Vinyan, film de genre ?

24 oct

Vinyan a inspiré bon nombre de CUTiens ! Cette fois-ci, c’est Greg Lauert qui revient sur le film de Fabrice du Welz.

Dans dix secondes, cette enfant aura vidé Jacques Gamblin de ses tripes. Puis, il caressera les fesses d’Isabelle Carré.

Vinyan est accueilli dans les salles avec des qualificatifs pour le moins surprenants. On évoque un trip, une expérience cinématographique. Pourtant, le film de Fabrice Du Welz est une œuvre profondément narrative. Avec ce film, le réalisateur de Calvaire resurgit de toute évidence là où l’attendait le moins, à savoir du côté du drame passionnel, de la tragédie humaine. On pourra évoquer Apocalypse Now, ou les Révoltés de l’an 2000.
Mais Vinyan, d’apparence surréaliste et fantastique, est un voyage au cœur d’une douleur banale. Alors il convient de quitter les références au film de genre pour rapprocher cette œuvre d’un autre film passionnel : Holy Lola, de Bertrand Tavernier. Les deux films partagent plusieurs thématiques.

En premier lieu, tous deux s’attachent à décrire le manque d’un enfant ; enfant voulu d’une part, enfant perdu de l’autre. Dans les deux cas, nous nous trouvons face à un couple expatrié en Asie, en quête frénétique et acharnée d’un enfant. Tavernier s’aliène moins à la métaphore, et se montre très pragmatique, parce que ses protagonistes luttent contre une administration, contre une entité concrète. Du Welz emprunte des chemins oniriques, mais finalement, tous deux évoquent un homme et une femme se déchirant sur la base d’une absence, deux êtres incomplets en quête d’un lien, d’une unité.
Qui plus est, les deux cinéastes décrivent  un monde divisé, une bipolarité. Dans leurs œuvres, occidentaux et asiatiques ne confèrent pas la même valeur à l’enfant.  La quête d’Emmanuelle Béart est incomprise. Celui-ci ou un autre, lui dit on en lui tendant un enfant. L’enfant est désincarné. C’est un Graal pour les uns, une valeur marchande pour les autres. Les occidentaux ont leurs problématiques : principalement affectives. Les orientaux sont distingués socialement et économiquement. Ils connaissent la misère, et leur terre et une terre de fantasme, où l’on peut partir en quête de son plus grand désir quand on s’affranchit du frein économique.

Au-delà de la thématique, et malgré des mises en scène diamétralement opposées, les cinéastes français et belge se rejoignent en signant des films intègres et passionnés. Il n’y a ainsi pas de trip chez Du Welz, pas plus qu’il n’y a de soumission à un genre. Vinyan est un film libre dans sa structure.
Cette fin qui voudrait faire basculer l’œuvre n’est qu’un constat d’échec des personnages. Les protagonistes de Tavernier réussissent. Ceux de Du Welz s’effondrent. Mais peu importe l’issue, le voyage importe. Il a permis de cristalliser les peurs, de stigmatiser les faiblesses. D’unir ou de faire éclater un couple.

Greg Lauert

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