
Alain Raoust était à Strasbourg pour présenter L’été indien (sortie le 19 mars), un film qui commence une vie, en termine une autre et prolonge l’existence. Fracassant comme la pierre.
Alain Raoust s’est prêté au jeu de la cinéphilie. Il nous livre ses impressions et/ou souvenirs des films suivants.
Irréversible (Gaspar Noé) : Ça commence un peu mal parce que je ne l’ai pas du tout vu Irréversible. J’en ai entendu parler, en bien comme en mal d’ailleurs. Le souvenir d’Irréversible pour moi, c’est l’affiche, Monica Bellucci dans une robe de soie et dans un couloir rouge me semble-t-il, avec des formes plutôt avantageuses et un titre avec des lettres inversées. C’est tout le souvenir que je garde d’Irréversible. Qu’est ce que je pourrais dire de plus sur ce film ? Il m’a semblé un jour lire un article, une interview de Carlos Reygadas qui avait fait Bataille dans le ciel et il disait qu’il avait fait venir l’équipe des effets spéciaux de Gaspar Noé au Mexique pour tourner la séquence où le personnage principal a le bras coupé. Et faire venir cette équipe lui avait coûté un peu près la moitié du budget de son film (sourire).
Dead man (Jim Jarmush) : William Blake. Voilà ce dont je me souviens. William Blake. William Blake. William Blake. Les boulots. Forêt de boulots. La mer. Ce long plan-séquence où William Blake est blessé à mort et entre dans un camp d’indiens. Plan-séquence en caméra subjective où l’on voit les abords d’une allée et des espèces de totems. Non, pas des espèces de totems, ce sont des totems. L’apparition d’Iggy Pop. La forêt, pour moi. Un grand souvenir de forêt. Bon, un voyage de nulle part aussi, mais ce serait une redite. Bien entendu la musique de Neil Young, par excellence. Mais surtout ce sentiment d’un voyage à travers une forêt oppressante, bienveillante, hostile, sombre. Dead man ce serait un petit peu cette histoire de Dante : et au milieu de ma vie, au cours du chemin, je me suis perdu dans une forêt sombre et obscure. Voilà. Je relierai Dead man à Dante et à La Divine Comédie.
L’enfant (frères Dardenne) : Etrangemment, une course-poursuite en mobylette. Il y a déjà eu ça un petit peu dans La promesse. C’était pas une course-poursuite mais un long travelling. Dans L’enfant, quand Rénier est sur sa mobylette, y’a comme un souci, une envie, d’aller taquiner le film d’action. Ça m’a assez surpris cette course-poursuite : les policiers, le quai, comment le petit garçon se cache. Et puis forcément l’apparition de Déborah François dans le film. J’ai découvert le film après avoir rencontré Déborah François. On cherchait pour L’été indien une jeune fille au caractère pugnace comme ça, un peu rebelle, à la fois un peu ronde et féminine. On avait du mal à trouver cette actrice, alors que mon dircteur de casting et mon prodcteur étaient à Cannes l’année où il y avait L’enfant. Mais ils n’avaient pas vu le film. Beaucoup plus tard, en septembre, j’ai vu l’affiche du film. On voyait Rénier et Déborah et je me suis tout de suite dit qu’elle était le personnage de Suzanne. On s’est rencontrés et ce qui est assez étrange, c’est qu’elle m’a donné du monsieur la première fois qu’on s’est vus : « Bonjour Monsieur. » Pas du tout la Suzanne qu’on peut voir dans L’été indien. Elle était très posée.
De bruit et de fureur (Jean-Claude Brisseau) : Oui. (silence) Que dire de ce film ? Ça me ramène forcément à Faulkner, sans que je sache pourquoi. Quand j’entend ce titre de film, ça me renvoit systématiquement à Faulkner, un auteur américain que j’apprécie énormément et qui travaille le chaos du langage et la poésie, assez chère à Brisseau et qui habite le film. Qui a une qualité de jeu très nerveuse. Sa qualité sonore, aussi. De bruit et de fureur… Un film blanc, un film froid, glacé, un film qui grince avec un montage très à la Pialat.
Recueilli par Romain Sublon

Pour le plaisir de me répéter :
C’est vraiment bien cette idée de cinéphilie, c’est très agréable à lire, ça raconte bcp des films, des acteurs, des cinéastes etc. J’étais déçu de ne plus lire les cinéphilies dans la revue papier mais vous avez raison, c’est très approprié au blog!!! Bon voilà, ce que vous faîtes c’est vachement bien! C’est dit.