[cinéphilie :] Yves Caumon

27 jan

Yves Caumon était à Strasbourg pour présenter son nouveau long métrage, L’oiseau (sortie le 25 janvier 2012).

Anne (Sandrine Kiberlain) vit seule dans un appartement sombre, elle part travailler chaque matin tôt dans une cantine, elle ne mange jamais avec ses collègues, elle repousse calmement les avances du cuisinier (Clément Sibony). Et la nuit, Anne a du mal à dormir car quelque chose bouge dans la cloison près de son lit…

Collant au corps de son actrice, dessinant joliment les ambiances, le malaise, les latences, Yves Caumon use aussi du romanesque –Anne a une raison dramatique pour s’être ainsi retranchée du monde ; le joli cuisinier ne lâche pas le morceau ; Anne a un ex-mari (Bruno Todeschini)…

Mais ce romanesque n’est-il pas un peu convenu ? Finalement, n’aurait-il pas été plus intéressant de garder un récit complètement minimal ? Et/ou de tirer vers le cinéma de genre ? Oui, bon, c’eut été un autre film, restons donc sur celui-ci et passons au jeu de la cinéphilie auquel Yves Caumon s’est prêté, prolixe et entier.

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[cinéphilie :] Patricia Mazuy

26 jan

Patricia Mazuy était à Strasbourg pour présenter son nouveau film, Sport de filles (sortie le 25 janvier 2012), où une cavalière ironiquement prénommée Gracieuse (Marina Hands qui avance au pas de charge, les bras ballants, et engueule tout ce qui bouge) veut qu’on lui laisse un bon cheval.

Son ancienne patronne ayant vendu la jument qui selon elle lui revenait de droit, Gracieuse trouve à s’employer dans le haras de dressage voisin de la ferme de son père. Là, poursuivie par son obsession, elle se focalise sur un grand cheval qu’une dame fortunée vient de rendre « complètement foutu » : cette femme n’est là que pour mettre le grappin sur Franz Mann (Bruno Ganz), un maître de la discipline que tient sous sa coupe la propriétaire du haras (Josiane Balasko).

Circulation de l’argent, du pouvoir, passions et crises d’ego : Patricia Mazuy l’assure, à partir de là tout peut se raconter. Elle a par ailleurs fait le choix de traiter les personnages et les situations comme dans un cartoon, comme dans un film de braqueurs. Dernier, et non des moindres, parti pris : la musique explosive qui signale les humeurs de Gracieuse… Il y a du (drôlement) réussi et du (tapageusement) raté dans ces propositions ; le film se laisse de toute façon voir, ne serait-ce que pour son côté envers du décors –c’est toujours passionnant d’aller farfouiller dans les coulisses !

Patricia Mazuy se prête au jeu de la cinéphilie et réagit aux propositions suivantes –le premier film, on le reprécise, n’étant pas choisi juste pour son titre…

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[agitation :] CLINT FUCKING EASTWOOD

25 jan

Ed. Capricci

Le titre est d’emblée énigmatique. Fucking est-il utilisé pour souligner une dimension sexuelle, pour son côté badass ou pour railler le cinéaste ? L’ouvrage répond par l’affirmative aux trois propositions.

Stéphane Bouquet commence par l’émasculation, poursuit avec le rigorisme, et s’attache à moquer la réception critique d’Eastwood, particulièrement en France. Il est assez salutaire de noter que l’auteur ne souscrit pas à la déification cinématographique du vieux Clint. Le débat critique doit rester contradictoire, et les films récents du dernier des géants sont parfois reçus avec une déférence imméritée.

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[cinéphilie :] Chantal Akerman

24 jan

Chantal Akerman était à Strasbourg pour présenter son nouveau film, La folie Almayer (sortie le 25 janvier 2012), adaptation libre du roman éponyme de Joseph Conrad (une chronique future dans la série cinép[h]age ?)

Dans un décors de forêt vierge, en un temps encore officiellement colonial, un homme nommé Almayer (Stanislas Merhar) rêve de faire fortune afin de rentrer en Europe offrir à sa fille métisse, Nina (Aurora Marion), une existence de princesse. Chantal Akerman commence magistralement son film par la fin, alors que la folie a fait son œuvre et que le phénix Nina est prêt à renaître des cendres du désastre. C’est très frontal, très beau. Dès ce moment-là et sans flancher par la suite, c’est magnifiquement travaillé tant au niveau de l’image que du son ; peut-être que sur la longueur, la durée se fait un peu trop sentir, mais pour qui a envie d’expérience cinématographique (de cinéma expérimental, presque), c’est un moindre mal.

Chantal Akerman (encore un peu frigorifiée par le temps humide autant que par la fatigue, elle s’en excuse) se prête au jeu de la cinéphilie et réagit aux titres de films suivants choisis en rapport ou en opposition au sien.

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[cinép(h)age:] DISGRACE (ép. 6/25)

23 jan

Un livre : écrit par John Maxwell Coetzee (1999)

Un film : réalisé par Steve Jacobs (2008)

En 2003, J.M. Coetzee a reçu le prix Nobel de Littérature, une juste consécration pour cet auteur qui décrit, livre après livre, la vie en Afrique du Sud, pendant et après l’apartheid. Sans concession, sans jugement non plus, il met en scène l’incompréhension réciproque des communautés. De manière implacable, il montre, dans Disgrâce, comment l’être humain opprime et mêle à son discours traditionnel des considérations sociales qui dépassent son propos habituel.

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[à l’affiche :] TURN ME ON!

20 jan

La vie est belle.

Turn me on raconte l’histoire d’Alma, une adolescente de quinze ans dont l’entrejambe crie famine. Elle vit dans un patelin norvégien perdu dans les fjords dont les seules distractions demeurent les moutons, les tracteurs et les arbres. Le sexe est devenu pour Alma une obsession ; elle crève d’envie de faire sa première fois.

Pour assouvir son besoin de sexe, elle utilise le téléphone rose, son imagination et se masturbe presque aussi souvent qu’un mec célibataire. Alma est amoureuse d’Arthur, un adolescent beau gosse qui sait bien jouer de la guitare et qui, lors d’une fête, profite d’un instant intime avec Alma pour… lui montrer sa bite. Le plus naturellement du monde. Geste mystérieux, geste inquiétant. Alma le raconte à ses amies, ses amies posent la question à Arthur, Arthur nie la vérité, Alma est traitée de menteuse. Mais ce jugement va bien plus loin : ses jeunes camarades du lycée offrent à Alma le sympathique surnom d’Alma-la-bite, se retrouve marginalisée et perçue comme une menteuse et une salope…

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[à l'affiche :] IL N’Y A PAS DE RAPPORT SEXUEL

17 jan

HPG a avalé de travers.

Raphaël Siboni, plasticien et vidéaste, s’offre un drôle de dépucelage pour son premier film de cinéma traditionnel ; un documentaire sur HPG (Hervé-Pierre Gustave), monstre français du porno, à partir de plus de 1000 heures d’images enregistrées par ce dernier sur ses multiples tournages de films X.

Il n’y a pas de rapport sexuel (Lacan es-tu là au coin du bois ?) est un film saisissant, fascinant et, il faut bien l’admettre, glaçant (sachant que la glace a pour égale vertu de faire pointer les tétons et ramollir la verge).

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[cinép(h)age :] LE CHINOIS (ép. 5/25)

16 jan

Un  roman : Le Chinois signé Henning Mankell (2008)

Un film : Le Chinois réalisé par Peter Keglevic (2011)

Dans un paysage de neige, un loup solitaire qui erre dans la campagne s’approche d’un village silencieux. Entre les maisons, il flaire, renifle et sent la mort. Un cadavre. Tout et écrit dans le roman de Henning Mankell, l’auteur suédois créateur des aventures de l’inspecteur Wallander. Mais à ce début très cinématographique, Peter Keglevic a préféré une entame beaucoup plus classique, à la Derrick. Un photographe descend de sa voiture, jette un œil dans une maison et aperçoit un corps étendu. Voilà qui donne le ton de la transposition, ou comment transformer un polar à l’intrigue mondialisée, engagé politiquement, en un long thriller sans relief (deux parties d’une heure trente).

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[agitation :] Sur la télévision – Louis Skorecki

13 jan

Ed. Capricci

Ça fait bien longtemps que Louis Skorecki est agaçant. Avec talent. Ses chroniques quotidiennes sur les films à la télé dans Libération, qui semblaient parfois tourner en boucle, son art consommé de la provocation et une fausse nonchalance pour bouleverser les hiérarchies cinéphiles, son entêtement à marquer la fin de l’innocence du cinéma à la fin des années 50 avec Rio Bravo et Sueurs froides : toutes ces manies et obsessions (qu’on retrouvait aussi dans ses films, les trois opus des Cinéphiles, Skorecki déménage) nous séduisent comme elles nous font tourner en bourrique.

Elles sont également à l’œuvre dans les textes regroupés chez Capricci, qui sont centrés, eux, sur les séries télévisées. Comme pour les films, Skorecki trace des frontières, distribue les bons et les mauvais points, se permet quelques belles digressions, parle encore et encore de Hitchcock (à la télé et au cinéma) et surtout, démontre un amour sincère du genre à travers une belle érudition.

Magnum, Columbo, La Petite Maison dans la prairie, Chapeau melon et bottes de cuir, Millennium, Mission Impossible, se croisent au fil de pages où les surprises sont nombreuses et les interprétations toujours passionnantes. Comme pour le cinéma, l’auteur s’amuse à mettre en avant des séries populaires comme Mentalist ou Dr House, au détriment d’une œuvre désormais indiscutable comme Sur écoute, par exemple.

François-Xavier Taboni

PS : pour prolonger le plaisir de lecture et éprouver la curiosité du personnage, on peut se promener sur http://skorecki.blogspot.com/. La navigation n’est pas toujours très souple, mais le voyage vaut largement le détour.

[agitation :] Blind test CUT

12 jan

Vendredi 13 janvier 2012, à partir de 20h, une seule chose à faire ; se pointer au Troc’afé (8 rue du Faubourg de Saverne, à Strasbourg) pour participer au Blind Test spécial CUT, histoire de fêter (une fois de plus, jamais de trop) la renaissance de la revue (que vous pourrez acheter une fois de plus, jamais de trop).

Il sera évidemment question de cinéma ; des musiques, des chansons et des répliques… de films, à deviner, évidemment. C’est un Blind Test, pas l’école des fans.

Et à gagner : des dvd’s par milliers, des affiches, des invitations en salles, de l’alcool. La vie quoi.

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