DVD Serial polar… Shock / Il marchait dans la nuit

10 juin

de Alfred Werker (Ed. Bach Films)

Shock et Il marchait dans la nuit sont deux DVD distincts, mais ils ont en commun un même supplément détaillant partiellement la carrière de leur réalisateur, Alfred L. Werker, entre 1930 et 1957. Stéphane Bourgoin (lire sa cinéphilie : cliquez ici) qui chapeaute les Serials Polars chez Bach Films (18 titres édités jusqu’à présent) nous raconte ce qu’il faut savoir sur ce réalisateur méconnu. Le titre de gloire de Werker, c’est le tout de même fameux The adventures of Sherlock Holmes avec Basil Rathbone. Moins brillant en revanche : il a occasionnellement joué les mercenaires pour les studios et a notamment massacré le Stromboli de Rossellini en en faisant une version spéciale pour le territoire américain… Bourgoin maîtrise son sujet, n’est avare ni en anecdotes, ni en infos et il donne bien envie de découvrir certains des autres films de Werker. Par contre, il faut faire un petit effort d’attention pour suivre ce monologue de 20 minutes, de plus en plus laborieux car en plan fixe ininterrompu.

Shock est tourné deux ans après La maison du docteur Edwards de Hitchcock, film qui marque un tournant dans la perception des psychiatres à l’écran (ça s’améliore pour eux). Dans Shock toutefois, on revient un peu en arrière : le psy, interprété par un jeune Vincent Price sans moustache, n’est certes pas fondamentalement méchant, mais lâche et influençable il a quand même le mauvais rôle -pas tant que sa maîtresse cependant. Notre docteur tue son épouse dans un moment d’égarement, sans se douter qu’une jeune femme assiste à la scène depuis une chambre voisine. Retrouvée profondément choquée par son amoureux qui revient d’un long séjour à la guerre, la pauvrette est confiée aux bons soins de l’éminent psychiatre… Si tant est qu’on puisse qualifier un film sur le meurtre et la manipulation de charmant, alors Shock, avec l’âge, est devenu charmant. Bonus supplémentaire sur ce dvd : Vincent Price par l’écrivain Gérard Lenne (dans son T-shirt Forbidden planet, la classe !)

Il marchait dans la nuit passe plus sérieusement l’épreuve du temps, mais il faut dire que sur ce coup-là, Alfred Werker a été aidé par Anthony Mann, ce qui est un plus, notamment pour les scènes d’action. Inspiré d’un fait-divers réel -un homme tue un policier lors d’un braquage et joue ensuite brillamment à cache-cache avec les forces de police-, Il marchait dans la nuit est à son tour devenu une source d’inspiration puisque le comédien et scénariste Jack Webb en a tiré la série télé Dragnet (reprise plusieurs années plus tard par Dick Wolf sous le titre L.A. Dragnet et actuellement diffusée sur TMC). En bonus, François Guérif, directeur de l’impeccable collection littéraire Rivages/Noir, interrogé par Stéphane Bourgoin, parle notamment de Jack Webb. Le réalisateur Alain Corneau, lui aussi questionné par l’omniprésent Bourgoin (qui est un interviewer compétent au demeurant), analyse Il marchait dans la nuit. Et Stéphane Bourgoin nous raconte la stupéfiante destinée de l’homme dont s’inspire le film -et qui a une vie encore plus romanesque que ce qui est montré.

Jenny Ulrich

Signalons pour finir que Bach Films a le plus chouette des avertissements concernant la contrefaçon – tellement chouette qu’il a été repiqué sur Youtube : cliquez ici

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