
Avant (c’est-à-dire il y a encore trois ans) je snobais le genre de film que pouvait être une œuvre comme King Kong : le blockbuster ou encore le film de genre. Les gros budgets et les films fantastiques me faisaient chier. Je préférai Kids, Igby Goes Down ou encore Nowhere. Mais un soir, j’ai découvert La Nuit des morts-vivants de Romero, et arrivé au bout, j’étais étourdi, comme sonné par une claque d’une force que le pire des paternels ne serait capable de donner. C’était comme retomber en enfance : la peur du noir, l’angoisse d’une partie de cache-cache ou du monstre dans le placard. Résultats : je me méfie de Larry Clark et j’ai failli chialer comme une otarie devant le dernier Peter Jackson.
Ayant détesté Braindead, survolé les deux premiers volets du Seigneur des Anneaux et été mitigé sur The Frighteners (Fantômes contre fantômes), je me sentai réticent à l’idée de voir un autre Peter Jackson. Et pourtant son King Kong…
Pour ceux ou celles qui ne connaissent pas l’histoire, elle se passe d’abord à New York en 1933, où une jeune femme nommée Ann Darrow, artiste de music-hall, se retrouve sans emploi. Parallèlement, Carl Denham, réalisateur un peu allumé, montre quelques rushes de son nouveau projet (un film d’aventure) à ses producteurs. Mais ces derniers, guère convaincus, décident de se séparer de Denham. Paniqué, il vole les négatifs de son film inachevé et décide de le terminer sans leur aide. Et il n’a que quelques heures pour trouver la nouvelle star de son film et c’est là qu’il croise Ann Darrow, voyant en elle la parfaite nouvelle figure de son oeuvre. Pour l’inciter à accepter de faire parti du projet, il lui explique qu’il sera tourné à Singapour. Mais la jeune femme n’accepte que lorsqu’elle apprend que le scénariste du film n’est autre que Jack Driscoll, grand auteur de théâtre qu’elle admire énormément. Il l’embarque donc avec ce dernier et une équipe réduite à bord du Venture censé les mener à Singapour. Mais l’ambition de Denham est toute autre : il rêve d’être le premier à découvrir la mystérieuse île nommée Skull Island et d’en ramener des images…
Certains reprochent au film d’en faire un peu trop (les scènes des dinosaures, par exemple), mais replaçons les choses dans leur contexte : Peter Jackson devait avoir 8 ou 9 ans lorsqu’il a découvert le classique de 1933 réalisé par Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper, et c’est à partir de là qu’il a eu l’ambition de travailler dans le cinéma. De << réaliser des films comme King Kong >>. Et c’est sûrement avec cet enthousiasme de gamin que Jackson a créé sa version de King Kong ; c’est l’ultime rêve de gosse qui se concrétise ! Donc, le fait qu’il en fasse parfois trop peut témoigner d’une angoisse universelle de tout réalisateur : celle de décevoir – non seulement le public, mais soi-même -, de ne pas en faire assez ou, pire, n’arriver à rien. D’ailleurs, la folie du personnage de Carl Denham (très inspiré d’Orson Welles, paraît-il, et joué par un Jack Black surprenant) est très représentative de cette inquiétude. Certains diront qu’ils se foutent du comment et pourquoi le réal en est arrivé ici et là, mais Jackson ne se cherche pas d’excuse : toutes les scènes d’action surnommées trop sont absolument utiles à l’évolution des personnages.
Dans sa jungle naturelle et inexplorée, King Kong rappel à plusieurs reprises qu’il en est le roi et le plus fort… jusqu’à l’arrivée de l’être humain issu de la jungle urbaine. Le gorille, après avoir été capturé, est utilisé comme un monstre de foire, devient victime d’une société vampirisée par le fric, dont différence est continuellement synonyme de profit, un pantin pour divertir la bourgeoisie. Rarement dans le paysage cinématographique populaire récent, on aura pu voir un dénouement dramatique aussi émouvant et lucide. Sans oublier la magnifique et complexe histoire d’amour entre le gorille et Ann Darrow.
Tout ce que le film de Schoedsack et Cooper avait abordé a carrément été retravaillé, l’intensité amplifiée dans le film de Jackson pour offrir une aventure qui, sans pour autant effacer sa source, est d’une générosité et d’une sensibilité sans égale. Et ce qu’il y a de plus terrifiant avec ce film, ce que même arrivé au bout de ses 3 heures, de son générique de fin, après avoir serré les dents pour verser quelques larmes (et c’est de plus en plus difficile), je n’avais pas du tout envie de partir…
Rock Brenner
Dispo en dvd zone 2 chez Universal Pictures Vidéo.
2005. Américain/néo-zélandais/allemand. Mise en scène : Peter Jackson. Scénario : Fran Walsh, Philippa Boyens et Peter Jackson. Production : Peter Jackson, Fran Walsh, Jan Blenkin et Carolynne Cunningham. Interprètes principaux : Naomi Watts, Jack Black, Adrien Brody, Thomas Kretschmann…
Jeudi 23 octobre 2008 à 22: 31
Belle redemption =)