Cinéphilie – Claus Drexel et Julien Courbey -

7 juin

Claus Drexel essaye d’étrangler Julien Courbey avec une bouteille de Coca-Cola. C’est clairement un acte politique visant à dénoncer l’impérialisme américain.

Claus Drexel (réalisateur) et Julien Courbey (comédien) sont venus présenter à Strasbourg Affaire de famille (sortie le 4 juin). On en parle dans Cut la radio -29, mais pour résumer : le film montre un père, une mère et leur fille aux prises avec le butin d’un casse commis dans un stade de foot mitoyen. Récit éclaté et référentiel qui peine un peu à démarrer, mais trouve son rythme dans sa deuxième (ou troisième) partie. Les réactions ? « Pas très excitant » pour certains, « sympathique » pour les autres.
Claus Drexel et Julien Courbey nous livrent leurs souvenirs et impressions des films suivants.

Irréversible (Gaspar Noé)
Claus Drexel : Irréversible à l’envers ça fait elbisrevèrrI…
Julien Courbey : Tu l’as vu ?
CD : Oui, bien sûr je l’ai vu. Je connais un peu Gaspar, enfin je le connais : on s’était vus dans des festivals il y a longtemps et donc, je suis toujours étonné du contraste entre ce personnage très calme, très posé et la violence de ses films. Je trouve que Irréversible c’est un film plastiquement très beau, très dérangeant. Un exercice de style réussi. Julien ?
JC : Ouais, moi j’aime bien les films comme ça, j’aime bien les films politiquement incorrects. Gaspar je le connais bien et j’avais adoré son premier film, Seul contre tous avec Philippe Nahon…
CD : Et Carne !
JC : Oui, Carne. Ça c’est un truc, j’ai moins accroché. J’ai trouvé ça moins intéressant. Mais Gaspar c’est un provocateur, il adore ça, il aime déranger. Et Irréversible, bon ben y a pas de scénar’, c’est un truc à l’envers… Quand je suis sorti de ce film, j’ai juste été déçu du fait qu’il ne m’a rien appris. C’est-à-dire que…
CD : C’est un exercice de style effectivement.
JC : C’est vraiment un exercice de style, il y a de la provoc’, il y a le viol -qui n’est pas si violent que ça d’ailleurs, j’ai vu des films sur des viols, Peckinpah…
CD : Les chiens de paille
JC : Qui est bien plus subtil et ambigu et moins basé, en plus, sur le visuel. C’est souvent des plans américains etc. Moi, Irréversible, le truc c’est que quand je suis sorti, je me suis dit « ouais, et alors ? ». Moi, si ma femme se fait violer, je le sodomise, je lui crève un œil, ça me dérange pas. Il n’y a pas d’éthique… Il y a un héros, il y a le méchant et c’est tout. C’est-à-dire qu’à un moment, le propos narratif, il est juste pas là, quoi. Mais par contre, Gaspar c’était ça. C’est-à-dire que c’était ça qu’il voulait faire. Il n’était pas en train d’essayer de faire quelque chose avec une réflexion sur le film, c’était de la provocation : c’est “je veux vous déranger, si vous sortez de la salle c’est que j’ai gagné”. Et c’était vraiment ça son discours.
CD : Oui, et moi je tiens à rebondir -le fait qu’on parle de Gaspar : revenir sur Seul contre tous. Moi, s’il y a un truc que j’aime bien dans un film, c’est que si tel réalisateur n’avait pas fait ce film, il n’aurait jamais existé. Et je trouve que particulièrement dans Seul contre tous, mais aussi dans tous ses films, chez Gaspar Noé il y a un truc qui n’appartient qu’à lui et c’est le seul à faire ça, et je trouve que c’est formidable.
JC : Et puis alors, un autre truc que je défends chez Gaspar et chez tous les jeunes cinéastes qui font partie de ma génération, c’est que c’est un des rares cinéastes qui a des couilles. Parce que en France, des films comme ça, c’est super dur à monter -bon lui, il a eu l’aval quand même… Heureusement qu’il a pris Vincent et Monica, il aurait pris deux acteurs inconnus, personne ne l’aurait produit. Donc, il a eu quand même les cojones de faire un film comme ça et je trouve Vincent et Monica, pour le coup, supers d’avoir défendu ça. J’aime bien quand les acteurs défendent ce genre de sujet, même si ça peut choquer les gens ; c’est ce qui fait aussi la diversité des sujets et en France, on en n’a pas assez des films comme ça. Moi j’aime bien ce côté provoc’, politiquement incorrect comme ce que font en ce moment les Espagnols ou les Italiens, que nous on n’a pas. Qu’on a eu à une certaine période avec Gaspar, avec Mathieu (Kassovitz), avec Emilio Siri, enfin tous ces jeunes cinéastes qui aiment le genre.

Mais qui a tué Harry ? (Alfred Hitchcock)
CD : Ca fait longtemps… Je suis un grand fan de Hitchcock, mais…
JC: Je ne me souviens plus trop de celui-là ?
CD : Alors je suis très content qu’on parle de Mais qui a tué Harry, même si je m’en souviens très peu parce que je l’ai vu il y a très longtemps, mais Daniel Goudineau, le directeur de France 3 Cinéma, qui est partenaire de Affaire de famille, en sortant de la première projection du film, m’a dit « Ah mais c’est chouette, je suis très content, ça fait penser à Mais qui a tué Harry ».
JC : Ah bon ?!
CD : Oui ! Donc voilà ma petite réaction par rapport à ce film… Mais sinon, Hitchcock, moi je suis évidemment un grand fan.
JC : C’est surtout Fenêtre sur cour qui m’a bouleversé moi.
CD : Oui : Psychose, Les Oiseaux, Marnie
JC : Les oiseaux, j’ai moins aimé…
CD : Personne n’aime Marnie, mais c’est un chef d’œuvre !
JC : La corde c’est génial.
CD : La corde c’est pas mal. Mais attend, Marnie c’est un chef d’œuvre !
JC : Ouais, je connais moins celui-là…
CD : Tu connais pas en fait ?
JC : Non, celui-là je ne le connais pas.
CD : Ne dis pas « je connais moins », tu dis « je ne connais pas »
JC : Rah, il est chiant lui. Non, mais j’adore Hitchcock bien sûr.
CD : Mais qu’est-ce que tu penses de Marnie ?
JC : Mais il est con !

Mort sur le gril (Sam Raimi -scénario : Sam Raimi, Joel et Ethan Coen)
JC: Oui, je l’ai vu, j’adore ce cinéma-là…
CD : Moi, celui-là je le “connais moins” ! Mais les frères Coen, bien sûr…
JC : Ca y est, il est parti, c’est un fou des frères Coen donc forcément.
CD : Pour moi, les frères Coen sont les plus grands cinéastes en activité.
JC : Oh, il y en a plein d’autres encore, heureusement !
CD : T’as entendu ? Sidney Pollack est mort hier soir.
JC : Ah bon ?! Fais chier…
CD : Donc, les frères Coen sont les plus grands cinéastes en activité depuis hier soir.

Dracula prince des Ténèbres (Terence Fisher)
JC : Fischer, ouais… Moi c’était Le cauchemar de Dracula qui m’avait martyrisé, celui-là, je le connais…
CD : Moins ?
JC: Moins. Il y en a tellement eu de versions ! Dracula de cette époque, j’adore, je suis un fou de ces films-là que je regardais avec mon père.

Shining (Stanley Kubrick)
CD : Alors les Coen sont les plus grands cinéastes en activité, Kubrick c’est le plus grand cinéaste de l’histoire du cinéma. Je suis fou de tous ses films, principalement de… Tous ses films en fait. 2001 par dessus tout, mais Shining c’est formidable… Kubrick, on dit qu’il a fait Le chef-d’œuvre dans chaque genre, mais ses films sont tellement géniaux que ce ne sont même plus des films de genre. C’est au-delà de ça, ce sont de grands films. Shining c’est un film que j’ai dû voir peut-être trente fois, mais je l’ai vu pour la première fois au cinéma après l’avoir vu une vingtaine de fois en vidéo, en dvd, à la télé et je me souviens que j’ai pris une claque incroyable parce qu’il y avait tout le son en plus, j’ai découvert encore plein de trucs…
JC : En plus je crois que c’est un des premiers films où une steadycam est utilisée ?
CD : Le premier film c’est Rocky en 76, Mais Shining c’est vraiment le premier film où le steadycam est presque un acteur du film, où la caméra flotte grâce à ce procédé technique à travers l’hôtel, c’est vraiment une espèce de fantôme de l’hôtel.
JC : C’est marrant parce que j’ai vu une émission sur Arte, il y a pas mal de temps, sur John Carpenter. Et il y avait une réalisatrice qui discutait avec lui et à un moment, elle faisait ce qu’on fait là, elle lui parlait de certains films, de L’exorciste de Friedkin où il disait que dès qu’on parle de possession, de Satan, du mal et tout ça, il y a toujours un doute qui fait qu’on n’est pas dans le film d’horreur gore, série B à la Peter Jackson, on est dans un truc très sérieux où on est vraiment dérangé. Et à un moment il parle de Shining et il dit « non, non, non : ça c’est une comédie ». C’est génial.
CD : J’avais vu aussi une interview de Kubrick sur Shining où il disait « oui, mais c’est un film optimiste », le journaliste lui dit « Shining un film optimiste ?!!! » et Kubrick dit « ben oui, parce que c’est un film où il y a des fantômes, donc pour moi, tout ce qui peut dire qu’il y a quelque chose après la mort, c’est optimiste ».

A mort l’arbitre (Jean-Pierre Mocky)
CD et JC : Ah oui !
JC : Bien barré ça. Mocky c’est un phénomène. Enfin ce film-là est assez particulier parce qu’il dénonçait déjà le football à une époque où… Enfin dans le football il y a toujours eu des problèmes avec les supporters, les arbitres et tout ça… Mais ce film m’avait beaucoup perturbé étant gosse. J’étais fou de foot et quand j’avais vu ce film, je m’étais dit « on est durs avec les arbitres parfois ! ».
CD : C’est vrai que c’est un film vraiment visionnaire de ce qui se passe aujourd’hui. Et puis Mocky est aussi quelqu’un qui, pour le coup, a son idée, son univers, qui va au bout et ça c’est génial.
JC : Il a un univers, après on y adhère ou pas, mais il a son univers et il s’en fout. Pour moi, c’est ça les artistes : ils ont leur marginalité, ils ne cherchent pas à plaire au public, ils vont à fond dans leurs idées. Mocky c’est tout ça.
CD : Je me souviens d’une anecdote par rapport à Mocky. J’étais allé voir une exposition de Youri Norstein, un Russe qui a fait des films d’animation formidables : il mettait huit ans pour faire un film de cinq minutes parce que tout était dessiné dans les moindres détails, etc. Donc, c’était à l’hôtel de ville de Paris et je sors de l’exposition et je croise Jean-Pierre Mocky et Edmond Richard qui est un énorme chef opérateur -qui a fait notamment Le procès d’Orson Welles- qui bosse aussi avec Mocky. Et en les croisant je leur dis « Vous allez voir l’exposition ? » et ils me disent « non, non, nous on vient chercher des autorisations de tournage ! ». Généralement c’est les stagiaires qui y vont et là, Mocky et son chef opérateur de 80 ans qui a bossé avec Orson Welles, ils allaient à l’hôtel de ville de Paris pour chercher des autorisations de tournage. C’était quand même très drôle.
JC : Oui, il fait de l’indépendance lui !
CD : Chapeau.

Coup de tête (Jean-Jacques Annaud)
CD : Dewaere.
JC : Pour moi, on va dire, l’acteur Actor’s studio à la française. Pour moi c’est l’acteur le plus instinctif qu’on ait eu. Même maintenant, on n’en a pas des comme ça. C’était un acteur authentique. Il me fait un peu penser, bizarrement à Romy Schneider.
CD : Physiquement ?
JC : Plus par rapport à sa carrière. Dewaere c’était un peu… Avec Depardieu, Les Valseuses, d’un seul coup, “crouic”, une cassure et puis il a été dans une direction -choix, opportunités-, dans des drames psychologiques, dans des trucs assez violents… Dans le film de Annaud, il y a une respiration. On est dans une comédie qui traite d’un sujet de société, mais…
CD : «Seule la peur de la folie nous fera baisser le drapeau de l’imagination

Recueillis par Jenny Ulrich

5 Réponses à “Cinéphilie – Claus Drexel et Julien Courbey -”

  1. Caroline Pi Samedi 7 juin 2008 à 200836 #

    Très drôle cette ciné^philie. Je n’avais pas envie de voir ce film et là, j’hésite… Et la légende est très drôle au-dessus, comme la photo. Et puis bravo pour votre travail sur les cinéphilies, ce doit être beaucoup de boulot pour trouver les bons films, retranscrire les propos et tout et tout…

  2. Jenny Dimanche 8 juin 2008 à 121217 #

    Merci Caroline, parce que oui : c’est du boulot la retranscription!!!!
    (note pour la postérité : le “légendeur-sous-photographies”, c’est Romain)

  3. Romain Dimanche 8 juin 2008 à 130123 #

    Janny, la postérité et moi te remercions.

  4. Jenny Dimanche 8 juin 2008 à 150338 #

    Reste à espérer, Romain, que la postérité ne retiendra pas ta façon hâtive de dactylographier le nom de tes petits camarades…

  5. Romain Dimanche 8 juin 2008 à 150344 #

    Désolé Junni!

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 26 followers