DVD SuperGrave (de Greg Mottola)

By rock brenner

(ed. Columbia/Tristar)

Ahhh l’adolescence, magnifique période où l’adulte persiste à vous demander ce qu’il en sera de votre avenir comme si la vie ne devait être qu’un plan détaillé sans surprise, et où bite et cerveau s’unissent durant au moins 98% de la journée des jeunes mâles (et ça risque de ne pas s’arranger avant 60 ans, et encore) qui parviennent à oublier le reste du monde, l’amitié ou voir l’apocalypse, lorsqu’ils se retrouvent devant une fille au visage diaboliquement angélique, de plus dotée d’une paire de mamelon prometteuse et juteuse… Charmant, je sais, mais c’est loin d’être une période aussi facile qu’on le prétend, et d’après Stephen King, si vous avez aimé votre adolescence, il paraît qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez vous, mais ceci reste évidemment à éclaircir… Si je m’emporte tant sur l’adolescence, ce n’est pas du tout parce que je regrette cette époque (« Ca viendra », me souffle-t-on) dont je sors à peine, mais parce que je suis tombé sur le surprenant Superbad ! (où SuperGrave en France…)

Seth et Evan, 17 ans, sont inséparables depuis l’âge de 8 ans, mais ils vont devoir se détacher car ils sont inscrits dans deux différentes universités pour l’année prochaine. Seth est un mec qui n’hésite pas à dire haut et fort ce qu’il pense et qui ne peut s’empêcher d’employer le mot bite ou chatte toutes les dix minutes, tandis qu’Evan est un peu plus mystérieux. Tous les deux sont un peu mis à l’écart des autres groupes de potes qui organisent des fêtes, et traînent de temps en temps avec un autre « loser », Fogell, qui prévoit de se faire une fausse carte d’identité dans l’espoir d’acheter de l’alcool plus facilement. L’excitation s’empare de Seth lorsque Jules (une jolie fille qu’il rêve de conquérir) lui propose de venir à une soirée qu’elle organise le soir même. Après que Seth ait vaguement abordé l’histoire de la fausse carte d’identité de Fogell auprès de Jules, cette dernière lui demande s’il y aurait moyen qu’il approvisionne sa fête en alcool. Au bord de l’érection, il répond qu’il n’y a pas de problème et Jules lui confie 100 dollars pour les achats. Seth, Evan et Fogell vont tenter de faire équipe pour cette mission, mais rien ne se passera comme prévu…

Beaucoup de spectateurs et de critiques ont qualifié Superbad de vulgaire. American Pie, c’est vulgaire, parce qu’on y montre des abrutis dont la première expérience sexuelle se compare à un putain de trophée, sous l’œil attendri d’un réalisateur inintéressant qui se fout royalement de ce qu’il balance à l’écran. Superbad, c’est peut-être grossier, mais ce n’est pas vulgaire. Les dialogues des personnages sont vulgaires, n’hésitent pas à balancer des gros mots ou des expressions tordues, tout simplement parce que le réalisateur s’est occupé de montrer des humains et de ne pas cacher hypocritement ce que la plupart des jeunes se disent. Le film garde un ton décalé du début jusqu’à la fin, mais en aucun cas il n’aborde ses sujets (l’amitié ou même le sexe) de manière superficielle ou purement vulgaire. En prenant compte de l’humour graveleux du scénario (signé par deux potes, Seth Rogen et Evan Goldberg, dont le première version du script a été écrite alors qu’ils n’avaient qu’entre 13 et 15 ans) qui aurait enflammé des réalisateurs comme Paul Weitz, on est en droit d’admettre que c’est bien grâce à la mise en scène atypique (pour ce genre de film) de Greg Mottola (esthétiquement parlant on est plus proche d’un drame que de n’importe quel teen movie) que Superbad parvient à ne jamais sombrer dans le trop gras ou la bouffonnerie.

Doté d’un franc parlé et d’une rage proche d’un Kevin Smith, si Superbad fait rire, ce n’est pas parce qu’il offre une avalanche de gags inutiles, mais parce qu’il livre des situations dont le côté burlesque n’est guère purement fantasmatique. Le film aborde avec simplicité la difficulté de deux amis (joués par des jeunes acteurs d’une justesse enthousiasmante : Jonah Hill et Michael Cera) à s’avouer leur peur de se détacher l’un de l’autre dans un futur très proche et de l’inquiétude (presque imposée par la mentalité primaire de la majorité qui les entoure) qu’ils ont face à l’idée d’atterrir sexuellement inexpérimenté à l’université (être puceau à l’université ou à un certain âge, n’est-ce pas étiqueté comme une maladie ?) pour à nouveau être rejeté et insulté par les autres. Et l’histoire des deux flics, les officiers Slater et Michaels (joués par Bill Hader et le scénariste Seth Rogen, qui sont carrément hilarants), fait presque effet miroir sur l’amitié des personnages Seth et Evan. Deux hommes inséparables vivants totalement dans le refus de grandir, de respecter les responsabilités qu’un adulte est censé honorer, mais aussi dans une crainte cachée de ne pouvoir déconner et s’amuser comme dans leur adolescence, période qu’ils regrettent manifestement.

Décomplexé et avec une facilité – qui force parfois l’admiration – à basculer de l’humour à l’émotion, à balancer des scènes tellement peu éloignées de la réalité que le film en devient presque embarrassant (la scène où Evan et Becca sont bourrés et se préparent à coucher ensemble est carrément gênante tant elle est juste !), car il pousse parfois le spectateur, au fond de lui, à se demander s’il n’est pas un peu comme la plupart des personnages. Dans ce film, l’humour n’est pas vraiment un souci esthétique, il n’est pas grotesque, mais il est tout le temps présent comme dans la vie en général, chaque jour on croise ou on vit l’absurde, sauf que, comme nous, les personnages du film ne s’en rendent pas forcément compte. Vendre Superbad comme un vulgaire produit à la American Pie (ON VEUT DU CUL ! qu’il y a écrit sur l’affiche) est trompeur et ne ramènera peut-être pas tous les fans de Sofia Coppola, mais comment le vendre autrement ?

Le dvd nous propose de voir le film dans sa version longue (et je n’arrive pas à imaginer la version sortie en salles tant celle présente sur le dvd me paraît intouchable !). Dans les bonus on a un commentaire audio de l’équipe du film (dans lequel les mots cock, cum et fuck sont prononcés environ 143 fois devant la fille de 9 ans du producteur Judd Apatow, encore plus choqué que sa gosse) qui reste sympathique et intéressant pour des couillons comme moi, mais qui n’est pas indispensable. Avec en plus : quelques scènes coupées, un making of, des bandes annonces, un avant goût du film Pineapple Express (nouveau projet écrit par Seth Rogen et Evan Goldberg et mis en scène par David Gordon Green, réalisateur de l’intéressant thriller L’Autre rive avec Jamie Bell) et… c’est tout, et on se demande bien on sont passés tous les autres bonus (entre autres le mini-faux-feuilleton avec les officiers Slater et Michaels et les auditions) présents dans l’excellente édition double dvd allemande et zone 1.

(A noter que le nouveau film co-écrit par Seth Rogen et produit par Judd Apatow, Drillbit Taylor, garde du corps, réalisé par Steven Brill et joué par Owen Wilson, vient tout juste de sortir dans seulement 8 salles (pour un film au budget de 40 000 000 $), dont aucune en Alsace… Voilà pour l’info inutile.)

(Superbad, 2007, 1h54, tout public, américain)

Rock Brenner

2 Réponses vers «DVD SuperGrave (de Greg Mottola)»

  1. Boyan dit :

    Supergrave de Greg Motorola ça déchire bad !

  2. rockbrenner dit :

    Grave !

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