[dvd :] LE RENNE BLANC – Erik Blomberg

10 fév

Éd. Artus Films

Négligée par un mari qui lui préfère la pratique de la chasse au renne, une jeune femme part chercher de l’aide auprès d’un sorcier pour remettre un peu d’enthousiasme au sein de son couple. Celui-ci l’envoie sacrifier un jeune renne au pied d’un monument de pierre. Mais des puissances négatives, déjà tapies en elle, se manifestent. Bientôt, sous la forme d’un cervidé, elle attire des chasseurs pour les vider de leur sang…

En 2006, le finlandais Antti-Jussi Annila, par ailleurs réalisateur de l’excellent Sauna, tentait une fusion entre folklores mythologiques finnois et chinois dans un Jade warrior ostentatoire et quelque peu raté. Les similitudes entre les deux semblaient bien apparaître de-ci, de-là. Mais à trop noyer l’humain dans le spectaculaire aux petits pieds d’un bataillon de tics visuels issus du récent cinéma de Hong Kong, le film oubliait de faire ressentir au spectateur ce sentiment d’universalité des traditions, qui rassure et réjouit tout à la fois.

Quelques 54 ans plus tôt et de toute évidence sans effort fait dans ce sens, un autre cinéaste finlandais, Erik Blomberg tournait Le renne blanc. Une œuvre très curieuse où une lapone se transforme en bête à bois et en vampire à la dent proéminente. Lors d’une scène, elle se déplace même en semblant montée sur roulettes, la chevelure flottant au vent, comme les personnages féminins des productions Tsui Hark, eux aussi adeptes de thérianthropie – parfois inversée – et de vampirisme.

Film avec le chamanisme pour toile de fond, Le renne blanc donne insensiblement au spectateur le sentiment d’être en terrain connu. Et nous rappelle que le chamanisme a été/est toujours pratiqué sous des formes très similaires par un peu toutes les cultures du monde. Les stèles rencontrées dans les plaines lapones sont les même que l’on croise dans les steppes mongoles. De même, un non amateur de cinéma de Hong Kong devrait pouvoir rattacher le film à un élément quelconque de sa culture cinéphilique. Aux légendes indiennes de Wolfen, par exemple.

Les photos d'enfance de Christine Boutin expliquent bien des choses.

Pour autant, le film d’Erik Blomberg, à l’action située dans des paysages immaculés où la neige rend tout déplacement laborieux et incertain, ne ressemble à aucun autre. Tourné dans un très beau noir et blanc, il est souvent déconcertant, parfois aride, alternant un style sec semi-documentaire avec de vraies envolées de poésie fantastique. On est dans la prise de conscience des puissances de la nature. On est aussi dans la psyché d’une femme délaissée. Et dans un film d’épouvante répondant aux canons du genre : réveil du monstre, victimes qui s’amoncellent, etc. Tout ça sur moins de 70 minutes, avec une belle économie de dialogue.

Le renne blanc est aussi un puzzle ésotérique parfois franchement difficile à décrypter, et pour une fois on conseillerait presque de commencer par les bonus. Sur prêt d’une heure, l’écrivain Georges Foveau, auteur d’un livre sur le sujet, y revient sur la représentation du chamanisme au cinéma, au travers d’une poignée de films représentatifs. Surtout, il propose des clefs d’interprétation passionnantes concernant les véritables enjeux de l’histoire. Sur un combat chamanisme / chrétienté, tradition / modernité qui aura pu un peu passer au dessus de la tête du spectateur distrait par les aspects purement sensitifs d’un film pas toujours facile à aborder mais qui saura récompenser ceux qui auront été vers lui.

Mathias Ulrich

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