DVD Hostel chapitre II (d’Eli Roth)

28 fév

A l’occasion de la sortie DVD d’Hostel chapitre II (Edition Columbia/Tristar), Rock Brenner revient sur le travail du réalisateur Eli Roth.

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Soyons réalistes : le premier Eli Roth, Cabin Fever, malgré ses références sympathiques (La dernière maison sur la gauche, 2000 Maniacs…), est une daube digne de ce titre. Une intrigue soporifique (des jeunes contaminés par une maladie cutanée), des personnages stéréotypés au possible (et je n’arrive toujours pas à comprendre comment se fait-il que la bande de jeunes qui nous est présentée soient potes… Ils n’ont rien en commun à part leur fac ! Bon, remarque, c’est pas si irréaliste…) ; du délire granguignolesque qui essaie d’être fun mais qui ne l’est pas, et bientôt une suite… Même si le film n’est pas trop dégueulasse en terme de réalisation, niveau scénario ça reste plat, les personnages sont inintéressants et émotionnellement figés. Il y a bien quelques rebondissements par-ci par-là, mais ces derniers produisent autant d’effets que de surprendre un pigeon perché sur une branche. Que peut-on espérer d’un type dont l’une des motivations a été de faire un film avec du gore et des filles à poil ? Bref, tout ça n’aura pas empêché de conquérir Quentin Tarantino qui lui proposera son aide sur la production de son possible prochain film. Roth a sa petite idée mais ne sait pas encore par où commencer dans l’écriture.
Plus tard, un ami de Roth lui envoie un lien vers un curieux site internet, dans lequel on proposerait d’exécuter un touriste en échange de 10.000 dollars !(?) Le jeune réalisateur ne cherchera pas à savoir si ce site est réel ou fictif, rien que le fait qu’une personne ait pu y penser, lui suffit pour rester estomaqué et trouver son inspiration.
Hostel sera donc l’histoire de deux joyeux potes américains qui voyagent à travers l’Europe, en quête de sensations fortes et de filles. Ils entendent parler d’une petite ville en Slovaquie où les filles seraient magnifiques et surtout très faciles. Evidemment, nos deux couillons n’hésitent pas une seconde et foncent dans ce patelin, sans se rendre compte qu’ils sont tombés dans un piège macabre. Eh oui, car ils seront ciblés pour êtres de nouvelles victimes d’une industrie qui propose, à des riches du monde entier, de payer pour tuer de jeunes touristes. Un film dont l’intrigue est déjà plus captivante que celle de Cabin Fever. A la fois efficace et mauvais, Hostel tente avec peine de ne pas prendre la mort à la rigolade et de livrer un certain regard sur la violence qui sommeil en nous mais n’offre, finalement, pas grand-chose à part un cinéma qu’on pourrait surnommer “Blood & Tits”.
Hostel aura été un succès (mitigé) international, qui appellera une suite : Hostel part 2 !
Et cette fois-ci ce n’est plus une bande de mecs, mais une bande de nanas (dont Lauren German qui est une douce et délicieuse bombe !) en quête de quelque chose de plus romantique et de repos, qui rencontrent une slovaque qui va les dissuader (avec de différents arguments, bien sûr) de séjourner dans cette fameuse petite ville d’Europe de l’est et va les ramener dans le même hôtel que le premier volet. On les suit en parallèle de deux clients américains de cette vicieuse industrie, qui ont généreusement ouvert leur portefeuille pour torturer et trucider ces jeunes femmes.
Que peut-on attendre de la suite d’un film comme Hostel ? Une avalanche de scènes de tortures, comme un porno d’aujourd’hui enchainerait scène de cul sur scène de cul ? Un scénario paresseux et sans surprise écrit à la demande pour arrondir les fins de mois ? Peut-être une évolution plus intéressante et personnelle de l’histoire ? Oui et non.
Beaucoup plus sombre et malsain que son précédent, que ce soit dans le grain d’image ou dans la trame, Hostel 2 nous dévoile comment fonctionne ce réseau pervers dont sont victimes les personnages. Les filles sont balancées aux enchères, comme de vulgaires yoyos seraient balancés sur E-Bay, aux profits d’une mafia à peine abordée dans le film, et destinées à des hommes et des femmes friqués et blasés de la vie et de toutes ses drogues. Ils ne trouvent (ou ne cherchent) aucun autre recours à part le meurtre pour combler ce manque de sensations. Ils ont besoin de tuer sauvagement une vie pour se sentir eux-mêmes vivants ou pour apprécier le monde sous un nouveau regard. Eli Roth essai de dépeindre le portrait de deux d’entre eux mais ne va pas très loin, malheureusement. Par exemple, il traite à peine de ce désir (ou fantasme) ultra-profond de porter la hache, de vomir sur une personne (dont on masque métaphoriquement le visage pour le remplacer volontiers par l’incarnation de notre malaise) toute cette férocité infecte qui nous est encore inconnue. Tout ça aurait mérité un peu plus d’attention (au risque de virer l’histoire des filles, qui ne fait que prétexte, au final) de la part de Roth qui ne fait que toucher du doigt au lieu de creuser ces sujets. Sa mise en scène donne l’impression d’être maitrisée mais elle cache plutôt un scénario bâclé et complaisant. Dommage, car celui-ci est loin d’être inintéressant même si une aide aurait peut-être été avantageuse. Malgré ses défauts, Hostel 2 reste une séquelle plus intéressante que son premier volet, avec une ambiance plus proche du cinéma européen que des premiers long-métrages du réalisateur.
De Cabin Fever à Hostel 2, Eli Roth a un peu mûri, il a enrichi sa culture (non, il n’y a pas que Tarantino dans le coup), mais il reste un cinéaste encore en pleine découverte, qui a peut-être été gâté trop tôt. Peu à peu, il aborde des sujets pertinents, qui pourraient amener à des réflexions captivantes, mais il reste agité comme un gosse et joue un peu trop avec tous les éléments qui l’ont bercés et ne va pas jusqu’au bout de ses pensées.

Rock Brenner

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