de Rosanna Arquette (Ed. Montparnasse)
Femmes entre elles ; pour elles -parce que quel vrai mec voudra regarder ces vieilles peaux se lamenter en choeur, n’est-ce pas ? En tout cas, si on se réfère à la loi du marché cinématographique telle que décrite ici, au-delà de trente/quarante ans, à Hollywood, les -belles- actrices n’attirent plus les jeunes mâles consommateurs de blockbusters, donc les vieux mâles dirigeants de studios les mettent sur la touche, ces belles plus assez fraîches.
Stop ! Revenons en arrière et rompons immédiatement avec ce ton sarcastique ! À la recherche de Debra Winger est un film casse-gueule parce que effectivement il a un léger côté “pauvre petite fille riche”, mais tout n’est heureusement pas énoncé sur ce mode là. Rosanna Arquette, comédienne à la gloire passée, explique au début de son projet qu’à quatre ans, sa maman lui a fait voir Les chaussons rouges du duo Michael Powell/Emeric Pressburger. Et elle a été marquée à vie par cette héroïne sommée de choisir entre sa passion -la danse- et l’homme de sa vie. Rosanna (c’est pas sympa pour ceux qui n’auraient pas vu le film) dévoile la conclusion tragique apportée à ce dilemme. Et s’en va, quarante ans plus tard (2002), interroger ses collègues comédiennes sur le thème : comment avez-vous concilié votre carrière avec votre vie de femme et surtout de mère ? Est-ce qu’il est possible de tout avoir ? Et de continuer ?
Rosanna Arquette, devant et derrière sa caméra, est présente à chaque instant, un peu comme Kusturica quand il film Maradona. Sauf que Rosanna, elle, arrive vraiment à faire parler ses consoeurs : un résultat de l’intérieur que probablement aucun journaliste n’aurait pu obtenir. Ni déculottage, ni peopolisation indiscrète, mais des femmes qui en livrent juste assez sur elle-même pour faire avancer leur réflexion. Et quelles femmes ! Peut-être qu’avec Madame-tout-le-monde ça aurait été intéressant aussi, m’enfin le charisme des comédiennes choisies n’est tout de même pas pour rien dans l’intérêt qu’on porte au sujet… Robin Wright Penn, Sharon Stone, Mélanie Griffith, Jane Fonda… Et puis quelques revenantes qu’on a vraiment plaisir à retrouver : Daryl Hannah ou Theresa Russell pour ne citer qu’elles… Et puis des Européennes qui s’en sortent mieux qu’à Hollywood avec leur supposée date de péremption : Emmanuelle Béart, Chiara Mastroianni, Charlotte Rampling, Vanessa Redgrave… Et puis des moins spectaculairement belles pour qui les questions ne se sont pas posées tout à fait de la même manière : Whoopi Goldberg, Frances McDormand, Holly Hunter… Etc.
Le film, très personnel, est instinctif jusque dans ses dispositifs adaptés à chaque situation. Parfois, les actrices sont seules face à la caméra avec Rosanna Arquette, parfois elles dialoguent entre elles, par deux ou en groupe autour d’une table. Certains entretiens ont eu le temps de se faire dans la plénitude, d’autres semblent arrachés à la volée à l’occasion d’une séance promo -à Cannes notamment, où sur la Croisette on aperçoit les trublions de la firme Troma (je suis contente), mais où dans les salons il faut faire vite. En tout cas, de cette façon, ça reste dynamique et stimulant.
Hum ? Debra Winger ? Oui, bien sûr, elle est là aussi. Mais elle n’apparaît qu’au bout d’une heure. Prétexte du film (« Pourquoi Debra Winger a-t-elle arrêté de faire du cinéma ? », s’inquiète Rosanna), elle adhère pleinement au projet et félicite sa camarade pour son envie de provoquer la réflexion.
Manquent à l’appel celles que beaucoup disent admirer : Meryl Streep ou Susan Sarandon. Mais ce n’est pas un vrai manque, car ce creux donne du relief (et une formule, une !). Et puis le casting du film est bien comme ça. Ceci dit ne cherchez pas Elisabeth Taylor, elle est annoncée sur la jaquette du dvd mais ne figure pas parmi les interviewées -au contraire d’Anjelica Huston, bonus surprise. Bonus ? Non pas de suppléments sur cette édition. Et ce n’est pas grave, même si on aurait volontiers prolongé ce plaisir mi-midinette, mi-cinéphile.
Jenny Ulrich

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