Retour sur… The Wrestler

29 mar
rourke

Mickey Rourke lors de son casting pour le rôle titre de Seul contre tous.

“I’m ready for my close up”, M. Aronofsky.
Quelques mois avant de s’entendre dire ça, Darren était venu trouvé Mickey Rourke, lui avait promis un rôle en or, une rédemption exemplaire, une résurrection inespérée. Alors, Rourke, vestige du cinéma néons bleus et stores à lamelles des années 80, a plongé tête baissé.

On nous l’aura vanté ce Lazare, de Venise aux Oscars. Et pourtant… Avec un rien de recul, il apparaît évident que ce Wrestler tient plus du coup médiatique que du sacerdoce cinématographique. C’est l’œuvre d’un petit malin, d’un cinéaste en vogue, qui fait grisonner les arrières plans, qui donne à voir la gamelle d’une prétendue idole, qui fait de l’indé classique en se montrant plus Weinstein qu’Harvey. Et tiens, si on convoquait The Boss pour clore le film ?

Des fois qu’on voudrait théoriser, on a même droit à l’analogie entre la pute au grand cœur et le catcheur stéroïdé. Anabolisants ou silicone, même combat : on vend son corps au public.

Et Rourke, qu’on donnait si juste, si beau, si vrai, que fait il ? Il promène sa déchéance, sa médiocrité. Il fait mouiller ses yeux une poignée de fois. On peut pas lui en demander plus, le botox annihile toute expression faciale. D’ailleurs, c’est un grand acteur, le Mickey ? Si on revoit sans fin L’année du dragon, sans doute. Pour le reste, c’est un comédien qui a été transparent dans de grands films, ou qui a cabotiné dans de luxueux nanars. Au choix.

Mais le cinéphile nostalgique, en mal d’icône, a voulu l’ériger en Brando moderne. Il n’en fallait pas plus à un cinéaste opportuniste pour greffer là-dessus sa réinterprétation de la vie de l’acteur maudit. Par delà l’histoire du catcheur, on se remémore les frasques de la grande blonde peroxydée. C’est du cinéma couplé à de l’actu people. Un film qui parle d’une épave jouée par une épave en voie de sacralisation.

Si je ne peux saluer le metteur en scène, l’artiste tout à fait malhonnête à l’origine du projet, je tire mon chapeau à Darren le business boy. Ce mec a tout compris à l’industrie. Tout seul, comme un grand, il a fait du Miramax mieux que Miramax.

Greg Lauert

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