[dvd:] Coffret Rossellini (2/3)

Dimanche 15 novembre 2009 par fmannoni

Coffret

Après Blaise Pascal, le coffret édité par Carlotta et contenant quatre téléfilms réalisés par Roberto Rossellini pour la télévision se poursuit avec Augustin d’Hippone (1972) et Descartes (1973).

Avec ce volet sur Saint Augustin (354-430), Roberto Rossellini cherche toujours à éduquer les masses en leur montrant des destins fondateurs de la pensée moderne. Il entend illustrer le passage entre l’Antiquité et le Moyen Age. Il utilise abondamment, comme pour Blaise Pascal, les textes de son personnage principal, ici Les Confessions. On parle beaucoup dans Augustin d’Hippone, on discute, on se dispute, on marche en devisant. Le parallèle est inévitable avec Les Onze Fioretti de François d’Assise, tourné par Rossellini en 1950. Les chants qui accompagnent certaines scènes sont de même style. D’autre part, les deux personnages ont des points communs : tous deux par exemple, ont vécu une vie au coeur de la société avant de se convertir au christianisme. Tous deux ont révolutionné la pensée religieuse de l’époque.

augustin

Augustin d'Hippone (1972)

D’un point de vue technique, le cinéaste a maintenant bien rôdé son système. Toujours des mouvements de caméras sur rails, le fameux boîtier électronique toujours en main, le réalisateur peut zoomer à l’envi, même s’il n’a pas la caméra en main. Rien de nouveau donc. Et ce n’est pas là qu’il faut chercher des idées novatrices. En revanche, Rossellini a voulu faire évoluer ses personnages dans des ruines antiques. Il livre dès lors un film authentique. En tout cas, qui correspond à l’image de l’Antiquité que se font les téléspectateurs. Des statues et des bâtiments peints de couleurs criardes, comme c’était souvent le cas à l’époque, auraient beaucoup plus déstabilisé les esprits. Rossellini ne cherche pas la reconstitution historique. Il veut montrer des idées et un parcours philosophique.

Descartes découle du même processus. Si ce n’est que les costumes et les décors sont beaucoup plus soignés. Les scènes sont composées à la manière géométrique des tableaux de maîtres flamands. Le philosophe français (1596-1650) apparaît comme un homme qui a tout sacrifié à ses travaux. Rossellini veut montrer comment un philosophe, éduqué selon les préceptes des Anciens, rompt avec tout ce qu’il a appris pour fonder une nouvelle manière de raisonner et de valider des connaissances : la méthode cartésienne.

descartes

Descartes 1973)

Trait constant, Rossellini crée un lien entre sa vie et le personnage dont il suit le parcours. Il reste fidèle aux faits, s’appuie sur les écrits, mais pour tout ce qui concerne le côté humain du personnage, il insiste sur les points communs qui le lient à lui. Ainsi, Descartes est souvent représenté au lit, recevant ses amis, ce que faisait souvent Rossellini en travaillant. Le tournage fut vraisemblablement plus houleux que pour les autres volets de la série. Rossellini avait choisi de tourner en français, ce qui ne facilitait pas les prises pour les acteurs italiens. Il a dû aussi imposer ses vues à Ugo Cardea, qui avait des idées très arrêtées sur la manière dont il souhaitait jouer son rôle. Et l’on sait que Rossellini n’aimait pas les acteurs dirigistes. D’où son habitude de travailler avec des comédiens débutants, inconnus, voire non professionnels.

Ces deux oeuvres sont présentées par Aurore Renaut, qui a écrit une thèse sur Rossellini et enseigne à l’université. Un documentaire de Carlo Lizzani, qui a travaillé avec Rossellini et qui est lui-même réalisateur, donne une vision globale du travail du cinéaste. Parmi les témoignages recueillis figurent notamment ceux de Martin Scorsese, François Truffaut et Federico Fellini. Isabella Rossellini, la fille de Roberto, est la seule à évoquer le caractère de son père, surprotecteur et parfois peu patient. On s’amuse à voir Lizzani se battre avec le prompteur : l’homme est aussi acteur pourtant, apprendre quelques lignes de texte n’auraient pas dû l’effrayer.

Franck Mannoni

[radio] : CUT -80

Vendredi 13 novembre 2009 par jennyulrich

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Cette semaine, il y a un nouveau venu dans l’équipe : bienvenue David. Cette semaine, nous n’avons pas pu nous empêcher d’apporter notre contribution au pauvre catalogue francophone des jeux de mots navrants autour de Sawcisse. Attention, cette semaine, quelques supers nombreux spoilers nous ont échappés lorsqu’il s’est agit de causer de 2012 –en même temps, Emmerich a lui même tellement salopé son boulot… Mais pour le reste des films dont nous parlons, nous avons su rester discrets et, globalement, cette semaine nous sommes plutôt contents de ce que nous avons vu.

L’enfer d’Henri-Georges Clouzot (Serge Bromberg et Ruxandra Medera), Les herbes folles (Alain Resnais), L’imaginarium du docteur Parnassus (Terry Gilliam), A l’origine (Xavier Giannoli), Visage (Tsai Ming-liang), The box (Richard Kelly), Away we go (Sam Mendes), Saw 6 (Kevin Greutert), La grande vie (Emmanuel Salinger), 2012 (Roland Emmerich).

Avec Jenny, Mathias, FX et donc David.

Le Septième continent – Michael Haneke

Mardi 10 novembre 2009 par rock brenner

Une rétrospective Michael Haneke aura lieu à Strasbourg du 12 novembre au 8 décembre. Elle programmera l’ensemble de ses films de cinéma (au cinéma Star), mais aussi ses films télévisés (à l’ISIS et à la cité de la musique) très peu connus en France. Un colloque se déroulera du 12 jusqu’au 14 novembre. Haneke, lui-même, nous fera cadeau de sa présence pour donner une « leçon de cinéma » au cinéma Star Saint-Exupéry le 19 novembre à 19h45, qui sera suivie de la projection du Septième continent à 22h. A cette occasion, l’envie pressante de revenir sur cette œuvre s’est présentée.

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Le Septième continent suit une famille : les parents, Georg et Anna, et leur fille, Eva. Une famille qui semble avoir ce qu’il faut pour être heureuse : une maison, tout l’équipement désirable et les travails permettant de financer un confort et l’éducation de la petite Eva. Cette famille se trouve dans une situation sociale plus que suffisante. Mais quelque chose va déclencher le violent désir de se libérer de tout ça. Georg et Anna décident de préparer leur départ avec leur fille.

Premier volet de la trilogie de la glaciation émotionnelle (qui sera complétée par Benny’s Video et 71 fragments d’une chronologie du hasard), le sujet du Septième continent ressemble à un fait divers lu dans les journaux. C’est d’ailleurs en entendant parler de ce genre d’histoires que Michael Haneke, en 1988, décide d’écrire un scénario observant ce qui pourrait être le moteur d’un suicide familiale. Haneke, travaillant pour la télévision autrichienne, est plutôt content de son scénario. Mais pas la télévision. C’est alors qu’il décide de réaliser son premier film de cinéma.

Le film démarre par des plans statiques montrant les gestes quotidiens de la famille (mettre ses pantoufles, ouvrir la porte de sa chambre puis la refermer, réveiller la petite et ouvrir les volets de sa chambre, etc.) sans jamais montrer ses différents visages, comme pour accentuer sa dépersonnalisation. Le reste du film est fait de ces plans statiques, des fragments de la vie quotidienne de cette famille, de quelques moments clés qui pourraient supposer son autodestruction.

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[cinéphilie :] Serge Bromberg

Mardi 10 novembre 2009 par jennyulrich

Serge Bromberg

Serge Bromberg (co-réalisateur avec Ruxendra Medrea) était à Strasbourg pour présenter L’enfer d’Henri-Georges Clouzot (sortie le 11 novembre 2009) en avant-première dans le cadre de L’Etrange Festival de Strasbourg (voir les différents journaux d’un CUTien s’y référant). L’enfer d’Henri-Georges Clouzot est un documentaire, une sorte d’enquête morcelée sur ce film mythique de Clouzot, qui aurait dû s’intituler L’enfer : un film commencé et jamais achevé, dont les rushs étaient sous séquestres depuis une quarantaine d’années. Un film au générique duquel figuraient notamment Romy Schneider (Odette) et Serge Reggiani (Marcel)… Pourquoi, comment cette histoire ? Tentative d’explication à travers de saisissants extraits du film originel, des témoignages actuels de quelques membres de l’équipe réunie autour du metteur en scène en 1964 et des reconstitutions de scènes manquantes lues par deux comédiens, Bérénice Béjo et Jacques Gamblin.

Nous parlerons probablement de L’enfer d’Henri-Georges Clouzot dans la prochaine émission de Cutlaradio (en ligne le 13 novembre) et si vous le souhaitez vous pouvez en écouter l’entretien minuté sur le site des cinémas Star. En attendant, Serge Bromberg nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants.

Mais avant, le créateur de Lobster films lance un appel à la population : Serge Bromberg serait ravi de récupérer tout vieux film qui traînerait chez vous, chez votre grand-mère, chez moi (j’ai déjà regardé, je n’ai rien). Si vous avez ça, sous n’importe quel format pellicule, il faut contacter le monsieur à cette adresse : lobster@lobsterfilms.com

Et puis serge Bromberg signale aussi la parution du livre accompagnant la sortie du film L’enfer d’Henri-Georges Clouzot : Romy dans l’enfer édité par Albin Michel-Lobster.

Bon et maintenant assez tergiversé : passons aux réactions cinéphiliques…

L’ENFER (Claude Chabrol) :
Alors L’enfer de Chabrol est en fait LE scénario d’Henri-Georges Clouzot –c’est d’ailleurs comme ça que c’est écrit sur le film– retourné en 1993 avec François Cluzet et Emmanuelle Béart. A un petit détail près tout de même qui fait une énorme différence, c’est que dans le film de Clouzot, bon l’histoire c’est cette descente aux enfers et à la fin Marcel bourre de soporifiques Odette, il arrive avec un rasoir, et que va-t-il faire ? On ne sait pas très bien : est-ce qu’il vient de la tuer, est-ce qu’il va la tuer ? On ne sait pas, voilà. Mais au lieu de terminer par ça, le film commençait par ça chez Clouzot : on était dans cette séquence, il y avait le corps d’Odette, et Marcel était là avec son rasoir, il disait : mon dieu, qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce que je suis en train de faire ?… Essayons de nous souvenir. Et du coup, ça transformait le film, non plus dans la narration d’une histoire, mais dans la tentative d’un fou qui a perdu tout repère, d’essayer de retrouver un repère. Mais donc plus la narration avançait, plus ce qu’il nous racontait, il en doutait lui-même. C’est-à-dire qu’en gros, ça devenait impossible de savoir ce qui était vrai et ce qui était faux, c’était véritablement la folie obsessionnelle filmée en caméra subjective, de l’intérieur du cerveau de Marcel. C’était ça l’objectif de Clouzot. Et à la fin, on retrouvait Reggiani dans la même position, sans avoir pu déterminer si oui ou non elle l’avait trompé ou pas et à nouveau dans un état d’angoisse totale et il se disait : essayons encore de nous souvenir. Et en gros, le film s’arrêtait là et il y avait marqué : sans fin. C’est-à-dire que le mec était pris dans une boucle et il ne s’en sortait plus. Le film de Chabrol ne reprend pas cette structure-là, même s’il reprend l’idée du « sans fin » à la fin du film. Et il a beaucoup gommé tous les effets de cinétique et de machin et de truc qui auraient pu trouver une interprétation moderne. Il y a beaucoup moins d’images choc. Quelque part, j’aurais tendance à dire que Chabrol a transformé l’histoire de Clouzot en un drame bourgeois et en faisant cela, il a probablement fait quelque chose qui lui correspondait davantage, mais il a probablement perdu ce qu’aurait été la dynamique fondatrice de L’enfer. Vous remarquez qu’en disant cela, je ne dis pas si L’enfer tel que Clouzot l’avait imaginé aurait été réussi ou raté, aurait fonctionné ou pas, ni même je ne dis que le film de Chabrol est mieux ou moins bien que le film de Clouzot. Comme il n’y a pas eu de film de Clouzot, de toute façon, on ne peut pas dire grand chose ! Mais en tout cas, L’enfer de Chabrol, c’est ça pour moi, c’est un film qui se tient tout à fait, mais qui n’est pas du tout dans l’objectif que s’était fixé Clouzot, qui était de filmer l’obsession névrotique depuis l’intérieur du cerveau de l’obsédé.

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[dvd:] L’Inconnu du 3ème étage – Boris Ingster

Lundi 9 novembre 2009 par François-Xavier Taboni

Etage

Michael Ward, journaliste et témoin essentiel dans une affaire de meurtre, doute de la culpabilité du prévenu. Le reporter rêve alors qu’il est accusé d’un crime qu’il n’a pas commis.

Scénariste et producteur de télévision (notamment sur la série Des agents très spéciaux) et de cinéma, Boris Ingster n’a signé que trois films en tant que réalisateur. L’Inconnu du 3ème étage, réalisé pour la RKO, est son premier, ainsi que le premier film noir américain selon Serge Bromberg, qui présente le film dans le seul supplément du DVD.

Plus qu’au film noir, c’est à l’esthétique du cinéma expressionniste que cette œuvre fait penser, tant les recherches plastiques, notamment dans la scène onirique, renvoient à des œuvres comme les Mabuse de Fritz Lang ou Le Cabinet du docteur Caligari. La présence de Peter Lorre (crédité en premier au générique alors qu’il apparaît tardivement et pour un rôle très court dans le film) accentue la filiation avec ce cinéma.

Le scénario, et plus particulièrement le sentiment de culpabilité qui écrase le héros, nous rapprochent plus effectivement du film noir où les protagonistes semblent poursuivis par un destin aussi injuste qu’implacable.

Mais ces théories, ainsi que la simplicité un peu naïve de l’histoire, sont immédiatement balayées par l’apparition magnétique de Peter Lorre. Dans un rôle quasi-muet, le comédien exprime en peu de temps une incroyable palette de sentiments, déstabilisant constamment le spectateur pour son plus grand plaisir.

François-Xavier Taboni

[dvd :] L’OEUF DU SERPENT – Ingmar Bergman

Samedi 7 novembre 2009 par mathias
L'oeuf du serpent

L'oeuf du serpent (Éd Carlotta)

Berlin, novembre 1923. Abel Rosenberg, trapéziste américain et alcoolique, découvre le cadavre de son frère, en rentrant un soir à la pension où ils résident. Bientôt convoqué par la police pour identifier d’autres cadavres, il sent les soupçons se porter sur lui. Relâché, il s’installe avec sa belle-soeur mais le malaise persiste et pour Abel, la paix semble impossible à trouver…

Grosse production aux capitaux américains, film paranoïaque orwellien, cas à part dans la carrière de Bergman, L’oeuf du serpent est de ces oeuvres difficiles à raconter qui deviennent meilleures de vision en vision. Le film est d’abord notable pour son climat de fin du monde très science-fictionel (Orwell, donc), où le spectateur comme le personnage principal n’a aucune prise sur la mécanique impitoyable des événements qui se succèdent. D’anticipation, il n’est en fait nulle question puisque la période décrite est la montée du fascisme de l’Allemagne d’entre deux guerres. La désolation, la vulgarité et la décadence dépeintes nous feraient perdre toute foi en l’âme humaine durant les 114 minutes que durent le film !

En prenant pour personnage central un juif expatrié dont on ne comprendra jamais les raisons qui le poussent à rester à Allemagne, et qui de plus subit les événements sans jamais y réagir autrement que par le silence – la plupart du temps – ou par des crises de paranoïa épidermiques – quand vraiment il se sent le dos au mur – Bergman courrait le risque de tomber dans une certaine lourdeur démonstrative. Le magnétisme dégagé par le Petit Scarabée de la série Kung fu annule heureusement rapidement cette crainte. Parce que L’oeuf du serpent reste aussi comme l’un des quelques cas (avec Boxcar Bertha, En route pour la gloire ou Le gang des frères James) où David Carradine fut magnifique dans un film qui n’a rien du plaisir coupable pour cinéphile pervers.

Une featurette avec des interventions de Bergman, Carradine et Liv Ullmann complète cette édition. Une grosse déception quand même : le film est encodé en 4/3 rendant la résolution de l’image pauvre et faisant perdre à ceux qui ont un téléviseur 16/9 soit les sous-titres, soit le haut de l’écran. Carlotta a beau prévenir qu’aucun matériel restauré n’existe en 16/9, on ne peut que leur répondre que n’importe qui peut réencoder un DVD au format anamorphique sur son Mac, à la maison, en quelques clics de souris, permettant un gain de qualité non négligeable… Cela étant dit, L’oeuf du serpent reste un must à redécouvrir toute affaire cessante.

Mathias Ulrich

[dvd:] Coffret Rossellini (1/3)

Jeudi 5 novembre 2009 par fmannoni

Coffret

Les Editions Carlotta ont réuni dans un coffret quatre téléfilms réalisés entre 1972 et 1974 par le cinéaste italien Roberto Rossellini (Blaise Pascal, Augustin d’Hippone, Descartes et L’Age de Côme de Médicis). A cette époque, Rossellini déclare vouloir abandonner le cinéma comme mode d’expression privilégié. Il le juge obsolète, dévoyé par les ego des créateurs et les ambitions commerciales des producteurs. Il mise sur le petit écran, média encore jeune où il retrouve une certaine liberté de création. Il sait également que ses oeuvres seront facilement relayées par une télévision d’Etat qui a mission de service public.

film

Blaise Pascal (1972)

Avec cette série de téléfilms historiques, Rossellini entend éduquer les citoyens, en leur montrant les destins de quelques grands hommes. Surtout, il veut démythifier le passé, redonner une dimension humaine à des icônes de l’Histoire. « Ce que l’on a appris à l’école, c’est l’histoire de l’autorité, des rois, des penseurs, des généraux et des batailles. L’histoire de l’homme, la seule qui soit importante, personne ne l’enseigne », confie-t-il.

Blaise Pascal (1623-1662), philosophe français auteur des Pensées, lui fournit l’occasion de montrer une époque où les relations entre science et religion sont conflictuelles. Très démonstratif, Rossellini illustre quelques grands passages des écrits de l’intellectuel, repris mot pour mot par Pierre Arditi, qui interprète le rôle titre. A l’image, le savant crée ses premières inventions (notamment une machine à calculer mécanique), élabore ses démonstrations de géométrie et livre ses réflexions à ses proches et à tous ceux qui, fréquemment, lui rendent visite.

Comme à son habitude, Rossellini s’intéresse plus au fond qu’à la forme, ce qui ne veut pas dire qu’il néglige la technique. Il privilégie des éclairages simples, tourne souvent avec une seule caméra qu’il fait voyager sur des rails, joue sur les zooms avec une petit boîtier électronique qui lui permet, lorsqu’il ne cadre pas lui-même, d’intervenir à distance sur l’objectif de la caméra. Le nombre de prises est réduit, le montage limité à une dizaine de minutes par jour, prétend le cinéaste. La scène finale, plan séquence de plus de cinq minutes est un bel exemple de cette efficacité. Mouvements de caméras et mouvements d’acteurs font l’essentiel de cette représentation de l’agonie du philosophe. Pierre Arditi est tout simplement parfait dans le rôle de l’homme de lettres gracile. L’acteur, qui avait alors 24 ans, offre un jeu tout en retenue, loin des rôles énergiques dont il fera plus tard une de ses spécialités.

tournage

Roberto Rossellini avec sa fille Isabella sur le tournage de Blaise Pascal

Les Editions Carlotta n’ont pas lésiné sur les compléments. Aurore Renaut, qui a réalisé une thèse sur Rossellini et qui enseigne l’Histoire et la Sociologie du cinéma présente le film. Une interview de Pierre Arditi par Alain Bergala, réalisateur et enseignant à la FEMIS, livre tout une série d’anecdotes sur le film. Enfin, le documentaire Les Coulisses de Blaise Pascal mêle des séquences tournées sur le plateau de Rossellini et plusieurs entretiens avec le réalisateur. On y voit notamment Isabella Rossellini, créditée au générique comme assistante costumière, se poster aux côtés de son père : image rare.

Franck Mannoni

[cinéphilie:] Emmanuel Salinger, Hélène Fillières

Mardi 3 novembre 2009 par jennyulrich

Emmanuel Salinger et Hélène Fillières

Hélène Fillières et Emmanuel Salinger (respectivement comédienne et réalisateur) étaient à Strasbourg pour présenter leur film, La grande vie (sortie le 4 novembre 2009). Disons pour faire court qu’il s’agit de la rencontre entre un prof de philo intègre (Laurent Capelluto) et un producteur/présentateur de télé futile (Michel Boujenah). Mais en disant cela, on parle très mal du film qui vaut mieux que ce pitch…
Nous débattrons probablement de La grande vie dans la prochaine émission de Cutlaradio (en ligne le 14 novembre) et si vous le souhaitez vous pouvez en écouter l’entretien minuté sur le site des cinémas Star. En attendant Hélène Fillières et Emmanuel Salinger nous livrent leurs souvenirs et impressions des films suivants de manière très joyeuse (la retranscription ne rend pas compte des nombreux éclats de rires ponctuant ces réactions à chaud).

LA PANTHERE ROSE (Blake Edwards)
Emmanuel Salinger : Oui, ça fait partie des sources d’inspiration de La grande vie pour le côté burlesque, déjanté, absurde. Et puis pour la musique de Mancini. Evidemment, ça fait partie des compositeurs que j’adore, j’en ai parlé avec le musicien et donc il y a une trace de cette musique-là dans ce qu’il a composé. Je ne voulais pas que ce soit vieillot, j’avais envie qu’on entende cette époque-là, cette musique-là et qu’en même temps ça reste une musique de maintenant.
Hélène Fillières : Euh, moi je suis plus le dessin animé La panthère rose que La panthère rose de Blake Edwards ! J’aime beaucoup, mais pour moi c’est plus un film de garçons.

ENTRE LES MURS (Laurent Cantet)
Emmanuel Salinger : Je ne l’ai pas vu. Alors là, je suis embêté, je ne devrais pas le dire, je devrais en dire du bien, mais je ne l’ai pas vu, tout simplement.
Hélène Fillières : Moi non plus.

LA JOURNEE DE LA JUPE (Jean-Paul Lilienfeld)
Emmanuel Salinger : Pareil ! Non, mais vous tombez mal, vraiment ce n’est pas pour me défiler : je ne l’ai pas vu.
Hélène Fillières : J’ai vu et je déteste ce film. Et je suis archi-contre. Et je suis scandalisée par comment on a pu dire que ce film était un film… Comment dire ? Intéressant, de gauche, qui soulève une question enfin intéressante sur l’école. Non non : c’est un film de droite, réactionnaire, fasciste, raciste et je trouve que c’est immonde. Isabelle Adjani elle est très bien, c’est une très grande actrice : le mec, il a eu une idée, c’est de prendre Isabelle Adjani. Mon dieu que le film est détestable.

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[dvd :] L’AUTRE – Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic

Lundi 2 novembre 2009 par CUT
L'autre

l'Autre (Ed. MK2)

L’Autre est un film somptueux sur la solitude – solitude qui, de façon paradoxale, se manifeste dans la multiplication. Marie-Anne jalouse la nouvelle compagne de son amant, une femme comme elle à bien des égards. Elle lui prête son propre visage, s’épie dans les reflets. C’est dans le dédoublement fantasmé que sa solitude devient  insoutenable. A voix basse, avec une sorte de tendresse, Marie-Anne parle se parle à elle-même, pensant parler à sa rivale, tandis qu’elle la traque sur internet.

Sous couvert de se livrer à une radiographie de la perte et de la jalousie, le film joue avec les codes du fantastique pour renouveler entièrement le thème du double. Dominique Blanc est parfaite dans ce jeu de faux-semblants, de fissures masquées, de présences fantasmées. Son détachement apparent, la maîtrise parfaite qu’elle conserve de sa voix, la chaleur même qu’elle y met, se retournent contre elle – elle devient progressivement la chose de l’Autre, le masque de l’Autre – l’autre salope, pourrait-elle dire à son miroir dans l’une des scènes les plus marquantes du film. Marie-Anne perd la tête, rarement la face. Sa voix reste charnelle, le reste se délite lentement, s’abstrait, se flétrit : elle est l’ombre d’elle-même, le fantôme de l’autre. Cette hantise contemporaine a pour cadre des espaces communs : immeubles sans charme, résidences modernes, gares de RER, bus de la grande couronne. Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic (ré-)inventent le gothique périphérique.

En prime, un long entretien (27 mn) avec Annie Ernaux, auteur de L’Occupation, roman dont L’Autre s’inspire. Telle une Dominique Blanc moins apprêtée, la romancière se livre à une cinéphilie : Boulevard du Crépuscule la séduit par son titre, L’Année dernière à Marienbad par tout le reste. L’entretien est visuellement un peu austère : on peut s’amuser à décompter les différences physiques entre l’écrivain et le personnage interprété par Dominique Blanc, comme Ernaux elle-même analyse les écarts entre film et roman, les éloignements, les espaces de créativité cinématographique – infidèle au texte, fidèle à l’essence de ce cas inquiétant de possession contemporaine.

Jakuts

[radio :] CUT -79

Samedi 31 octobre 2009 par jennyulrich

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Cette semaine nous aimons tous Irène. Cette semaine il y a une cascade de vomi coloré -selon les films : vert, noir, jaune. Cette semaine, il faut se méfier des enfants. Cette semaine grand moment de flottement autour de la « sexy » Madame Jolie-Joly. Cette semaine, n’oublions pas Il était une fois la révolution de Sergio Leone (en fin d’émission).

Irène (Alain Cavalier), Le ruban blanc (Michael Haneke), La nana (Sebastian Silva), Panique au village (Stéphane Aubier et Vincent Patar), The children (Tom Shankland), Jennifer’s body (Karyn Kusama), Lucky Luke (James Huth), Cineman (Yann Moix), Clones (Jonathan Mostow), Les joies de la famille (Ella Lemhagen), Micmacs à tire-larigot (Jean-Pierre Jeunet).

Avec Jenny, Stéphane, Romain et pas Fanny.