TRAILER TRASH 3.1

3 mar

Enfer ! Les bandes et ce qu’elles annoncent.

(La plupart du temps, un film ; parfois un mea-culpa)

(By Jakuts – nouvelle CUTienne)

trailer-trash-ok

Comment peut-on avoir sur sa table de chevet Conquête de l’inutile de Werner Herzog et dire, en pleine journée, en plein air, et en pleine possession de ses moyens : De 2009 je n’attends que Watchmen. Une fois Watchmen sorti, l’année sera finie pour moi.

Qui ne dit mot ne consent pas pour autant. On m’opposa un silence incrédule. Au mépris de tout savoir-vivre, on me montra une affiche du doigt. La fille en similicuir jaune et noir, aux seins qui pointent, celle qui prétend avoir l’habitude de sortir de chez elle à 3 heures du matin pour faire des bêtises – ce Watchmen là ?

Mon enthousiasme était un peu atteint. Je retournai donc aux sources : la bande-annonce. Les bandes-annonces ou comment l’envie vient au spectateur. On peut y lire l’avenir. On peut aussi se tromper. Cette chronique repose sur une prise de risque inconsidérée.

Première constatation : il y a plus de bandes-annonces qu’il n’y a de films. Deuxième constatation : un film de super-héros crépusculaire fait appel aux services de groupes eux- mêmes enfoncés dans la nuit du mythe : The Smashing Pumpkins (bande-annonce 1) et Muse (bande-annonce 2). Faux indépendant, vrai mainstream, le ton est donné. Voilà de la valeur ajoutée au meilleur roman graphique de tous les temps (ce qui est sans doute vrai, mais ne répond pas à la question de savoir pourquoi, alors, ne pas simplement lire ce dernier). Au moins le film n’est adapté ni d’un manège de foire ni d’un jeu vidéo. De nos jours, c’est plutôt encourageant.

Il est bien difficile de donner envie de voir un film où le jaune est une couleur dominante, où des smileys old-school souillés de sang tombent au ralenti dans une tombe, où les sauveurs du monde sont bleus, synthétiques, aussi laids qu’une publicité pour chewing-gum à la menthe glaciale. Il est plus facile de piquer la curiosité du futur spectateur avec la promesse d’une série d’exécutions de super-héros, d’une guerre nucléaire imminente, d’un bonhomme moustachu bouffi armé d’un lance-flamme. Par-dessus tout, qui ne serait pas conquis à la perspective d’un super-héros que l’on supplierait de nous sauver et qui, dans un murmure, dirait non ?

Comme c’est Ancien-Testamentaire et charmant ! La bande-annonce de Watchmen commence par une prophétie réalisée (il fallait bien que ça arrive – dit l’un d’eux avant de passer par la fenêtre) et finit sur Non.

Va mourir, en somme ; no future. (Il semble désormais admis que tout ce qui est un peu crépusculaire et nihiliste n’est plus du tout tenu d’être agréable à l’œil). La bande-annonce de Watchmen est si laide qu’elle en est réjouissante (une sorte de vaisseau spatial s’assemble tout seul sur fond de supernova, façon Science et Vie Junior rencontrant les raffinements de l’infographisme). Comme toute bande-annonce qui se respecte, celle-ci fait grand usage du ralenti : ce dernier donne sens et dignité à n’importe quel mouvement (un testostéroné passant à travers une vitre, un mouvement de longs cheveux bruns dans le souffle d’une explosion, le claquement d’un drapeau américain sur un cercueil, sous la pluie).

Naturellement la bande-annonce est un art mixte, mêlant texte et image. Tout doit y être efficace, et c’est ce qui est révélateur. Des acteurs on ne saura rien – il n’y a rien à en savoir (sinon qu’on a frôlé de peu la catastrophe, sous les traits de Robin Jumanji Williams). Le moustachu mâchonnant un cigare rappelle vaguement quelque chose : il n’a pas de nom, c’est un Robert Ironman Downey Jr. du pauvre. On se souviendra ensuite (en pleine nuit) que c’est pour lui qu’Izzie a volé un cœur dans une série médicale que la pudeur nous empêche de citer. On la remercie chaleureusement, il manie le lance-flamme comme personne. Zack Snyder lui-même n’est pas nommé : il est sobrement décrit comme le réalisateur visionnaire de 300. Quelle justesse descriptive. Quelle franchise à peine voilée.

Preuve que l’art de la bande-annonce est infini, celle de 300 (souvenez-vous : les jolis en slip qui dîneront en enfer) contenait, paraît-il, une image subliminale de Watchmen. (Pourquoi être cohérent quand on peut juste avoir la classe ?)

Le pitch lui-même a la pureté d’un haïku. Le pitch (aka le sous-titre, la phrase qui tue) résume l’art concis de la bande-annonce. Rappelons que nous aimons le haïku, court poème japonais, « pour l’acquiescement qu’il suscite en nous, entre émerveillement et mystère. Le temps d’un souffle (un haïku, selon la règle, ne doit pas être plus long qu’une respiration), le poème coïncide tout à coup avec notre exacte intimité, provoquant le plus subtil des séismes » (Corinne Atlan et Zéno Bianu, Poésie/Gallimard). Le pitch de Watchmen est à la hauteur. Ils veillent sur nous – mais qui veille sur eux ?

Qu’on ne se méprenne pas, j’attends Watchmen avec la dernière impatience. Pour tout dire, je n’ai pas été dans cet état de fébrilité depuis la bande-annonce de Gladiator. J’ai gardé mon âme d’enfant mais, dès les premières images, le doute s’est insinué. J’essaie de l’ignorer ; je fais comme si de rien n’était. J’aime les séries B et les grands films populaires. Je n’aime pas qu’on insulte mon intelligence. J’espère le meilleur, je me prépare au pire. Dans un univers où les réalisateurs visionnaires n’ont pas de nom et où les surhommes chuchotent à l’oreille des mécréants, ma crainte est que le plus prophétique du lot soit plutôt Sumitaku Kenshin (1961-1987) :

Cette limonade sans bulles – Voilà ma vie.

Jakuts

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7 réponses à “TRAILER TRASH 3.1”

  1. Anne Mardi 3 mars 2009 à 140219 #

    J’ai beaucoup aimé ce texte et moi qui fuit les super héros, les films fantastiques et compagnie, j’ai envie de voir Watchmen!

  2. Fanny Mardi 3 mars 2009 à 140225 #

    Yeah, c’est le début de la gloire pour notre mystérieux(se?) nouveau(elle?) cutien(nne?). Par contre, moi j’ai peur de voir ce film à la lecture de ta prophétie…

  3. rock Mardi 3 mars 2009 à 160412 #

    Comme Fanny, je commence à me méfier…

  4. Reda Mercredi 4 mars 2009 à 150345 #

    C’est bizarre, Anne deteste “les superéro, les trucs fantastiqe et compagnie” mais attend de voir cette aberration qu’est Watchmen…

    Lisez plutot le monument qu’est la BD au lieu de vous niquez l’histoire devant le film.

  5. Reda Mercredi 4 mars 2009 à 150350 #

    Et j’ajouterais que Watchmen est bien un comic book, un graphic novel comme From Hell, mais question marketing…

    “Ils veillent sur nous – mais qui veille sur eux ?”

    Je vois vraiment pas le rapport le haikus désolé, par contre un petit commentaire :

    en anglais, c’est “Who watches the Watchmen”, bien plus ambigue et sujet à l’interpretation que la phrase en français. Elle cristalise même très bien ce qui va suivre dans le livre. Sans compter le jeu de mot sur watch, le temps étant un des sujets de prédilections de Moore.

  6. Anne Vendredi 6 mars 2009 à 130159 #

    C’est ce texte qui m’a donné envie de voir Watchmen! J’y vais ce week-end… Très beau texte, je me répète!

  7. Reda Samedi 7 mars 2009 à 200848 #

    Je le déconseille fortement… C’est bizarre qu’un texte aussi négatof donne envie de voir le bouzin :o

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