[dvd :] L’AURORE / CITY GIRL – F.W. Murnau

16 déc

Ed. Carlotta

Tombée en amour pour les films de Frank Borzage récemment édités par Carlotta, j’ai évidemment trépigné de joie quand s’est profilée à l’horizon la possibilité de découvrir/chroniquer, chez le même éditeur, les œuvres contemporaines de Friedrich Wilhem Murnau. D’autant que les deux réalisateurs travaillaient pour le même studio, celui de William Fox, et que quand Borzage employait Janet Gaynor dans son Heure suprême c’était de nuit car le jour elle était mobilisée par Murnau pour L’Aurore (si je me souviens bien)…

L’Aurore, voilà un titre qui résonne dans la grande mémoire cinéphile collective. On en a tous, c’est presque sûr, vu au moins des extraits et entendu parler, etc. Mais moi, je n’avais jamais eu l’occasion de le voir en entier. Et évidemment ce qui devait arriver arriva : déception. Mais hop-hop-hop, pas de crime de lèse majesté sur ce coup-là, la déception n’a pas duré, le film a fait son nid et avec le temps (peu de temps), il s’est imposé comme quelque chose de beau et fort. Le seul bout de réserve qui me reste concerne la structure que je trouve un peu déséquilibrée : un brin trop lourd, trop noir, trop larmoyant au début –cette impression se corrigera peut-être, sans doute, lors d’un prochain visionnage, car j’ai déjà envie de revoir le film. Au départ, ça se passe à la campagne, une vamp de la ville détourne le mari d’une courageuse femme au foyer (Janet Gaynor affublée d’une ignoble perruque blonde : là, le temps ne fera probablement jamais rien pour me réconcilier avec ce malheureux choix capillaire). La vamp pousse le mari à noyer sa femme, il accepte. Mais ne réussit pas à passer à l’acte et poursuit son épouse traumatisée jusqu’à la ville, implorant son pardon. Une fois réconciliés, ils goûteront aux charmes vibrionnants de la cité, avant de s’en retourner chez eux pour un troisième acte où le destin soufflera le chaud et le froid. Pas à dire, ça s’imprime sur la rétine, surtout les scènes de ville.

C’est du coup un peu moins le cas de City Girl qui, contrairement à ce que suggère son retitrage, se passe essentiellement à la campagne. Le titre original de Murnau était Our daily bread (Notre pain quotidien) et il voulait inclure dans son film toute la chaîne de fabrication qui mène du blé sur pied, dans les champs, au pain sur la table de l’honnête campagnard ou du citadin stressé. C’est ce pain tranché-là qui nous amène à rencontrer pour la première fois Kate (Mary Ducan), serveuse en sueur rêvant de la pureté de la campagne. Elle remarque alors un jeune homme endimanché (Charles Farrell –le couple de La femme au corbeau est reformé) et c’est le coup de foudre entre eux. Il remplit –mal- sa mission, vendre à la bourse le blé de son père, et épouse la serveuse qu’il ramène à la ferme. L’accueil est… Euh. Froid ? Glacial ? Polaire ? Avec des coups en plus ! Le beau-père n’aime pas sa bru, les moissonneurs l’aiment trop, tout ça va mal tourner, on le sent ! Ou bien ? Il y a eu différentes fins envisagées pour ce film que Murnau ne terminera pas lui-même, ayant rompu son contrat avec la Fox. C’est peut-être ce qui a valu son statut plus « mineur » à City girl que divers intervenants qualifient de scandaleusement sous-estimé (il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse non plus…). Là, je dois dire que, soit le temps n’a pas encore fait son travail de maturation, soit ça me laisse vraiment de marbre. Visuellement c’est souvent superbe, mais plus l’intrigue avance, plus mon intérêt recule.

Et pour une fois –n’est pas coutume- les suppléments proposés par l’éditeur ne viennent pas au secours (si besoin est) du/des film/s… Enfin, je dis ça, ça n’engage que moi, mais comme sur l’un comme l’autre DVD, la majeure partie des boniiiiiiiii sont signés Jean Douchet et qu’il a une façon d’analyser en –à mon avis- surinterprétant, cadenassant, polarisant tous les aspects du films : désolée mais je n’ai pas envie de le suivre. Si : sa partition droite/gauche pourquoi pas… Mais sur quoi s’appuie-t-il au juste pour affirmer tout ce qu’il affirme des intentions de Murnau ? Sur des écrits du réalisateur ? Les autres intervenants sont plus didactiques : moins de prise de risque, c’est sûr, mais c’est aussi plus digeste. Il y a également, sur le DVD contenant L’Aurore un court métrage, hum, bizarre de Pierre Guy (1981) qui brode autour du dernier voyage de Murnau, mort dans un accident de voiture en 1931. Et puis il y a une reconstitution du chaînon manquant entre L’Aurore et City girl, Four devils : le film est perdu, mais il reste des croquis faits pour la lumière, des photos, des pages du scénario, quelques impressions de spectateurs à l’issue de la première preview, des critiques parues dans des journaux : archéologie d’un objet fantôme !

Encore une fois : quelle époque fascinante que celle de l’âge d’or du cinéma muet –et sa « tragique » (le terme paraît disproportionné, mais ça a bien été tragique pour de nombreuses personnes et œuvres à l’époque) transition vers le parlant. Hop, je glisse un conseil de lecture (récente) sur cette période charnière, que ne vécu  malheureusement pas jusqu’au bout Murnau, il s’agit du roman de Robert Bloch (oui, l’auteur de Psychose),  Le crépuscule des stars. Et puis bien sûr, si vous voulez vous faire une idée de L’Aurore et City girl tels qu’ils sont proposés par Carlotta, n’hésitez pas à consulter leur page : ici.

Jenny Ulrich

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