
de Douglas Buck (Ed. Wild Side Vidéo)
Voilà une bonne idée d’édition : jumeler en un même coffret le film original de Brian de Palma (Sisters, 1973) avec la relecture à la fois fidèle et très démarquée qu’en a faite Douglas Buck (Sisters, 2006).
Une jeune femme fragile, invite un homme chez elle le soir de son anniversaire -son anniversaire, mais aussi évidemment celui de sa jumelle qui dort dans l’appartement. Au matin l’amant de passage achète un gros gâteau pour les soeurs encore endormies, malheureusement la surprise tourne court puisque à peine rentre-t-il que l’une des deux (laquelle ?) le tue sauvagement, sous les yeux effarés d’une journaliste qui observe la scène à distance. La fille fragile appelle à l’aide un inquiétant docteur ; la journaliste passe pour une folle auprès des flics. Ce résumé, ainsi fait, vaut pour les deux films, mais la façon dont chacun des réalisateurs a agencé ces données -et celles qui suivent- est très différente ! C’est le côté ludique de la chose…
Par contre, vouloir refaire Sisters : drôle d’idée. Enfin, c’est le problème du remake en général… Nos amis Américains ont depuis longtemps pris l’habitude de re-tourner les films étrangers dont l’intrigue (ou le succès) leur plait mais qui sont handicapés par des acteurs “inconnus” ayant le mauvais goût de parler une langue incompréhensible (c’est ainsi que Michael Haneke, par exemple, vient de refilmer lui-même son Funny Games pour le marché US…). Les vieux films autochtones sont pareillement réactualisés : nouveau casting, nouveau réalisateur, succès divers auprès du nouveau public ciblé… Bon, OK, c’est donc une spécificité culturelle, après tout pourquoi pas puisqu’il en sort parfois (pas souvent) de bonnes choses. Voilà. La barrière psychologique est à peu près franchie…
Finalement, Sisters par Douglas Buck -singulier réalisateur de Family portrait, (lire CUT -24)-, c’est incongru, mais intéressant. L’ironie mordante et la flamboyance de de Palma font place à l’élégance nécrosée de Buck qui réussit au passage à développer un de ses thèmes de prédilection (femmes abîmées par/dans des système patriarcaux), s’appropriant ainsi le film et garantissant son intégrité artistique. En revanche, au niveau commercial, il semble que ce soit un flop. Alors pas de sortie salle en France, mais direct to DVD…
Du coup, au rayon des suppléments, on aurait bien aimé (parce qu’on est insatiable) avoir en plus un entretien avec Edward Pressman, producteur du Sisters de Brian de Palma et initiateur du remake : sans doute un bonhomme intéressant à entendre, vu qu’en presque quarante ans de carrière, il a bossé à leurs débuts avec Terrence Mallick, Abel Ferrara, Oliver Stone, Brian de Palma, Sam Raimi/les frères Cohen, etc. Cela dit, il est cité dans l’interview où Douglas Buck explique son arrivée sur le projet -à savoir en partie grâce à Gaspar Noé qui était, semble-t-il, le premier choix de Pressman. On apprend aussi que le rôle tenu très efficacement par Lou Doillon devait d’abord être interprété par Asia Argento, puis Anna Mouglalis. Douglas Buck parle également de ses choix, de ses références, du cinéma. Et Douglas Buck parle toujours très bien de cinéma. Seul ou accompagné de Nacho Cerda dans un autre supplément, seconde partie d’une stimulante discussion qu’ont entamée les deux réalisateurs sur l’édition dvd d’Abandonnée (de Nacho Cerda, donc, chez Wild Side). À signaler, pour ceux qui, comme nos amis Américains, sont allergiques aux films en VOST : il y a un doublage français. Mouais…
Bref, tout ça est à la fois cohérent et excitant, soit en un mot et un point d’exclamation : recommandable !
Jenny Ulrich

Ah oui… On en a beaucoup parlé et… voilà.
J’adore ce bonus avec Cerda et Buck : “Si tu veux connaître la suite de l’entretien, achete Sisters !”.
Bon, c’est dommage pour ceux qui possèdent déjà le Sisters de De Palma en dvd, je ne me souviens pas d’avoir croisé une édition simple du remake…
Moi je n’ai pas vu la première partie de l’entretien Buck/Cerda, mais ça n’est pas essentiel pour entendre la suite… Mais c’est vrai que sur le principe, c’est moitié rigolo, moitié margoulin comme procédé…
Sinon, non, pas d’édition “simple” de Sisters’Buck, mais l’original est en bonus en fait (bref : deux films pour le prix d’un… ceux qui ont déjà par ailleurs le Sisters’De Palma en édition simple n’ont qu’à offrir le doublon à des amis dans le besoin…)
Voilà. Faut arrêter de tout critiquer comme ça, hein, maintenant. Ca va pas ça. Non mais.
Pour la peine, je vais continuer à critiquer : De Palma ou Buck, c’est pas bien, achetez-le mais offrez-le à votre pire ennemi(e) et allez voir Aban… aïhhhh une hache !!!