
Mascarades (éd. Mk2)
Le pitch
Dans un village perdu de l’Atlas algérien, Mounir aimerait être riche. Malgré des haussements de sourcils impressionnants et une moustache combative, ce fanfaron ne parvient pas à se faire craindre autant qu’il le souhaiterait. C’est que sa sœur a de fréquents accès de narcolepsie qui en font la risée des langues de vipère du village. Alors un jour, dans un état d’ébriété avancé, il prétend qu’un riche étranger a demandé la main de cette jeune femme au demeurant très charmante. À l’annonce de cette nouvelle les imaginations et les inquiétudes vont s’embraser et les comportements allègrement dérailler.
L’analyse
Lyes Salem se définit comme un comédien qui réalise ses films plutôt que comme un réalisateur qui joue dedans. Et c’est son personnage qui est le moteur principal de cette comédie. Dés le premier (gros) plan le visage de Mounir s’annonce comme icône visuelle – un peu comme le visage à moustache de Charlot – et comme ressort comique – à l’inverse complet d’un Buster Keaton sans expression. Plus il fronce le sourcil et plus il nous fait rire.
Le scénario est basé sur le quiproquo et des dialogues, il pourrait se résumer à une histoire d’amour caché croisée avec un mensonge dont les conséquences dépassent les prévisions de celui qui l’a formulé, en saupoudrant allègrement le tout de péripéties déclenchées par le mensonge en question.
Les nombreux seconds rôles, plutôt convaincants, sont loin toutefois de disputer la vedette à Mounir.
Un mot sur l’accompagnement musical: cet oud (?) qui déroule une ritournelle aigrelette et tourbillonante comme une brise de printemps s’accorde au ton léger de cette comédie et donne même envie de danser en quittant la salle de ciné.
La synthèse
Mascarades est le premier long métrage de Lyes Salem et il tient toutes les promesses de ces comédies de haut niveau qui nous tendent en plus un « miroir à réfléchir », dans la tradition des Lubitsch et autres Capra. Ces références se justifient par l’ambition du film de réussir une comédie « pour tous » avec un regard subtilement critique quand à la nature humaine.
Les bonus
Mk2 a fait un travail d’édition dont l’intérêt mérite d’être souligné. Les bonus consistent en deux courts métrages et un making-of .
• Jean-Farès est un faux monologue (au téléphone) au cours duquel Lyes Salem (sans sa moustache, on ne le reconnaît presque pas !) annonce à sa famille au bled, et à une belle-famille plutôt vieille France, la naissance de son fils. Satisfaire les goûts de chacun se révélera une mission (presque) impossible. Presque.
• Cousines raconte le retour à Alger, pour les vacances, d’un cousin de France (Lyes Salem). Accueilli comme le fils prodigue, il ramène les traditionnels cadeaux à sa famille: ustensiles de cuisine, biscuits, jouets, etc. Rapidement, cependant, il va se trouver en porte-à-faux avec son cousin notamment, qui laisse très peu de liberté à sa femme. C’est sur le ton de la chronique de quartier que se jouera la thématique du film: la liberté de la femme.
• Le making-of est surtout intéressant pour les commentaires de Lyes Salem sur ses intentions – il dit par exemple qu’il n’a pas voulu faire un film sur l’Algérie mais un film en Algérie. Énorme nuance. S’y ajoutent quelques scènes assez anecdotiques sur le tournage proprement dit.
Entretien + bande-annonce
Mots-clefs : Algérie, Comédie, Lyes Salem, Mascarade