire appel à un soldat traumatisé par les tortures subies durant sa captivité. Le visage tourmenté de John Garfield (lui-même acteur martyrisé sur l’autel du maccarthisme, et à la carrière météorite), donne vie à merveille à cet homme-là. Un All American boy typique, séducteur et défonceur de portes, qui fait preuve de la même prestance le revolver au poing que dans un diner mondain. Mais aussi un homme fissuré, halluciné, toujours à deux doigts de la rupture. Un brin de psychose qui fait beaucoup pour humaniser un personnage sinon sans tache et aseptisé, enfant d’une Amérique triomphante mille fois vu dans des productions analogues.

Le film marque aussi – et surtout – par son atmosphère morbide et hautement paranoïaque. Tous, dans l’entourage de McKittrick, hommes comme femmes, semblent être agent, agent double, ou au moins avoir des choses à cacher et/ou en savoir beaucoup plus qu’ils ne veulent bien l’admettre. La révélation de ce que les nazis cherchent à récupérer ramène un peu platement le film à ce qu’il est – un produit de propagande – et le rend indissociable d’un contexte bien particulier. Elle entache aussi quelque peu sa crédibilité. Symbolisme, orgueil et dévotion aveugle à des valeurs un rien faisandées paraissent un peu dérisoires au milieu d’un complot de cet envergure, où les victimes tombent comme des mouches. Mais par cette ambiance malsaine, où un ami de toujours se regarde avec défiance, où un béguin se vit entre aveuglement et crainte de la trahison, où des paralytiques racés passionnés par la torture mentale brûlent de tout savoir de votre point de vue sur la question et où chaque mot, chaque geste peut revêtir un sens caché, Nid d’espions parvient à marquer favorablement les esprits. Une courte introduction de Serge Bromberg complète cette édition DVD.

 Mathias Ulrich

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