Iluminados por el fuego

By hervethomas

 

En parallèle au dossier sur la guerre au cinéma paru dans le numéro -27 de CUT, un petit compte-rendu d’un film récent, sur une guerre oubliée.

 

Iluminados

La Guerre des Malouines opposa de mars à juin 1982 une Argentine dictatoriale bien décidée à dévier l’attention du peuple de sa brutalité et de son incurie, à un Empire britannique sur le retour.

C’est un conflit dont on parle peu, un conflit quasi-oublié, le produit d’un régime autoritaire désireux de redorer son blason en flattant la fibre nationale, un duel dans l’atlantique en faveur d’une poignée d’îlots bourbeux où s’ébattent des moutons (même pas un puits de pétrole !). Un conflit artificiel donc, au moins aussi artificiels que les flashbacks dont se sert Tristan Bauer, le réalisateur, pour replonger le narrateur dans ses souvenirs.

Un vétéran tente de se suicider. Son camarade de combat (Gaston Pauls, vu dans les Neuf Reines) vient à son chevet et se remémore leur période au front. Le procédé n’est pas léger, et vire carrément au grand mélo dans un épilogue larmoyant où le cinéma se fait complètement bouffer par la politique. Pourtant, ce film a le mérite de nous rappeler qu’il n’y a pas de « drôle de guerre », surtout pour ceux qui sont censés y participer. Car, plus que dans les scènes de combat (modestes et confuses, comme un parallèle à la désorganisation et aux carences des troupes argentines), c’est dans le portrait touchant de la camaraderie des appelés qui tentent de faire avec le froid, la faim, la peur, l’humidité, brimés par des officiers sadiques, que le film emporte le morceau. Ce sont les meilleures séquences, sobres, émouvantes, à hauteur d’homme.

Malgré l’effet de surprise de l’invasion, la riposte britannique boutera les Argentins hors des îles, ce qui contribuera au discrédit du régime de Buenos Aires, et amènera une transition démocratique anticipée. De tout cela, rien n’est fait mention dans le film, car la guerre n’est pas une seule fois remise en question ! Elle est même justifiée en fin de bobine par un encart qui dédie le film aux victimes argentines et rappelle le slogan : « Las Malvinas son Argentinas ». La seule critique que se permet le film, c’est à l’adresse de l’impréparation et de l’incompétence de la hiérarchie qui les a menés à la défaite. Du même coup, les soldats argentins passent du rôle d’agresseurs à celui de victimes. Qui attendent toujours d’être vengés.

C’est un petit problème pour un public non-argentin que ce choix partial peut mettre mal à l’aise, voire franchement gêner, invités que nous sommes à communier en faveur du bon droit de l’Argentine. Pourquoi pas ? C’est de bonne guerre, comme on dit. Reste l’impression désagréable que les soldats que l’on nous montre, avec qui ont a sympathisés sont au final trahis, utilisés, exploités par le film lui-même, après avoir été trahis, sacrifiés par leurs supérieurs.

Le grand film sur la guerre des Malouines reste à faire.

 

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Une réponse vers «Iluminados por el fuego»

  1. mathias dit :

    Je te renvoie l’ascenseur pour ce texte très bien écrit et argumenté (le blog de Cut va devenir le royaume de l’auto-congratulation !).
    En ce qui concerne l’ambiguité de discours dans les cinoches d’Amérique du Sud, Tropa de elite du brésilien José Padilha, sur le BOPE (un GIGN local), vaut le coup d’oeil. Gare au choc culturel !

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