Petit Jean, ancien collaborateur de Travelling (le fanzine qui est à l’origine de CUT), revient sur la Palme d’Or 2007 : 4 mois, 3 semaines, 2 jours (de Cristian Mungiu).

Vite prendre la plume avant que l’impression ne se mue.
J’ai bonheur à croire, en sortant de la projection du film, que le festival de Cannes 2007 a rempli son ouvrage : reconnaître une œuvre de cinéphile et inciter le grand public à le regarder. C’est rare. Merci donc.
En effet : qui irait voir ce film ? qui en parlerait ? pour dire quoi ?… Car il ne se passe rien dans ce film qui soit spectaculaire, rien qui ne soit à proprement parler cinématographique : aucun effet, aucune emphase, aucune excentricité de scénario. Non pas la pureté, mais la vie. Et voilà. Ce film est, pour prendre des mots savants (tout autant que savons, tant leur sens paraît glissant), naturaliste. Une caméra, deux actrices, deux figures masculines, une représentation de la réunion familiale et le nœud : un avortement en pays ennemi. Il n’y a rien, entendons par là : rien d’inutile, de lourd, de démago, de futile. Ce film est un vide plein, un instant lent et rempli d’humain. Et ça sent toujours un peu bizarre l’humain.
L’actrice me rappelle beaucoup Sandrine Bonnaire, et je m’imagine être Pialat construisant mon film autour de cette figure. Une fois encore : une présence naturelle, qui vit sous l’œil de la caméra, qui ne joue pas mais qui respire, qui donne son rythme au film. Et au réalisateur d’avoir assez de subtilité pour ne pas brusquer ce rythme. C’est le mot que je garderai de ce film : subtilité. Peut-être aussi authenticité, compact et japonais. Pour l’épure. Pas pour le caractère culturel très fort du film qui nous dévoile un pays voisin que nous connaissons mal. Et le film se tait sur son seul effet visible, à l’image de la dernière scène du film Le Malin (Wise Blood, 1979) de John Huston. Pas de ralenti ici, mais une sortie par le devant de l’écran, nous redéposant à notre réalité. C’est également la même intention que Kahil Chahine qui clôt le dernier morceau de son album Opake par une ouverture sur l’extérieur. Le monde reprend le dessus et c’est ici la sortie.
Petit Jean

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