DVD Twin Peaks (de David Lynch & Mark Frost)

By Romain

/// Marcel Ramirez participe à la revue CUT. Il propose cet article sur Twin Peaks, la série la plus hallucinante ex-aequo avec Alf et le Cosby show. ///

Mais bon sang d’bois, QUI A TUE LAURA PALMER ?!

Oubliez Desperate Housewives, Heroes, Californication, ou Les oiseaux se cachent pour mourir (pardon maman…). Car la série ultime, Mesdames et Messieurs, c’est Twin Peaks !
J’en profite au passage pour m’insurger quelque peu : jamais dans CUT la revue, CUT le blog, CUT la radio, ou même CUT la boîte de production de film un peu olé-olé, je dis bien jamais, il n’a été question de l’incroyable série Twin Peaks, pourtant enfin sortie en DVD en France, en 2007. Incroyable, non ?! C’est donc à moi que reviennent l’honneur et le mérite de réparer cet affront fait aux deux créateurs de la série, Mark Frost et David Lynch.
On ne présente plus l’immense David Lynch, artiste protéiforme, et réalisateur souvent génial, dont peu de films ne sont pas cultes… Mark Frost, bien moins connu, est un scénariste de télévision, à qui l’on doit notamment la série Capitaine Furillo (Hill street blues, encore un truc que j’ai pas vu), et qui travaille aujourd’hui pour le cinéma : Les quatre fantastiques et le surfeur d’argent, c’est lui.
Twin Peaks, la série est née d’une hallucination collective à deux, subie par Lynch et Frost, alors qu’ils sirotaient un milkshake dans un Dinner à L.A. : ils ont vu, tous les deux, et en même temps, le corps sans vie d’une femme, enveloppé dans du plastique, et gisant sur les berges d’un lac… (Non, désolé, je ne sais pas à quoi était le milkshake.) À l’instar du superbe Sunset Boulevard de Billy Wilder (dont Lynch est très fan), tout allait donc commencer par une mort.
La morte, c’est Laura Palmer (et pas le Petit Gregory), d’où le slogan ultra usité par les producteurs de la série, dès le teaser de l’épisode pilote : Mais bon sang, «QUI A TUE LAURA PALMER ?!» (Promis, si vous êtes sage, je ne vous le dirai pas.)
Avec l’épisode pilote, certainement un des meilleurs, on entre donc immédiatement dans le vif du sujet : la découverte du cadavre de la jeune reine du lycée, Laura Palmer, met la petite ville de Twin Peaks en émoi. Peu de temps après, Ronette Pulaski, elle aussi originaire de la ville des pics jumeaux, est retrouvée violée et commotionnée. Comme elle est sortie des limites de l’état, l’enquête devient fédérale ; un agent du F.B.I. est envoyé, il se prénomme Dale Cooper. Tout cela semble bien banal ; et pourtant, Lynch et Frost vont frapper un grand coup, et même repousser les limites de la fiction sur petit écran, pas moins…

S’ils s’inspirent des séries policières, des soaps à la Dallas (où une allusion à Twin Peaks sera faite), ce sera pour mieux en détourner les codes, et créer un véritable univers propre à leur série. De plus, ils vont aussi très largement s’inspirer du cinéma, et piocher notamment chez Hitchcock (comme souvent dans les films de Lynch), chez Wilder, chez Preminger (le personnage de Laura est d’ailleurs un hommage non dissimulé au Laura de 1944), et même chez Cocteau (Le testament d’Orphée).
Ce mélange des genres va créer une atmosphère très particulière, jamais vue jusqu’alors, où se croiseront humour, terreur, poésie, étrange, ridicule, et visions oniriques.
Bien sûr, Lynch va réaliser le pilote et d’autres épisodes (les meilleurs), mais va devoir s’éloigner de “son bébé”, pour le tournage de Sailor et Lula. Ainsi, à partir de l’épisode 16, il ne suivra le processus d’écriture et de réalisation que de très loin, et clairement, son emprise sur la série baissera significativement.
Mais son amour pour Twin Peaks sera tel qu’il finira par revenir à Snoqualmie Falls (le véritable nom de la ville du tournage), pour mettre en scène le trentième et dernier épisode

Côté acteur, outre la troublante mais quasi-inconnue Sheryl Lee, Lynch fait confiance à celui qu’il considère comme son alter ego : Kyle Mac Lachlan (et non pas Mac Laughlin, comme on a pu lire dans le livre biographique Mon histoire vraie, sorti il y a quelques mois… quelle honte !). Kyle Mac Lachlan, que j’ai récemment rencontré en rêve (il est très sympa), tenait déjà le rôle principal dans Dune, ainsi que dans Blue Velvet ; Lynch a donc tout naturellement pensé à lui pour camper le rôle, ô combien crucial, de l’agent spécial Dale Cooper. Surnommé par mon ami Michel Chion, “James Stewart venu de Mars”, Mac Lachlan en Cooper, semble incarner à lui seul l’esprit de la série.
A peine arrivé à Twin Peaks, l’agent Cooper tombe immédiatement amoureux du lieu, s’extasiant devant le paysage, et se ruant sur le café et les tartes aux cerises du Double R (le Dinner de Twin Peaks), provoquant d’ailleurs un culte pour ladite tarte chez les fans hardcore de la série.
Tout comme dans Blue Velvet, à Twin Peaks, les apparences sont trompeuses, et le bizarre naît du quotidien. Dale Cooper incarne d’ailleurs à la fois la raison et le bizarre ; il va mener brillament l’enquête mais en faisant appel à des méthodes pour le moins originales, usant bien souvent de son intuition, et même d’une méthode d’enquête… tibétaine.
On signalera également la présence au générique du regretté Jack Nance, lui-aussi fidèle de Lynch, et notamment cultissime acteur principal du non moins cultissime Eraserhead (je l’ai vu !!!). On notera aussi l’apparition de David Lynch en personne, en agent du F.B.I. sourd, et de son propre fils, Austin Jack Lynch, inquiétant de ressemblance avec son papa.
Pour la musique, là non plus, on ne change pas une équipe qui gagne, puisque Lynch fait appel à son complice Angelo Badalamenti, compositeur de génie, qui travaille avec lui depuis Blue Velvet. Comme à chaque fois, ses compositions collent à merveille aux images, et participent à l’étrangeté prônée par Lynch.
Débutée en 1990, la série n’a pas pris une ride, et n’a rien à envier à tous les cadors télévisuels des années 2000, que sont entre autres Les Sopranos, Desperate Housewives, Lost, Six Feet Under, ou Heroes. Leurs créateurs respectifs ne cachent d’ailleurs pas leur admiration pour Twin Peaks, qu’ils n’ont pas hésité à piller…

Comme ces dernières, l’œuvre de Lynch et Frost est hautement addictive, en tout cas au moins jusqu’à l’épisode 15 ; réalisé par Lynch, il comporte peut-être la scène la plus terrifiante (et fascinante à la fois) jamais vue à la télévision (et pourtant diffusée à l’époque en prime-time sur abc aux U.S.). On y apprend d’ailleurs QUI A TUE LAURA PALMER !
Par la suite, c’est vrai, le suspense s’étiole quelque peu, l’intrigue perdant légèrement en intérêt, pour heureusement finir en apothéose avec le trentième et dernier épisode, expérimental et… Lynchien à souhait.
Même si, à l’époque, 72% des spectateurs américains avouaient ne rien comprendre à l’intrigue (et ne pas savoir QUI A TUE LAURA PALMER !), Twin Peaks, connut un énorme succès, jusqu’au… quinzième épisode (oui, celui où l’on apprend QUI A TUE LAURA PALMER !), puis l’audience baissa. Une chose en entraînant une autre, abc exigea une fin au trentième épisode, alors que Lynch et Frost n’en avaient même pas envisagé, de fin… Qu’à cela ne tienne, la série s’arrêta. Mais ne pouvant se résoudre à quitter l’uns de ses projets préférés, Lynch passa du petit, au grand écran, pour tourner Twin Peaks, Fire Walk With Me. Il y conte les sept derniers jours de Laura Palmer, un prequel donc, qui semblera être le négatif parfait de la série : pas une once d’humour (ou très peu), et une photographie très sombre, dans un film (excellent), annonciateur de Lost Highway et Mulholland Drive. Ce fut la dernière apparition de Lynch sur les terres de Twin Peaks…
Mais récemment, Lynch déclara que tout était possible, et même qu’il remette un jour les pieds dans la ville des pics jumeaux.

Toi cher lecteur, tu pourras t’y rendre, et zyeuter les Donuts et les tartes aux cerises du Double R, tressaillir face à Bob, et difficilement te remettre de tes passages hallucinés dans la mythique Red Room, le tout moyennant… 120 euros ! Hé oui, tant d’attente pour 30 épisodes saucissonnés en 3 coffrets à 40 euros chacun, bien moins fournis en bonus que l’édition américaine, sortie elle bien avant… Merci TF1 Vidéo !
Si vous êtes millionnaires donc, vous aurez enfin droit à l’épisode-pilote original inédit en France, et vous saurez enfin… QUI A TUE LAURA PALMER ?!

Marcel -no spoiler- Ramirez

3 Réponses vers «DVD Twin Peaks (de David Lynch & Mark Frost)»

  1. rock dit :

    …on peut toujours se retourner vers les allemands pour payer moins cher… mais sans sous-titres français…

  2. Boyan dit :

    Sinon ils sont en location aux Petites Fugues. Aucune idée du prix de revient.

  3. Marcel RAMIREZ dit :

    … et sinon Twin Peaks est diffusé et rediffusé sur canalsat sur la chaîne cinéculte…

Laisser un commentaire